"Il y a des failles, on les exploite" : un membre des black blocs explique comment infiltrer une manifestation malgré les forces de l'ordre

Deux jours après la manifestation du 1er-Mai qui a dégénéré mardi à Paris, la justice a commencé à juger les premiers manifestants interpellés. franceinfo a pu rencontrer certains de ces manifestants, qui expliquent notamment comment ils exploitent les "failles" dans l'organisation des cortèges.

Des black blocs à Paris pendant la manifestation du 1er mai 2018.
Des black blocs à Paris pendant la manifestation du 1er mai 2018. (ALAIN JOCARD / AFP)

Après les violences qui ont émaillé les manifestations du 1er-Mai à Paris, la justice se penche sur les assaillants. Des militants des black blocs rôdés, organisés et qui se savent surveillés. Ils ont donc des techniques pour se faire discrets, raconte l'un d'entre eux. "On sait que pendant les manifestations on est tous filmés, fichés. Envoyer un sms, mettre un truc sur les réseaux... il faut faire gaffe. On s'organise en conséquence et cela fait partie d'un apprentissage : comment s'anonymiser, comment discuter de manière safe [sûre]. En gros, lutter pour pouvoir exister politiquement sans finir en prison".

Les militants arrivent à la manifestation en "plein de bandes différentes". Ils savent ensuite où aller : "Le lieu où l'on doit se retrouver c'est en tête de cortège. C'est là où on apprend à ne plus se servir d'internet. Et on se fait confiance. On sait qu'il y a des rendez-vous, qu'on va se retrouver. Le bloc se créé de lui-même se met en place tout seul, en 30 minutes à 1 heure. Et une fois qu'on est en place, les banderoles se coordonnent et après on fait partir le truc."

Changer de vêtements pour passer incognito

Ensuite, tout l'enjeu consiste à ne pas se faire arrêter une fois la manifestation terminée. La technique c'est donc d'"arriver habillé d'une certaine façon, se changer sans que personne ne nous voit, et sortir de la manifestation de la même façon qu'on y est rentré, sans qu'on sache, comme si personne n'était venu", explique ce membre des black blocs. "La mode à Paris c'est le K-Way mais il y a plein d'autres façons : le sweat retourné, un autre manteau noir différent, et qu'à la sortie on ne puisse pas savoir qui tu étais et à quel moment tu fais ça".

Pendant la manifestation parisienne du 1er-Mai, plusieurs dégradations ont été commises, notamment sur un restaurant Mac Donald. Des actes plus symboliques que violents, selon les assaillants.

Casser un Mac Do pour moi au-delà d'un symbole c'est utile. Casser une vitrine, brûler une voiture ce n'est pas violent, parce qu'on ne s'attaque qu'à du symbole, à du matériel, à de l'argent quoi.Un membre des blacks blocsà franceinfo

Une façon pour eux d'exprimer des opinions politiques : "On ne se satisfait plus de juste s'indigner. Juste critiquer, faire une pétition contre je ne sais quoi qui ne change jamais rien. Juste on passe à l'acte en fait", explique l'un d'entre eux.

Des forces de l'ordre "débordées"

Accusés par certains de vouloir "casser du flic", ce militant se défend : "Parfois on est obligés de s'attaquer aux flics. Mais moi personnellement ce n'est pas ma cible principale. Je ne vais pas attaquer des flics s'ils ne m'ont rien fait".

Des forces de l'ordre complètement dépassées selon lui. Pendant la manifestation du 1er-Mai, les CRS ont mis plusieurs minutes à intervenir après le début des violences. Pour ce militant l'explication est simple : "ils se sont justifiés sur le fait que s'ils étaient intervenus sur le pont [d'Austerlitz] cela aurait pu créer des morts. Cela aurait été une situation beaucoup trop dangereuse. Mais tout simplement je pense qu'ils sont débordés, qu'ils n'ont pas les moyens que c'est trop compliqué pour eux. Parce qu'on a des techniques, qu'on est bien organisés. Et il y a beaucoup trop de monde, c'est ingérable pour eux. Il y a des failles et on les exploite".

Mercredi, 109 femmes et hommes étaient en garde à vue,et jeudi matin il n'en reste plus que 43.