VRAI OU FAKE Les femmes trans pourront-elles participer à l’élection de Miss France ?

Sylvie Tellier, présidente de la Société Miss France, se dit ouverte à la participation de femmes trans, jusqu'ici absentes du concours. Pourtant, si l'on consulte le règlement, cela semble compliqué, voire impossible.

La Tahitienne Vaimalama Chaves couronnée Miss France 2019, le 15 décembre 2018, à Lille.
La Tahitienne Vaimalama Chaves couronnée Miss France 2019, le 15 décembre 2018, à Lille. ((FRANCOIS LO PRESTI / AFP))

Le célèbre concours de beauté, parfois décrié pour sa vision de la féminité, serait-il sur le point d'accueillir de nouvelles candidates ? Interrogée par Le Parisien, dimanche 27 octobre, Sylvie Tellier, présidente de la société Miss France, a assuré qu'elle n'était pas opposée à la participation de femmes trans, et que "ce n'est pas interdit dans le règlement". Franceinfo a voulu vérifier.

Sylvie Tellier ouverte aux candidates trans

"Le règlement Miss France est simple : il faut être une femme entre 18 et 25 ans pour concourirL'histoire du concours Miss France, c'est de proposer au public des jeunes femmes avec des personnalités. [...] Si une jeune femme [trans] se présente à Miss France et que le public l'élit, on ne s'y opposera pas." Les propos de Sylvie Tellier ont suscité de nombreuses réactions, parfois violentes, notamment sur Twitter, avec le hashtag #MissTrans.

La présidente de la société Miss France était interviewée à propos de la sortie prochaine du film Miss, de Ruben Alvès, dans lequel un jeune homme participe au concours de beauté, en dissimulant son identité masculine. Sylvie Tellier y joue son propre rôle et affirme être "complètement intéressée" par les questions soulevées par le film, "en tant que maman" d'abord. Dans la presse, c'est comme présidente de Miss France qu'elle est interrogée. Elle assure qu'une femme trans pourrait participer et ajoute : "Si cela se trouve, c'est déjà arrivé, je n'en sais rien."

Ce n'est pas interdit dans le règlement, même si c'est compliqué dans les faits.Sylvie Tellier, présidente de la société Miss FranceLe Parisien

Impossible, selon le dernier règlement en date

Le règlement de la dernière élection nationale, accessible sur le site d'une étude d'huissiers de justice, n'est pourtant pas compatible avec ce qu'avance la présidente. Les conditions de participation sont nombreuses et précises. La première est d'avoir été "régulièrement et valablement élue au niveau régional". Suivent "être de nationalité française", être âgée de 18 et 24 ans, mesurer au minimum 1,70 m "sans talons", ne pas porter de tatouage visible… D'autres critères évoquent la "réputation" et la "moralité" des candidates.

Parmi tous ces points, voici le deuxième : il faut "être née de sexe féminin". En s'en tenant à l'état-civil à la naissance, l'organisation exclut donc, de fait, les candidates passées par une transition de genre. Sylvie Tellier affirme que cette mention est absente du règlement de cette année et remplacée par "être de sexe féminin". Franceinfo n'a toutefois pas pu consulter ce document.

L'obstacle de la chirurgie

Autre obstacle : l'obligation de passer par la case "Miss régionale". Ces élections ont leur propre règlement, commun, dont les critères décidés en amont par Miss France Organisation (à l'échelle nationale donc), accompagnés d'une "charte de déontologie". Concernant l'exclusion de la transidentité, le contenu de ces règlements enfonce le clou. Au critère du sexe de naissance, ils en ajoutent un second : "Ne pas avoir eu recours à la chirurgie plastique (exception faite d'une chirurgie uniquement réparatrice)".

Or, certaines femmes ayant effectué une transition de genre ont pu avoir eu recours à des opérations de chirurgie, en plus d'une prescription d'hormones – la chirurgie ne les concerne pas toutes, mais cela doit être pris en compte. Reste à savoir dans quelle catégorie l'organisation Miss France placerait ces opérations de réattribution sexuelle : plastique ou réparatrice ?

Une qualification importante, car la proscription de la chirurgie au sein du concours est quasi-totale, en France. En 2015, Sylvie Tellier s'insurgeait d'ailleurs contre son autorisation par les délégations adverses du concours Miss Univers, où la France était alors représentée par Camille Cerf. "Ce ne sont pas les mêmes codes qu'en France, où, pour notre concours des Miss, nous autorisons les petites opérations de chirurgie réparatrice, comme les oreilles recollées, mais pas la chirurgie esthétique."

Les Français "pas prêts", selon Sylvie Tellier

Contactés par Franceinfo, les comités régionaux de Miss France n'ont pas souhaité commenter les propos de Sylvie Tellier. "On n'a pas d'avis à donner, c'est Miss France Organisation qui édite le règlement", glisse la responsable d'une délégation régionale. "Nous n'avons pas de commentaire supplémentaire", affirme de son côté le bureau national : impossible d'en savoir plus sur l'évolution du règlement. Contactée, l'association féministe OUTrans, qui accompagne les personnes trans, ne souhaite pas non plus réagir.

En l'état actuel du règlement, il semble donc improbable de voir une candidate trans sur le podium du concours. Rien ne dit cependant que l'organisation ne le réécrira pas à l'avenir. La présidente de l'organisation semble dubitative : "Je ne pense pas que les Français soient prêts à élire une jeune femme trans (…), ils n'élisent déjà pas une Miss Vallon d'Auvergne qui fait un 42 ou un 44", souffle Sylvie Tellier.

À l'étranger, depuis plusieurs années, des personnes trans participent et même remportent des concours de beauté. C'est le cas d'Angela Ponce, qui représentait l'Espagne au concours Miss Univers 2018.