"Pour moi c’est une vraie question : comment s’attrape le virus de la spiritualité ?" : Didier Ruiz met en scène des citoyens croyants

Didier Ruiz poursuit son questionnement sur notre société en donnant la parole à de simples citoyens "croyants" : un bouddhiste, un chamane, un juif, un musulman, une catholique et une protestante. Rencontre avec le metteur en scène à la MC93 de Bobigny.

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France Télévisions Rédaction Culture
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"Que faut-il dire aux hommes ?" de Didier Ruiz (Emilia Stéfani-Law)

Dans cette période où les théâtres sont fermés, nous avons eu le privilège, à quelques-uns, de voir la nouvelle création de Didier Ruiz, Que faut-il dire aux hommes ?, à la MC93 de Bobigny. Ce spectacle émouvant, qui s’est joué au mois d’octobre juste avant le couvre-feu, interroge à travers le témoignage d’anonymes croyants notre rapport à la spiritualité. Interview du metteur en scène qui espère partir le plus vite possible en tournée avec Adel, Marie-Christine, Olivier, Eric, Grace, Jean-Pierre et Brice.

franceinfo Culture : Pourquoi avoir choisi de porter ce thème de la spiritualité à la scène ?

Didier Ruiz : Je ne suis pas croyant et je me suis retrouvé maintes fois dans ma vie dans des occasions où je me suis dit : si j’avais été croyant j’aurais pu m’accrocher à une branche, à quelque chose. J’ai été confronté à la mort plusieurs fois, la mort des autres, j’ai moi-même échappé à des attentats parisiens et je me dis que ma vie n’a tenu qu’à un fil. Du coup, le fait de ne pas avoir de cadre spirituel ça m’a manqué, et en même temps on ne fait pas des stages pour devenir croyant en quelque chose. Pour moi c’est une vraie question de me dire comment ça s’attrape ce virus de la spiritualité, qu’est-ce que ça donne en plus ? C’est quoi le bonus de ceux qui croient ? J’ai évidemment rencontré dans ma vie des gens profondément croyants, hors des dogmes, hors des églises, des gens dont le regard vous éclaire, vous réchauffe, dont la poignée de main vous reste en mémoire. Ils ont quelque chose, ces gens. C’est pour toutes ces questions que j’ai eu envie de les confronter à eux-mêmes et de voir grâce à eux "ce qu’on pouvait dire aux hommes" pour qu’ils vivent plus apaisés.

Le metteur en scène Didier Ruiz en répétition (Emilia Stéfani-Law)

Comment avez-vous trouvé ces sept témoins ?

Alors ça, ça a été compliqué ! Ça a été un long temps de recherche. Demander à des gens dont c’est le métier, Grace est pasteure par exemple, d’être dispo pendant un an c’est très compliqué. Il y a plein de gens qui m’ont ri au nez, "moi je suis rabbin, je suis prêtre, je n’ai pas le temps même si j’en ai très envie". Enfin, j’ai fini par trouver ces sept foufous là !

Si l’assassin de Samuel Paty avait entendu ce spectacle, peut-être que le lendemain il serait allé faire ses courses au supermarché…

Didier Ruiz

Ce qu’ils disent est très intime, comment obtient-on cette mise à nu ? 

On s’assoit, on parle, on questionne et on requestionne pour être le plus clair possible. Qu’est-ce que ça veut dire, les mondes invisibles dont parle Olivier ? Ce sont des sortes de rêves… Et là tout de suite on comprend. Ça nous donne accès à une autre réalité. Nous avons travaillé individuellement d’abord, puis tous en groupe pour que la parole se sacralise dans le cadre du théâtre, qu’elle ne soit plus dans le quotidien. Et c’est une parole qui au fil des représentations ne sera jamais figée, qui restera libre, évolutive mais précise. 

Vous avez trouvé le bonus de ces parcours de spiritualité ?! 

J’ai beaucoup changé en leur compagnie, j’ai ouvert mes fenêtres encore plus grand et je crois que j’ai accru ma capacité d’accueil. Je suis encore plus vivant.

On est frappé par la liberté qui se dégage de leur parcours... 

La première de Que faut-il dire aux hommes ? a eu lieu le 15 octobre, le 16 octobre Samuel Paty était assassiné, je me suis dit que ce spectacle avait une vraie, vraie, vertu, un vrai sens. Si l’assassin de Samuel Paty l’avait entendu, peut-être que le lendemain il serait allé faire ses courses au supermarché…


La tournée devrait débuter le 18 février 2021 à Châteauvallon scène nationale (Ollioules) et se poursuivre le 17 mars 2021 au Théâtre de La Coupole (Saint-Louis) et du 4 au 20 mai 2021 au Théâtre de La Bastille à Paris (relâches 8, 9, 13-18).

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