Philippe Gildas était "un découvreur de personnages, un découvreur de styles, de talents" pour Jack Lang

"On aimait Philippe Gildas pour sa manière humaine, généreuse de prendre son métier en main", affirme l'ancien ministre de la Culture, Jack Lang, au micro de franceinfo dimanche alors qu'on a appris la mort du journaliste et animateur.

Jack Lang, à Paris le 2 juillet 2018, lors de la présentation de la première Fête du Sport.
Jack Lang, à Paris le 2 juillet 2018, lors de la présentation de la première Fête du Sport. (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

Philippe Gildas est mort à Paris à 82 ans dans la nuit de samedi 27 au dimanche 28 octobre. L'animateur de télévision et de radio a succombé des suites d'un cancer. Présentateur emblématique de l'émission "Nulle Part Ailleurs" sur Canal+, a également présenté la matinale d'Europe 1 dans les années 1970 et a créé le Top 50. Une carrière sur laquelle Jack Lang, l'ancien ministre de la Culture est revenu dimanche 28 octobre sur franceinfo. Il lui dit "merci, merci, merci d'avoir été cet accoucheur de cette petite révolution culturelle et télévisuelle" qu'a été Canal +, dimanche 28 octobre sur franceinfo.

franceinfo : Philippe Gildas incarnait-il la liberté de ton, pour vous ?

Jack Lang : Parfaitement. Lorsque nous avons donné la liberté, comme c'était normal d'ailleurs, à la télévision et à la radio, nous rêvions en même temps d'une radio et d'une télévision créatives, inventives, audacieuses. Philippe Gildas est à coup sûr l'un des personnages qui incarnent avec beaucoup de force cette période et a permis à ces rêves de liberté et de création de se réaliser. Avec beaucoup de rigueur, c'était un grand professionnel, quelqu'un qui travaillait, qui voulait comprendre, connaître. Même s'il donnait le sentiment qu'il découvrait à l'instant où il vous parlait, qu'il improvisait. Pas du tout ! Il était bosseur et un homme d'une extrême rigueur. Franchement, c'était un modèle pour ses collègues je pense, pour nous tous aussi. On l'aimait. Et on l'aimait pour sa manière humaine, une manière généreuse de prendre son métier en main, de parler, d'interroger. Il ne cherchait jamais à blesser, il cherchait toujours à mettre en valeur le talent. C'est aussi l'un des mérites de Philippe Gildas, d'avoir révélé tant et tant de talents, d'artistes, de journalistes. Il aura été quelqu'un qui a accouché vraiment d'un nouveau système de radio, de télévision et de culture.

Les Nuls, les Deschiens… Peut-on dire que son univers était très foisonnant ?

Très foisonnant, baroque, exaltant, parfois complètement foutraque. Mais en même temps, au-delà de la folie de certaines émissions, il y avait toujours une exigence de vérité et de liberté. C'était quand même un personnage haut en couleur. Je me souviens par exemple lorsque François Mitterrand avait souhaité révéler et mettre en lumière la pyramide que nous avions construite au Louvre, on s'était heurtés à beaucoup de polémiques. Il avait choisi Philippe Gildas pour une émission spéciale où il y a eu un dialogue entre le président de la République et Philippe Gildas sur la conception de la pyramide, sur les difficultés rencontrées. Et je me souviens qu'ensuite Philippe Gildas voulait en savoir plus, la télévision était éteinte, il s'est baladé avec nous, avec François Mitterrand, dans le Louvre pour découvrir en particulier les fondations du Louvre, le donjon de Philippe Auguste. Il avait une curiosité intellectuelle et humaine assez extraordinaire.

Les politiques ressentaient-ils une certaine appréhension avant d'aller dans ses émissions ?

Oui, sans doute, comme à chaque fois qu'on est à la télévision en direct, il y a toujours une petite appréhension. Mais, avec Philippe Gildas, on avait le sentiment qu'on avait rendez-vous, non seulement avec la fantaisie, la drôlerie, l'humour, la générosité, mais aussi avec l'honnêteté, et ça c'est très important. Quelqu'un qui ne pouvait pas vous faire un coup en douce, vous glisser le tapis mine de rien, il y avait en lui une sorte de bienveillance en alerte, une sorte de gentillesse qui faisait que quand on franchissait les portes du studio, on était rassurés quand même. Du coup, il a aidé beaucoup de gens à révéler leurs capacités, leurs talents, leurs idées, leurs projets. Sur ce plan-là, c'est un découvreur de personnages, un découvreur de styles, de talents. Il l'a fait à Europe 1 antérieurement, et ensuite à Canal+, avec Alain de Greef. Vraiment, imaginez une nouvelle télévision, c'était une véritable révolution culturelle et intellectuelle, et on a envie de dire à Philippe Gildas merci, merci, merci d'avoir été cet accoucheur de cette petite révolution culturelle et télévisuelle.