De l'arrestation au Japon à la fuite au Liban, les grandes étapes de l'affaire Carlos Ghosn

L'ex-PDG de l'alliance Renault-Nissan a fui au Liban alors qu'il était assigné à résidence au Japon. Le dernier épisode d'une affaire rocambolesque.

L\'ancien PDG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, le 3 avril 2019 à Tokyo (Japon).
L'ancien PDG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, le 3 avril 2019 à Tokyo (Japon). (KAZUHIRO NOGI / AFP)

Depuis son arrestation en novembre 2018 jusqu'à sa fuite au Liban lundi 30 décembre, les rebondissements s'enchaînent dans l'affaire Carlos Ghosn. L'ex-PDG de l'alliance automobile Renault-Nissan-Mitsubishi est visé par quatre inculpations au Japon, notamment pour des revenus non déclarés et pour abus de confiance aggravé. 

Franceinfo revient sur les principales étapes de cette affaire.

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Novembre 2018 : arrestation et révocation

Le 19 novembre 2018, Carlos Ghosn est arrêté à son atterrissage à Tokyo, avec son bras droit Greg Kelly. Le dirigeant franco-libano-brésilien, aujourd'hui âgé de 65 ans, est soupçonné d'avoir omis de déclarer une grande partie de ses revenus aux autorités boursières entre 2010 et 2015.

Dès le lendemain, le 20 novembre, la direction exécutive de Renault est provisoirement confiée à son numéro deux, Thierry Bolloré. Carlos Ghosn est révoqué de la présidence du conseil d'administration de Nissan deux jours plus tard. Le 26 novembre, Mitsubishi Motors le limoge à son tour. Les gouvernements français et japonais réaffirment leur soutien à l'alliance.

Décembre 2018 : inculpation et nouvelles accusations

Le 10 décembre, Ghosn et Kelly sont inculpés pour dissimulation de revenus en 2010-2015. Le 13, Renault confirme Carlos Ghosn à son poste de PDG, arguant de la présomption d'innocence. Le 21 décembre 2018, de nouvelles accusations tombent. Carlos Ghosn est soupçonné d'avoir tenté de faire couvrir par Nissan des pertes sur des investissements personnels en 2008. Greg Kelly est libéré sous caution le 25 décembre.

Janvier 2019 : démission de Renault

Le 8 janvier 2019, Carlos Ghosn affirme au tribunal de Tokyo être "faussement accusé et détenu de manière injuste". Le 11 janvier, Carlos Ghosn est à nouveau inculpé pour abus de confiance et pour avoir minoré ses revenus dans des rapports boursiers de Nissan entre 2015 et 2018.

Le 22, sa demande de libération sous caution est rejetée. Le lendemain, il démissionne de la présidence de Renault. Il est remplacé par un tandem composé de Jean-Dominique Senard, président, et Thierry Bolloré, directeur général. Le 31 janvier, interrogé par l'AFP et Les Echos dans sa prison, Carlos Ghosn dénonce "un complot" ourdi par Nissan pour empêcher un projet d'intégration plus poussée avec Renault.

Février 2019 : révélations chez Renault

En février, Renault signale à la justice que son ancien patron a reçu pour son "bénéfice personnel" – l'organisation de son mariage en octobre 2016 – un avantage en nature de 50 000 euros dans le cadre d'une convention de mécénat signée avec le Château de Versailles.

Mars 2019 : première libération sous caution

Le 5 mars, un juge accepte la libération de l'ex-PDG sous caution d'un milliard de yens (8 millions d'euros), avec interdiction de quitter le Japon. Fin mars, Renault signale à la justice plusieurs millions d'euros de paiements suspects, via la société distribuant les véhicules du groupe à Oman.

Avril 2019 : nouvelle arrestation et nouvelle libération sous caution

Le 4 avril, Carlos Ghosn est de nouveau arrêté, accusé d'avoir utilisé 5 millions de dollars pour son bénéfice personnel. Le 22, il est de nouveau inculpé, pour abus de confiance aggravé. Le 25, il est libéré sous caution, toujours sous strictes conditions et avec l'interdiction de quitter le Japon.

Juin 2019 : un audit révèle 11 millions d'euros de dépenses suspectes

Le 4 juin, les résultats d'un audit interne mené par Renault et Nissan au sein de leur filiale néerlandaise RNBV révèlent 11 millions d'euros de dépenses suspectes engagées par Carlos Ghosn. Renault projette d'engager des poursuites aux Pays-Bas.

Septembre 2019 : amende aux Etats-Unis

Le 9 septembre 2019, le successeur de Carlos Ghosn à la tête de Nissan, Hiroto Saikawa, annonce qu'il quitte le groupe, moins d'un an après avoir été le fossoyeur de son mentor. Il avait reconnu quelques jours plus tôt avoir empoché une prime en excès sous l'ère Ghosn. Le 21 septembre 2019, la date du début du procès de Carlos Ghosn est fixée pour avril 2020 par le tribunal de Tokyo. Le gendarme américain de la Bourse, la SEC, conclut le 23 septembre un accord avec l'ex-PDG concernant les non-déclarations de revenus différés dans les documents boursiers. Ghosn doit payer une amende d'un million de dollars.

Octobre 2019 : perquisition chez Rachida Dati

Le 11 octobre 2019, Renault limoge son directeur général, Thierry Bolloré, pour clore totalement l'ère Ghosn. Le 23 octobre, le bureau et le domicile de la maire du 7e arrondissement de Paris, Rachida Dati, sont perquisitionnés dans le cadre d'une enquête sur ses contrats de conseil auprès d'une filiale de Renault-Nissan. Le 24 octobre, les avocats de Carlos Ghosn dévoilent leur ligne de défense lors d'une audience préliminaire à Tokyo, niant toutes les accusations et réclamant la nullité des poursuites, estimant la procédure illégale.

Décembre 2019 : fuite au Liban

Le 30 décembre 2019, des médias libanais indiquent que Carlos Ghosn a quitté le Japon et est arrivé au Liban, une information confirmée à l'AFP par une source officielle locale. Selon les médias libanais, l'ex-PDG aurait rejoint Beyrouth à bord d'un avion privé en provenance de Turquie. Ghosn confirme le 31 décembre sa fuite au Liban, dans un communiqué. "Je suis à présent au Liban. Je ne suis plus l'otage d'un système judiciaire japonais partial où prévaut la présomption de culpabilité", affirme-t-il.