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Alors que le débat continue sur une restructuration de la dette grecque, une sortie de l'euro est souvent évoquée

Le terme de restructuration n"est plus totalement tabou. Caché sous un langage technique (rollover), des banques et certains états ont déjà accepté l"idée d"un report (pour le moins) des échéances grecques.Dans le même temps, le gouvernement d"Athènes a de plus en plus de mal à imposer de nouvelles mesures de rigueur à sa population.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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La drachme, monnaie grecque d'avant l'euro (AFP)

Le terme de restructuration n"est plus totalement tabou. Caché sous un langage technique (rollover), des banques et certains états ont déjà accepté l"idée d"un report (pour le moins) des échéances grecques.

Dans le même temps, le gouvernement d"Athènes a de plus en plus de mal à imposer de nouvelles mesures de rigueur à sa population.

L"idée d"une restructuration

Une association de banques allemandes a déclaré samedi soutenir la proposition de Berlin d'impliquer les créanciers privés dans le financement d'un deuxième plan d'aide à la Grèce , sans pour autant préciser qu'elle était en faveur de la solution d'échange de titres. L'Allemagne plaide pour cette participation des banques privées dans ce deuxième plan de sauvetage d'Athènes, estimé à 120 milliards d'euros, dans lequel les créanciers privés seraient invités à échanger leurs titres de dette contre des obligations à maturité plus longue ("rollover", en clair les banques sont remboursées mais sont "invitées" à remettre la même somme en prêt).

Selon le Financial Times, les banques françaises ont accepté le principe d'un échange de dette sur les emprunts grecs à la condition que tous les créanciers y prennent part. Le Crédit agricole, en France, s"était clairement déclaré sur cette même position.

Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, est sur la même ligne que Berlin sur la nécessaire participation du secteur privé, mais, à ses yeux, toute solution doit avoir l'aval de la BCE. Il a prôné samedi sur une radio allemande "une restructuration douce" de la dette grecque, avec une participation des créanciers privés sur "une base volontaire". Mais cette solution est cependant critiquée par la Banque centrale européenne (BCE) pour la réaction de panique qu'elle pourrait, selon elle, provoquer sur les marchés financiers alors que les agences de notation ont déjà dit qu'elles assimileraient un tel "rollover" à un défaut. Le président de la Bundesbank et membre du conseil des gouverneurs de la BCE Jens Weidmann a pour sa part réaffirmé la position de la BCE selon laquelle elle était opposée à l'extension des maturités des titres obligataires grecs qu'elle avait dans son propre portefeuille.

A Athènes, pendant ces discussions, le gouvernement tente d'imposer de nouvelles mesures de rigueur à une majorité parlementaire de plus en plus réticente alors que les nouvelles économiques ne sont guère positives (croissance en berne). Officiellement, Athènes estime que les mesures négociées avec la troïka (UE, BCE et FMI) devraient permettre de résoudre les différentes menaces qui pèsent sur l'économie grecque. La dette et les causes de celle-ci.

Défaut et dévaluation ?

«Le défaut de la Grèce a basculé du côté de l"inexorabilité aussitôt que furent connues les mesures envisagées au niveau européen et à celui du FMI », écrivait l"économiste (critique) Paul Jorion dès avril 2010. Pour un autre économiste, Jacques Sapir, lui aussi critique sur le système européen : « La Grèce sera probablement le premier des maillons de la chaîne de l"Euro à sauter. Les taux sur les bonds du Trésor à 10 ans ont atteint 16,81%. De plus, les taux d"intérêt sur les bonds du Trésor à deux ans sont montés à 26,1%, un chiffre astronomique qui ne fait sens que parce que les opérateurs du marché s"attendent à ce que la Grèce fasse défaut dans un délai de moins de deux ans en dépit du plan de privatisation ».

On le voit pour les économistes qui critiquent les politiques libérales menées en Europe (notamment), les décisions imposées à la Grèce emmènent le pays dans le mur. Pour ces Cassandre, les potions décidées par la Troïka (UE, BCE et FMI) risquent de tuer le malade.

Jacques Sapir ajoutait ensuite : « Un défaut sur la dette est donc inévitable et ne signifie pas la fin du monde. Cependant, il entraînera la sortie de la Grèce de la zone Euro afin de pouvoir dévaluer et retrouver sa compétitivité, car un défaut sans une dévaluation n"a pas de sens. Compte tenu de la structure du commerce extérieur de la Grèce (dont seulement 35% se fait avec la zone Euro) et des sources de revenus de l"économie de ce pays (le tourisme, les exportations vers les pays arabes et les revenus de la flotte de commerce) une forte dévaluation apparaît comme la moins mauvaise des solutions ». Jacques Sapir ne nie pas les difficultés d"une telle décision mais les estime moindres que la situation actuelle, qui voit déjà la Grèce privée de recours sur les marchés financiers.

Pour Patrick Artus, économiste chez Natixis, "une restructuration des dettes de ces pays ne serait pas une solution durable à la crise s"ils conservent leur déficit de balance courante, ils recommenceront à s"endetter après la restructuration ». Pour corriger ce déficit, l"économiste propose plusieurs pistes dont l"une est la sortie de l"euro. «Ils amélioreraient alors leur commerce extérieur, et la disparition de l"excédent commercial de l"Allemagne viendrait de sa perte de compétitivité vis-à-vis des pays du « Sud » de la zone euro, comme cela avait été le cas après l"explosion du Système Monétaire Européen en 1992-93 ».

L"économiste serait favorable à d"autres solutions mais enregistre les difficultés à imposer ces autres solutions (plus de fédéralisme en Europe ou de nouvelles pertes de revenus pour les Grecs notamment). Résultat, il écrit : « la menace d"utiliser le scénario dévaluation par ces pays est alors très puissante et efficace ». L'éditorialiste économique du "Monde" et du "Financial Times", Martin Wolf, allait dans le même sens lorsqu'il affirmait que la situation actuelle de la zone euro était intenable et que celle-ci devrait choisir entre deux solutions: une intégration politique ou une explosion: "La zone euro, telle qu'elle avait été conçue, est un échec. Elle était fondée sur des principes qui se sont révélés inapplicables dès qu'ils se sont heurtés à une crise financière et budgétaire. Il reste désormais deux options : progresser vers une union monétaire plus étroite, ou régresser vers une dissolution au moins partielle".

On le voit la crise grecque, et celle des autres pays du sud de l'Europe, est loin d'être terminée...

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