Référendum contre la privatisation d'Aéroports de Paris : les Français "ne sont pas au courant", regrette Gilles Carrez

"On a un soutien extrêmement important", assure le député Les Républicains, alors que 615 000 signatures sont pour le moment comptabilisées.

Gilles Carrez à Paris, le 21 novembre 2018.
Gilles Carrez à Paris, le 21 novembre 2018. (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

Un peu plus de 600 000 signatures ont été récoltées pour demander un référendum d'initiative partagée sur la privatisation des Aéroports de Paris (ADP), un nombre bien loin des 4,7 millions qui doivent être déposés avant 12 mars 2020. "Même si, quand bien même, nous ne réunissons pas les 4,7 millions de signatures, il est probable que l'on aille au-delà du million", a déclaré le député les Républicains (LR) du Val-de-Marne Gilles Carrez mercredi 7 août sur franceinfo.

franceinfo : Vous faites partie de ces élus de droite qui défendent ce référendum, pourquoi ?

Gilles Carrez : Nous pensons que ce serait une erreur stratégique de privatiser Aéroports de Paris. On va mettre en cause l'aménagement du territoire, parce qu'on risque avec la privatisation de supprimer beaucoup de lignes intérieures. L'aménagement régional de l'Île-de-France va être mis en danger parce qu'Aéroport de Paris possède aujourd'hui 6 700 hectares de terrains qui ont été achetés sur des fonds publics.

Surtout, financièrement, c'est une véritable aberration. On ne peut pas vendre une entreprise qui est très prospère, qui fait de gros bénéfices, qui est capable d'autofinancer son développement, qui rapporte chaque année plusieurs centaines de millions de dividendes à l'État. Je suis effectivement de droite, je suis pour les privatisations en secteur concurrentiel, mais je suis tout à fait contre le fait de privatiser une entreprise qui est en situation de monopole, une entreprise rentable, une entreprise de service public. Il n'y a aucune raison que la collectivité publique qui a investi, on a tous payé sur nos impôts les infrastructures de transport, ces 6 700 hectares de terrain, je ne vois pas pourquoi on irait les céder au privé. Il n'y a aucune raison.

Quand bien même la société ADP serait privatisée, cela rapportera toujours de l'argent à l'État...

En 2005, j'étais rapporteur général du budget. Je me suis opposé à l'époque, pour des raisons analogues, à la privatisation des autoroutes. La suite m'a donné raison. J'ai ensuite demandé des rapports à la Cour des comptes, j'ai saisi l'autorité de la concurrence. Tous ces rapports ont été extrêmement critiques à l'égard de la privatisation des autoroutes. Tous ces rapports démontrent que l'État s'est fait rouler dans la farine. J'estime que le devoir du député que je suis, c'est de protéger le contribuable, de protéger les intérêts de la collectivité publique. Dans cette privatisation, les contribuables ne seront pas protégés. Il n'y a pas eu de discussions de fond au Parlement, ce qui est vraiment dommage.

Aéroports de Paris, Roissy en particulier, c'est le hub principal, le lieu d'accueil principal de départs de la compagnie Air France. Qui nous dit qu'une privatisation, avec un actionnariat qui va évoluer au fil du temps, ne conduira pas à une catastrophe pour Air France ? Nous ne disposons d'aucune information. Le gouvernement s'est refusé à faire de l'information sur cette privatisation et sur cette possibilité de référendum. Dès qu'on en parle à nos concitoyens, ils nous disent d'abord qu'ils ne sont pas au courant, et quand on leur explique, l'immense majorité nous dit que nous avons raison. On ne peut pas vendre les bijoux de famille.

Cela n'a pas l'air cependant d'intéresser un nombre suffisant de personnes, on dépasse à peine les 600 000 signatures...

Mais il faut qu'on les voit un par un, car ils ne sont pas au courant. Avez-vous vu une information officielle du gouvernement sur les médias ? Il n'y a aucune information. Il y a déjà plus de 600 000 signatures. Si vous faites des enquêtes d'opinion, vous verrez que l'on a un soutien extrêmement important. Ce que je souhaite à travers ce référendum, c'est qu'il y ait enfin un débat de fond, pour que nos concitoyens se rendent compte que ce serait une erreur de privatiser ADP. Même si nous ne réunissons pas les 4,7 millions de signatures, il est probable que l'on aille au-delà du million.