Infographies Qui sont les Français qui ne partent pas en vacances ?

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Un homme est assis sur un banc, le 7 septembre 2020, à Lille (Nord). (MAXPPP)

En 2021, près de la moitié des Français sont restés sur le bord du chemin des grands départs, que ce soit pendant l'été ou le reste de l'année, pour différentes raisons.

La sonnerie de l'école va retentir une dernière fois, avant une longue pause bien méritée. Ce jeudi 7 juillet marque le coup d'envoi des vacances d'été dans l'ensemble des académies de l'Hexagone. Pendant près de deux mois, des millions de Français vont prendre la route, le rail ou les airs, direction la mer, la campagne ou encore la montagne, s'invitant parfois dans des décors de cartes postales.

Si certains vont se serrer la ceinture en raison de l'inflation, d'autres ne se poseront même pas la question de leur budget plage ou hébergement, faute de pouvoir partir. Comme chaque année, été ou pas, des millions de Français ne connaîtront pas en 2022 l'expérience d'un départ en vacances (défini par l'Organisation mondiale du tourisme comme tout séjour de loisir comportant au moins quatre nuits consécutives hors du domicile).

Un Français sur quatre ne part pas

Chaque année, environ quatre Français sur dix sont privés de vacances. Ainsi, 37% des personnes interrogées ont déclaré n'être pas du tout parties en 2019, selon une enquête du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc) publiée en juin dernier. Sous l'effet de la crise du Covid-19, ce chiffre a même atteint 51% en 2020 et 46% en 2021. "Historiquement, on navigue autour de la barre des 40%", résume le sociologue Bertrand Réau, spécialiste du tourisme.


Par rapport à nos voisins européens, les Français sont plus enclins à rester chez eux. Selon le Crédoc, là où 40% d'entre eux ne sont pas partis en vacances en 2013, seulement 36% des Italiens et des Belges avaient fait de même. La même année, 27% des Britanniques et 25% des Allemands s'abstenaient de partir.

Sans même parler de vacances de plusieurs jours, de nombreux Français sont aussi exclus de simples séjours avec au moins une nuit hors du domicile. Selon l'Insee, 21% de la population métropolitaine âgée de 15 ans et plus n'a pas pris part au moindre de ces voyages de loisir en 2019, soit 11 millions de personnes. Cette part a atteint 27% en 2020, soit 14 millions d'individus.

Les foyers modestes sont plus concernés

Le fait de partir en vacances ou non est très souvent lié aux inégalités de niveau de vie. Ainsi, en 2019, 53% des ménages à bas revenus ne sont pas partis au cours de l'année, contre seulement 18% des foyers à hauts revenus, selon le Crédoc. Les vacances et les loisirs sont, "chaque année depuis près de quarante ans", le poste de dépenses sur lequel les Français déclarent se restreindre en priorité, souligne le centre de recherche.

Cette tendance se retrouve dans le taux de non départ en voyage de loisir, pour un week-end par exemple. En 2019, parmi les ménages les moins aisés, 46% des personnes ne sont pas parties la moindre nuit, selon l'Insee. Chez les ménages les plus aisés, ce taux n'était que de 9%.

"Ces inégalités ont peu évolué au cours des dernières années, on est très loin de l'image d'Epinal du Front populaire et des vacances pour tous."

Anne Brunner, directrice d'études à l'Observatoire des inégalités

à franceinfo

Ces écarts sont souvent même confortés par divers niveaux d'aides"Les aides des entreprises, comme les chèques vacances, profitent davantage aux classes moyennes qu'aux plus modestes, illustre Anne Brunner. Les plus aisés, eux, disposent d'un plus large réseau social, avec à la clé davantage d'opportunités de se faire prêter un logement ou d'être accueillis dans une grande maison de vacances."

La principale raison est financière

En 2014, le Crédoc a interrogé les Français sur le motif ou les deux principaux motifs de leur non départ en vacances. Derrière le budget, cité par 61% d'entre eux, sont notamment apparues des raisons de santé (22%), familiales (17%) et professionnelles (16%). Mais les données les plus récentes sont celles de l'Insee, non pas sur les vacances mais, plus largement, les voyages. On y retrouve ce même triptyque de contraintes.

Dans le détail, les raisons de santé concernent en grande partie des difficultés pour se déplacer, en raison d'un handicap, d'une maladie ou de l'âge. "Les personnes les plus âgées sont celles qui voyagent le moins", observe l'Insee. En 2019, 33% des résidents métropolitains de 70 ans et plus n'ont pas voyagé, alors que ce taux était inférieur ou égal à 20% dans le reste de la population.

Les raisons professionnelles invoquées portent principalement sur une charge de travail trop importante, un nouvel emploi, une recherche d'emploi ou un besoin d'étudier pour les étudiants. Quant aux contraintes familiales, il s'agit en majorité d'une nécessité de prendre soin d'un membre de sa famille, qu'il s'agisse d'un proche en situation de dépendance ou d'un enfant en bas âge. Dans un autre registre, le besoin de garder ses animaux domestiques est mis en avant par 5,5% des personnes restant à la maison.

Certains font le choix de ne pas partir

Parmi les autres raisons citées par les personnes ne partant pas en vacances ou en voyage, l'une est particulièrement notable : le choix délibéré de rester chez soi. Un "non-vacancier" sur quatre mettait ce motif en avant en 2014 auprès du Crédoc. En 2019, c'était la raison principale de non départ en voyage avancée par 15,1% des personnes concernées. Sur ce total, un peu plus de la moitié disait "préférer rester chez soi" et le reste affirmait "ne pas souhaiter voyager""ne pas vouloir partir seul" ou encore "n'avoir pas l'habitude d'organiser un voyage ou des vacances".

Pour certains, les vacances peuvent être une perspective plus inquiétante qu'enthousiasmante, avec un saut dans l'inconnu, loin des repères habituels. "Contrairement à ce que l'on a tendance à croire, partir en vacances n'est pas inné, cela nécessite un apprentissage", confirme le sociologue Bertrand Réau.

"Les familles qui n'ont jamais organisé un départ en vacances font face à une logistique qui peut être déroutante, au point parfois de renoncer."

Bertrand Réau, sociologue

à franceinfo

Et de conclure : "Malheureusement, les pouvoirs publics, et surtout l'Etat, ont tendance à se désintéresser des vacances, ce qui n'aide pas à réduire les écarts."

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