Déconfinement : une réouverture très attendue mais compliquée pour les théâtres privés

Certains théâtres privés parisiens ont fait le choix de ne pas proposer de représentations dès le 19 mai par manque de moyens financiers et de temps. 

Article rédigé par
Jérémie Laurent-Kaysen - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le théâtre de La Gaîté Montparnasse, à Paris. Théâtre privé, il ne rouvrira qu'en septembre.  (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS)

Il y a trois semaines, Emmanuel Macron annonçait la réouverture des salles de spectacle pour le 19 mai. Si les théâtres publics ont pu rapidement programmer des représentations, ce n’est pas le cas de certains théâtres privés qui doivent encore garder leurs portes closes.

Un délai trop court

"Programmer dans un délai de deux ou trois semaines est impossible". Pour Rose Berthet, directrice adjointe du théâtre de l’Atelier, l’annonce de la réouverture des lieux culturels le 19 mai n’a pas été une réjouissance. Comme d’autres théâtres privés, l'Atelier est dans l’incapacité de proposer une représentation dans un délai aussi court, "surtout avec les contraintes actuelles : couvre-feu à 21h, restrictions de jauge à 35%" explique sa directrice adjointe. Son théâtre peut accueillir 563 spectateurs en temps normal et fait vivre une petite équipe de sept personnes.

En raison de son statut, il ne touche aucune subvention de l’Etat et les employés sont en chômage partiel depuis sa fermeture. Selon Rose Berthet, ouvrir pour un mois ne serait pas suffisamment rentable et retarder la fin de leur programmation de quelques semaines ne leur apporteraient pas plus de public : "On avait tenté en 2020 de programmer jusqu’à mi-juillet. Mais ça n’avait pas très bien fonctionné. Les spectateurs n’étaient pas au rendez-vous soit parce qu’ils étaient en vacances soit parce qu’ils n’avaient pas envie de s’enfermer dans une salle. Donc on ne va pas se battre cette fois-ci. On ne ferait que perdre de l’argent. On a hâte de voir nos salles pleines, de rouvrir le théâtre, le faire revivre, mais ce n’est pas raisonnable pour l’instant".

La déception du 15 décembre

Emmanuelle Tachoires, administratrice du théâtre Michel, privé également, est du même avis. Elle garde un goût amer de la "réouverture" du 15 décembre dernier : "On avait tout repris : la communication, le tirage des affiches, tout le monde avait repris le travail à 100%, on avait recommencé les répétitions, engagé des frais publicitaires… et finalement on a appris à la dernière minute qu’on ne pourrait pas rouvrir". La goutte de trop pour son équipe, déçue. "Après ça, il a fallu remotiver les troupes, les salariés. Certains ont travaillé seulement un mois et demi sur un an. Donc maintenant on a décidé d’attendre que tout aille mieux. On prend le temps des choses" conclut-elle. Le théâtre Michel a donc annoncé que sa programmation reprendra seulement à partir du 24 août.

Du côté des théâtres publics, bon nombre d’entre eux ont annoncé avec joie qu’ils accueilleront à nouveau des spectateurs d’ici quelques jours. Pour le directeur du théâtre 14, théâtre public, Edouard Chapot, le 15 décembre a aussi été une déconvenue. Mais il explique que son équipe ne s'est pas laissée abattre et s'est rapidement remise en selle : "Nous sommes prêts pour cette réouverture, comme nous étions prêts pour celle du 15 décembre. Nous n’avons jamais arrêté les répétitions ou les activités au sein du théâtre. Depuis un an, nous avons proposé aux équipes de venir répéter, de faire des ateliers"

Responsabilité du service public

Une activité qui a donc perduré sous une autre forme pour ces théâtres beaucoup moins touchés financièrement par cette année de fermeture. Selon Edouard Chapot, il était de la "responsabilité" des théâtres en tant que "service public" de rouvrir les salles : "Nous avons les moyens financiers, grâce aux subventions, de jouer à perte pour commencer. Donc il était de notre devoir de proposer des pièces dès le 19 mai".

Pour ses premières représentations, le théâtre 14 pourra seulement accueillir 70 personnes dans sa salle de spectacle. Un protocole strict sera à respecter comme ce fut déjà le cas durant l’été 2020, mais qui ne risque pas de faire reculer les spectateurs assoiffés de culture. "Il y a un beau retour du public depuis quelques semaines. Les places partent très vite ! Les spectateurs ont envie de retourner au théâtre. Et nous l'avons déjà vu l’été dernier : ils savent être responsable et respecter les mesures avec beaucoup de rigueur".

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