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Amendes records, blanchiment d'argent... Quatre questions sur la situation inquiétante de la Deutsche Bank

Cernée par de très nombreux litiges, la banque allemande traverse une crise sans précédent. Franceinfo revient sur les difficultés rencontrées par la première banque allemande.

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Une salle de cotation à Francfort (Allemagne), le 26 septembre 2016. (DANIEL ROLAND / AFP)

Le titre Deutsche Bank remonte enfin après une semaine difficile. A la Bourse de Francfort, l'action de la banque a gagné 1,51% à 11,75 euros, après avoir baissé de plus de 11,6%, la semaine d'avant. La banque est dans la tourmente. Les pertes sont considérables. Résultat : des milliers d'emplois sont menacés en Allemagne et les places financières ont les yeux braqués sur la quatrième économie mondiale. Franceinfo liste quatre questions pour comprendre la crise traversée par la première banque allemande. 

Quelle est la situation de la Deutsche Bank ?

Cela fait des mois que la banque allemande rencontre des difficultés. Sur l'année 2015, la Deutsche Bank a perdu six milliards d'euros, à cause de "charges exceptionnelles". Son chiffre d’affaire est en baisse de 7% sur un an. Dans le cadre de son plan de restructuration, la banque va réduire ses effectifs. Elle prévoit de supprimer 9 000 postes net, dont 4 000 en Allemagne, et de quitter dix pays, dont le Pérou ou la Finlande. Par ailleurs, comme prévu, 19 000 postes sortiront de son périmètre avec la cession de Postbank, précisent Les Echos.

La situation s'est aggravée mi-septembre avec une amende record réclamée par les Etats-Unis, d'un montant de 14 milliards de dollars. La Deutsche Bank est accusée, comme d'autres grandes banques, d'avoir vendu à des investisseurs, avant l'éclatement de la crise financière de 2007-2008, des prêts hypothécaires résidentiels (RMBS). Ce sont des crédits immobiliers convertis en produits financiers toxiques. La banque allemande négocie en ce moment avec les Etats-Unis une révision à la baisse de cette amende. Le groupe assure que le montant finale de l'amende "devrait être très éloignée des 14 milliards de dollars".

Comment la banque en est-elle arrivée là ?

La Deutsche Bank est mise en cause dans 8 000 contentieux, rappelle Challenges. Elle est notamment accusée de blanchiment d'argent en provenance de Russie. Un litige qui pourrait lui coûter 2,5 milliards d’euros.

Elle fait également partie des banques liées au scandale du Libor. Le Libor, ce sont les taux de l’argent que les banques se prêtent entre elles. Ces taux interbancaires servent de référence pour la fixation des prix ou des rémunérations, notamment des prêts immobiliers ou des produits dérivés. Plusieurs banques, dont la Deutsche Bank, sont accusées d'avoir manipulé ces taux de référence. 

Outre ces scandales, la Deutsche Bank est confrontée, comme les autres banques, à un monde bancaire en mutation. Avec des taux proches de zéro, les produits financiers ne sont plus aussi rémunérateurs. Par ailleurs, avec le développement de la banque en ligne, les agences deviennent inutiles. 

Un sauvetage par l'Etat allemand est-il envisageable ?

"Il n’y aura pas un euro d’argent public pour sauver la banque", assure Angela Merkel. De son côté, Sigmar Gabriel, le ministre de l'Economie et président du Parti social-démocrate allemand (SPD), fustige l'attitude de la Deutsche Bank : "Je ne sais pas s'il faut rire ou pleurer de voir une banque qui a fait de la spéculation un modèle de développement venir maintenant se poser en victime."

Malgré ces déclarations sévères du gouvernement allemand, une aide publique n'est pas à écarter. "Il ne faut pas croire ce qui se dit aujourd’hui en Allemagne au sujet d’une non-intervention des autorités. Le sujet est bien trop important pour l’économie allemande", a déclaré Andreas Utermann, patron des investissements d’Allianz Global Investors, l’un des grands gérants d’actifs européens, relaie Le Monde.

"Il faudrait injecter tout de suite 100 milliards d’euros dans le capital de la banque pour qu’elle puisse faire face à ses créances douteuses qui n’arrêtent pas de remonter à la surface de son bilan", explique à Libération Philippe Béchade, président du think tank Les Econoclastes.

En attendant, l'affaire prend une tournure politique en Allemagne, à un an des élections. "En 2009, le sort des banques avait divisé la coalition déjà composée du SPD et de la CDU d'Angela Merkel", rappellent Les Echos. Et le SPD ne veut pas laisser le champ libre à son aile gauche, ajoute le quotidien économique.

Doit-on craindre des répercussions sur l'économie européenne ?

Le spectre de Lehman Brothers, la banque d'affaires à l'origine de la crise financière de 2008, est dans tous les esprits. Le risque de contagion est réel, explique aux Echos Alain Pitou, directeur général associé chez Talence Gestion. "Quand vous avez l'une des plus grandes banques de la zone euro en difficulté, avec des ramifications dans tout le secteur bancaire européen, le risque ne peut être ignoré, surtout à un moment où la reprise économique reste fragile en Europe", détaille-t-il. 

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