Mise en examen d'un homme après la diffusion de "Non élucidé" : "Depuis l'émission, l'alibi du suspect s'est effondré"

Un homme de 42 ans a été mis en examen le 30 juin pour le meurtre de Jean Moritz, retrouvé mort en 2011 dans sa boutique. Cette mise en examen intervient deux semaines seulement après la diffusion de l'émission "Non élucidé", consacrée à cette affaire.

Capture écran de l\'émission de France 2 \"Non élucidé\", diffusée le 14 juin 2015.
Capture écran de l'émission de France 2 "Non élucidé", diffusée le 14 juin 2015. (FRANCE 2)

L'affaire était menacée d'un non-lieu, elle est relancée. Le parquet de Valenciennes (Nord) a annoncé, mardi 30 juin, avoir mis en examen et écroué un suspect âgé de 42 ans pour le meurtre de Jean Moritz en juin 2011. Ce nouvel élément intervient deux semaines après la diffusion de l'émission "Non élucidé", consacrée à cette histoire, sous le titre "La mort dans les flammes". Et ce n'est pas une coïncidence.

"Un agréable concours de circonstances"

"L'affaire a été remise sur le devant de la scène grâce à cette émission. Elle a eu un écho important dans le département, et le comportement des protagonistes a changé", explique Emmanuel Riglaire, l'avocat de la famille de Jean Moritz, interrogé par francetv info. 

Le corps de la victime avait été retrouvé dans le hangar de son magasin de farces et attrapes à Louvroil, près de Maubeuge, après un violent incendie. Parmi les suspects envisagés figurait l'ex-mari de la compagne de Jean Moritz. Faute d'éléments probants, il avait été laissé en liberté. Mais depuis la diffusion de l'émission, son alibi "s'est effondré", selon le procureur de Valenciennes.

L'émission, dont le tournage a commencé fin 2014, a aussi bénéficié d'un contexte judiciaire plus favorable, avec l'arrivée d'un nouveau procureur et d'une nouvelle juge d'instruction. "Un agréable concours de circonstances" qui a permis à l'enquête de redémarrer, pour l'avocat. "Certaines pistes n'avaient pas été assez fouillées. Le procureur a tapé du poing et tout le monde s'est remis dans le dossier sereinement."

D'autres émissions ont déjà permis de relancer des affaires

L'an dernier, les journalistes de l'émission avaient tenté d'entrer en contact avec le suspect aujourd'hui mis en examen, sans succès. Arnaud Poivre d'Arvor, qui présente "Non élucidé", se dit "surpris par la rapidité" de sa mise en examen. "Ce n'est pas la première fois que notre émission permet de faire avancer une enquête. Mais d'habitude, cela arrive plusieurs mois après." Marine BoisserancStéphane Dieterich, Magali Part, Paquita Parra... Autant d'affaires menacées par un non-lieu qui ont été relancées après la diffusion d'une émission.

"Dans ce genre de dossier, les familles redoutent qu'on ne cherche plus, développe Arnaud Poivre d'Arvor. Souvent, après un an, les pistes s'essoufflent… Mais c'est la raison d'être de cette émission de permettre à de nouvelles hypothèses d'émerger. La machine judiciaire est globalement efficace, mais, parfois, elle peut s'enrayer."

"Mon mot d'ordre, c'est d'avoir la culture du doute"

Le producteur assure néanmoins que journalistes et enquêteurs restent dans leur rôle. "Mon mot d'ordre, c'est d'avoir la culture du doute, de questionner toutes les pistes et de laisser le téléspectateur se faire son propre avis. Pour le reste, nous respectons le secret de l'instruction. C'est pourquoi nous avions utilisé un pseudonyme [Ahmed] pour désigner celui qui a, depuis, été mis en examen." Emmanuel Riglaire abonde : "Cette émission n'affirmait rien, elle ouvrait des pistes et montrait qu'il serait horrible qu'un meurtre pareil ne soit pas élucidé. La télévision ne s'est pas substituée à la justice."

L'affaire Jean Moritz est donc relancée, mais elle est loin d'être élucidée. Même s'il se "réjouit" de cette mise en examen, l'avocat de la famille fait valoir "le respect de la présomption d'innocence". Quant à Arnaud Poivre d'Arvor, il espère que ce rebondissement aidera à sauver la tête de son émission, "suspendue" par France 2 pour la rentrée prochaine. "Mon métier de producteur, c'est de me battre pour cette émission à laquelle je tiens. Grâce à cette interpellation, j'aurai un argument supplémentaire."