Un important collectif d'artistes et intellectuels brésiliens et internationaux alerte contre les menaces sur la démocratie au Brésil

Chico Buarque, Sting, Caetano Veloso, Willem Dafoe... ils sont plus de 2000 artistes et personnalités à avoir signé une tribune postée en fin de semaine dernière en Europe par le site du "Guardian", relayée par "Libération".

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France Télévisions Rédaction Culture
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Le président brésilien Jair Bolsonaro le 3 février 2020 à São Paulo, durant un déjeuner avec des industriels locaux (SUAMY BEYDOUN / AGIF / AFP)

Sous le titre "La démocratie et la liberté d'expression sont menacées au Brésil", la tribune, postée vendredi 7 février par le site du journal britannique The Guardian et relayée en France par Libération, énumère les nombreux cas récents de surenchère autoritaire sur le monde des arts et des médias, d'incitations à espionner et dénoncer les professeurs, de risques de censure et projets de réécriture des manuels scolaires, entre autres signes alarmants.

Plus d'un an après la prise de pouvoir de Jair Bolsonaro, président de droite nostalgique de la dictature militaire des années 1964-85, plus de 2000 artistes, intellectuels et personnalités du Brésil et d'autres pays se sont mobilisés sur cette tribune dont la portée se veut internationale. On y retrouve entre autres, côté brésilien, les chanteurs Chico Buarque et Caetano Veloso, le photographe Sebastião Salgado, l'écrivain Paulo Coelho, l'ex-footballeur et actuel directeur sportif de l'Olympique Lyonnais Juninho, et côté international, le chanteur britannique Sting, des personnalités américaines comme le linguiste Noam Chomsky, l'acteur Willem Dafoe, le compositeur Philip Glass...

Dans leur texte, les signataires appellent à une condamnation des actions menées par le gouvernement brésilien à l'encontre de la liberté de penser et de s'exprimer, dans l'espoir d'inciter le régime à respecter les principes des droits de l'homme.

Les étudiants incités à dénoncer leurs professeurs

Parmi les dérives les plus alarmantes dénoncées par le texte, la tribune déplore une "campagne visant à encourager les étudiants des universités et des lycées à filmer secrètement leurs enseignants et à les dénoncer pour endoctrinement idéologique", ce qui suscite "un sentiment de peur et d'intimidation au sein des établissements" dans un pays où plane encore le souvenir de vingt ans de dictature. En janvier, Jair Bolsonaro a laissé entendre que les livres scolaires brésiliens renfermaient "beaucoup trop de choses écrites" à son goût, suggérant une intervention directe de l’État sur le contenu des ouvrages.

Le texte rappelle le glaçant discours, en janvier, du ministre de la Culture Roberto Alvim, ostensiblement inspiré du nazi Joseph Goebbels. S'il a été démis de ses fonctions suite au tollé provoqué par son allocution, des institutions qui incarnent le patrimoine culturel brésilien n'en sont pas moins confrontées à la censure, à des coupes budgétaires et à diverses autres pressions politiques. À la mi-janvier, Jair Bolsonaro s'en est pris au documentaire brésilien de Petra Costa Une démocratie en danger, nommé aux Oscars, le qualifiant de "cochonnerie", et a fustigé la qualité des films sortis au Brésil ces derniers mois, incluant de facto ceux qui avaient été remarqués à Cannes ou à Venise.

Les artistes signataires dénoncent par ailleurs des procès lancés sans fondement ni preuve à l'encontre de journalistes, des agressions contre des véhicules de presse... Sans oublier le dénigrement et des mesures socialement régressives à l'encontre des communautés noires, indigènes et LGBT+ dans un contexte de violences perpétrées par des milices paramilitaires. La tribune rappelle enfin le péril croissant que la politique de Jair Bolsonaro fait peser sur la forêt d'Amazonie et ses populations autochtones, où un certain nombre d'activistes engagés dans la défense de l'environnement ont été assassinés ces derniers mois.

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