Carburants, élections européennes, affaire Benalla… Ce qu'il faut retenir de l'interview d'Emmanuel Macron à Europe 1

Le président de la République a notamment annoncé vouloir "améliorer le chèque énergie" pour les ménages modestes.

Le président de la République Emmanuel Macron, le 5 novembre 2018, à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle).
Le président de la République Emmanuel Macron, le 5 novembre 2018, à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle). (LUDOVIC MARIN / AFP)

Hausse des prix des carburants, Europe, sécurité à l'école, affaire Benalla… Emmanuel Macron a accordé un entretien exclusif à Europe 1, diffusé mardi 6 novembre, au cours duquel il est revenu sur l'actualité récente. La hausse des taxes sur l'essence et le diesel, qui cristallise la colère des automobilistes, a notamment donné lieu à des mesures en faveur des ménages les plus modestes.

Sur la hausse des taxes sur le carburant :
"C'est de l'écologie et il faut le faire"

"On doit davantage taxer ce qui pollue." Confronté à la colère croissante des automobilistes face à la hausse des prix des carburants, Emmanuel Macron a d'abord défendu la hausse des taxes sur le diesel et l'essence, tout en expliquant que la hausse du prix du pétrole était en grande partie dû au prix du baril qui flambe, en raison de contextes géopolitiques délicats. "C'est de l'écologie et il faut le faire", a-t-il déclaré, tout en assurant ne pas demander aux Français de "changer de vie". "Il n'est pas question de stigmatiser", a-t-il insisté.

Sur le coût de l'énergie : "Aider ceux qui n'ont pas le choix"

Le chef de l'Etat a tout de même promis un geste envers les Français les plus modestes qui peinent à se chauffer (notamment au fioul) et les travailleurs contraints de prendre chaque jour leur véhicule. Le président de la République a déclaré ne pas vouloir laisser les Français "qui n'ont pas le choix" sur le côté.

Emmanuel Macron a annoncé deux pistes pour compenser la hausse des taxes et des prix : "améliorer le chèque énergie", qui aide les ménages modestes à faire face aux dépenses de chauffage, et "généraliser" les aides adressées aux Français "qui tous les jours prennent la voiture pour aller travailler" sur de longues distances, "plus de 30 ou 40 km"

Il a par ailleurs révélé que les aides de ce type mises en place par les collectivités locales seraient "défiscalisées" dans toute la France, comme elles vont l'être dans les Hauts-de-France.

Sur la présence de policiers à l'école :
"Il faut que cette possibilité soit ouverte"

"C'est une violence intolérable. J'ai demandé au ministre de réagir. Il y a une première réaction qui est là et je souhaite qu'on aille beaucoup plus loin", a expliqué le président de la République à propos de la diffusion en octobre d'une vidéo montrant un élève menaçant sa professeure avec une arme factice, dans un lycée de Créteil. Emmanuel Macron a souhaité que la possibilité de mettre des policiers à l'école "soit ouverte" mais "il faut toujours que ce soit la communauté pédagogique qui en décide". "Nos jeunes, ils ont besoin de sécurité à l'extérieur (...) mais ils ont besoin d'autorité dans l'école", a souligné le chef de l'Etat.

"La peur va changer de camp", a assuré Emmanuel Macron en évoquant plus largement "ce qu'on voit à l'école, dans les quartiers de la République (...) contre les forces de l'ordre". Dans les quartiers, "en matière de lutte contre les trafics et les stupéfiants et contre les bandes, nous allons durcir très fortement", a-t-il ainsi promis. Il a plaidé aussi pour une "reconquête par les services publics", une "réouverture de la présence républicaine", avec des réouvertures de commissariats, de bureaux de poste ou de centres des impôts. "C'est ce qu'on va faire dans les quartiers, je l'annoncerai dans les prochains jours", a-t-il dit.

Pour lutter contre la violence à l'école, le gouvernement a promis le 26 octobre un arsenal de mesures sécuritaires. Le plan d'action contre les violences à l'école doit être présenté d'ici le 15 décembre.

Sur les européennes : "J'espère que le Rassemblement national ne gagnera pas"

Une semaine plus tôt, Emmanuel Macron avait comparé la situation actuelle de l'Europe à celle de l'entre-deux-guerres, dans un entretien à Ouest-FranceMardi, il a réitéré et justifié : "Les nationalismes ne sont-ils pas là ? A-t-on oublié quel est le parti qui avait gagné les dernières élections européennes en France ? Le Front national. J'espère qu'il ne gagnera pas" aux prochaines élections, a-t-il déclaré.

"L'Europe est de plus en plus fracturée. Le nationalisme remonte. Ce nationalisme qui demande la fermeture des frontières, qui prône le rejet de l'autre. Il joue sur les peurs partout. Ils sont là", a prévenu Emmanuel Macron. "Nous avons besoin d'une Europe plus forte, qui protège. Il s'agit d'avoir conscience de ce que nous sommes et de ce que nous vivons : la paix et la prospérité dans laquelle vit l'Europe depuis 70 ans est une parenthèse dorée dans notre histoire."

Sur la défense : "On doit avoir une Europe qui ne dépend pas des Etats-Unis"

L'Europe ne pourra pas se défendre sans "une vraie armée européenne", selon Emmanuel Macron. "Face à la Russie qui est à nos frontières et qui a montré qu'elle pouvait être menaçante, (...) on doit avoir une Europe qui se défend davantage seule, sans dépendre seulement des Etats-Unis et de manière plus souveraine", plaide le chef de l'Etat.

Emmanuel Macron a cité sans les nommer "des puissances autoritaires qui réémergent et se réarment aux confins de l'Europe" et appelé à se "protéger à l'égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis d'Amérique", en évoquant la décision américaine de se retirer d'un traité de désarmement nucléaire datant des années 1980. "Qui en est la victime principale ?" interroge-t-il. Et de répondre : "L'Europe et sa sécurité."

L'Union européenne tente en ce moment de s'adapter au nouveau contexte géopolitique, lié à la volonté du président Donald Trump de réduire l'implication des Etats-Unis dans la défense de l'Europe. Un Fonds européen de défense doit être mis en place en 2019 pour développer les capacités militaires des Etats membres et promouvoir l'indépendance stratégique de l'UE.

Sur l'affaire Benalla : "Une excitation collective"

"La situation d'Alexandre Benalla vous a peut-être occupé, moi elle ne m'a pas empêché de faire autre chose." Interrogé sur l'affaire qui a secoué l'Elysée cet été, le chef de l'Etat a tenté de la balayer, en dénonçant notamment la perte de "l'esprit de mesure" et l'attitude des médias sur cette affaire : "Il y a eu une excitation collective", a-t-il estimé. 

"C'est un jeune homme qui m'a accompagné. Quelqu'un en qui j'ai eu confiance. Je lui ai confié des responsabilités", a expliqué Emmanuel Macron en préambule de sa réponse, avant de décrire "une faute (...) inacceptable" lors des manifestations du 1er-Mai, à Paris. "Il a eu une sanction à l'Elysée. L'Elysée n'est pas intervenu. L'Elysée n'a rien caché", a-t-il expliqué. "Il n'y a jamais eu de police ou milice privée à l'Elysée", a insisté le président de la République.