Affaire Carlos Ghosn : désigné pour assurer l'intérim, Thierry Bolloré a une "certaine légitimité" chez Renault

Bernard Jullien, économiste spécialisé dans l'industrie automobile, estime que le choix du groupe est le bon pour l'intérim. "Il ne faut pas ajouter des turbulences aux turbulences", selon lui. 

Carlos Ghosn et Thierry Bolloré, en octobre 2017. 
Carlos Ghosn et Thierry Bolloré, en octobre 2017.  (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

Alors que la garde à vue de Carlos Ghosn se poursuit au Japon, le conseil d'administration de Renault a confié mardi 20 novembre les rênes du groupe à un tandem composé de l'administrateur référent Philippe Lagayette, qui assurera la présidence du conseil d'administration, et du directeur général adjoint Thierry Bolloré, promu directeur général délégué. C'est "certainement" un bon choix a estimé mercredi matin sur Franceinfo Bernard Jullien. Pour cet économiste, spécialiste de l’industrie automobile, Thierry Bolloré a "une connaissance assez fine de l’environnement" dans lequel l’entreprise évolue.

franceinfo : Est-ce qu’on peut dire que les actionnaires ont voulu rassurer tout le monde avec ce choix ?

Bernard Jullien : Oui, certainement. Il ne faut pas ajouter des turbulences aux turbulences. Nommer comme directeur général celui qui était directeur général adjoint, qui est dans la maison depuis maintenant cinq ans, qui a eu le temps de bien saisir à la fois les équipes et les projets, c’est une manière de montrer qu’on entend permettre à l’entreprise de continuer à fonctionner. Il y a des projets très lourds en cours et il faut que les équipes se sentent à l’aise pour les conduire. Thierry Bolloré est un homme de 55 ans donc pratiquement dix ans de moins que Carlos Ghosn. Il a un petit peu tourné dans l’industrie, ce qui lui permet d’avoir une connaissance assez fine de l’environnement dans lequel l’entreprise évolue. Et puis, il a quand même dans une grande maison comme Renault les quatre ou cinq années d’expériences qui permettent de se faire une idée de "qui est qui", ou des compétences de chacun. Et, je crois, qu’il a une certaine légitimité auprès des équipes parce qu'il a une capacité d’écoute que tout le monde semble lui reconnaître.

Carlos Ghosn est mis sur la touche mais il reste PDG de Renault le temps que l’enquête se termine. Il va même continuer de toucher son salaire, est-ce que ça vous étonne ?

Ce n’est pas complétement étonnant puisque Renault et son actionnariat a été mis devant le fait accompli au terme d’un feuilleton assez particulier et très éloigné des habitudes et de la culture japonaise. Il y a peut-être anguille sous roche et on entend le vérifier.

Vous croyez à la théorie d’un complot orchestré par Nissan contre Carlos Ghosn pour se venger en quelque sorte de la mainmise de Renault sur Nissan ?

Non, je ne crois pas à un tel scenario. Ce que je crois, c’est qu’il y a eu au moins une certaine légèreté à l’égard de Renault. D’évidence, les Japonais savaient fort bien ce qui allait se passer et au lieu d’en informer la partie Renault, qui détient quand même 45% du capital, ils ont annoncé qu’ils allaient démettre Carlos Ghosn comme PDG, et ce, alors même que Renault détient la majorité des droits de votes. On a dû considérer que Carlos Ghosn entendait aller trop loin dans la mise en commun des méthodes de travail, une chose qui passait mal du côté de la direction de Nissan.

Entre le Japon et la France, Il y a quand même une grande différence de traitement pour Carlos Ghosn…

Il y a [en France] une forme de respect de l’Etat de droit, tout simplement. Il s’agit de savoir ce qu’il y a réellement dans le dossier. Et en même temps, il y a cette idée qu’on n'est pas complétement naïfs non plus. On sait bien qu’on va entrer dans une phase de turbulences avec des tractations très compliquées entre la partie Renault et la partie Nissan. Personne n’a avantage au divorce dans cette histoire-là. Renault a besoin de Nissan, certes, mais Nissan a aussi besoin de Renault. Et par conséquent, ce couple un peu chaotique est bien obligé de vivre ensemble. Et c’est d’autant plus vrai dans cette phase de turbulence technologique où il faut investir très lourdement dans le véhicule électrique, ou dans le véhicule autonome.