OFF d'Avignon annulé : "c'est plus qu'une année blanche" qui se profile pour la famille Houdinière qui dirige l'Atelier Théâtre Actuel

Acteur d'importance au sein du festival OFF, l'Atelier Théâtre Actuel (ATA) présente habituellement 25 spectacles par an. Rencontre - à distance - avec Jean-Claude, Fleur et Thibaud Houdinière, le trio familial qui dirige l'Atelier et redoute une "catastrophe artistique et financière".

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France Télévisions Rédaction Culture
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Fleur, Jean-Claude et Thibaud Houdinière, de l'Atelier Théâtre Actuel. (FABIENNE RAPPENEAU)

La nouvelle était attendue depuis les annonces d'Emmanuel Macron de lundi soir 13 avril, mais l'annulation du Festival Off d'Avignon, pronnocée par AF & C (Avignon festival & compagnies), l'association qui l'encadre, reste un choc considérable pour les professionnels du spectacle. L'ex-acteur Jean-Claude Houdinière, sa fille Fleur et son neveu Thibaud, dirigent en famille l'Atelier Théâtre Actuel qui est aujourd'hui une force de création très significative dans le festival Off d'Avignon.

Le Théâtre actuel, antenne de l'ATA à Avignon. (DR)

Son annulation est vécue comme une catastrophe de plus pour cette institution qui, du fait de la crise sanitaire, a déjà dû annuler 200 spectacles.

Franceinfo : Quel est votre ressenti par rapport à cette annulation ?

Thibaud Houdinière : Avant tout une grande tristesse de voir ce festival, qui nous est très cher et pour lequel nous travaillons depuis des années, être annulé. Pour toutes les créations que nous étions en train de répéter, qui étaient quasiment prêtes, et qui doivent à présent s'arrêter et être reportées, c'est une tragédie. 

Concrètement, qu'est-ce que cela représente pour l'Atelier Théâtre Actuel ?

T.H. : C'est un manque à gagner sur la longueur, puisque le OFF d'Avignon nous permet de présenter beaucoup de productions. C'est là où l'on fait démarrer énormément de spectacles. Chaque année, dont celle-ci, on présente environ 25 spectacles, c'est de là qu'on démarré des aventures comme La Machine de TuringLes Chatouilles ou encore Les Cavaliers. Le OFF nous permet de vendre des spectacles avant qu'ils partent en tournée. 

Fleur Houdinière : Ce qu'il faut comprendre, c'est que nous avons notre société à Paris, l'ATA, et notre théâtre à Avignon, le Théâtre Actuel, dans lequel nous présentons huit spectacles. Nous y accueillons nos productions, nous ne sommes pas des loueurs de salle. En dehors du théâtre, on travaille avec des théâtres partenaires que nous louons et dans lesquels nous plaçons nos productions, d'où les 25 spectacles.

Pour nous le OFF c'est une fenêtre de visibilité

Fleur Houdinière

L'Atelier Théâtre Actuel

Généralement, nous ressortons d'Avignon déficitaires sur le plan financier, vu que l'on ne peut pas amortir une création sur trois semaines. Pour nous, le OFF, c'est surtout une fenêtre de visibilité par rapport à tous les programmateurs de France et du monde pour pouvoir ensuite vendre nos spectacles en tournée. L'annulation du OFF, c'est plus qu'une année blanche pour nous puisque nous pourrons pas vendre les spectacles en tournée l'année d'après. 

Comment comptez-vous rebondir face à cette perte en visibilité ?

T.H. : Pour l'instant, l'heure est au report. Réussir à faire en sorte que toutes ces équipes mobilisées puissent se rendre disponibles pour reprendre ces spectacles ultérieurement. Certains pourront être repris à Paris, d'autres seront repris l'année prochaine à Avignon, ou d'autres encore seront repris en tournée. Ensuite, il va falloir agir sur la solidarité des salles et centres culturels, pour que même s'ils ne les ont pas vues cet été à Avignon, ils puissent acheter nos productions sur dossier ou sur présentation pour la tournée de l'année prochaine.

Concernant le remboursement des acomptes déjà versés aux salles, comment ça se passe ?

F.H. : Certaines salles nous ont déjà annoncé un remboursement. Mais certaines salles, plus petites et qui ne fonctionnent que pendant le festival, se retrouvent dans un situation financière catastrophique. Ces théâtres-là commencent à dire : si on  peut ne pas vous rembourser les acomptes, c'est mieux, on les reporte à l'année prochaine. 

Pour notre propre théâtre d'Avignon, la situation est aussi compliquée, puisqu'on a besoin des rentrées financières d'Avignon pour pouvoir le maintenir

Thibaud Houdinière

L'Atelier Théâtre Actuel

T.H. : Pour notre propre théâtre à Avignon, la situation est aussi compliquée, puisqu'on a besoin des rentrées financières d'Avignon pour pouvoir le maintenir.

Les assurances peuvent-elles intervenir pour sauver les meubles ?

Jean-Claude Houdinière Sur les assurances, il y a deux volets. Tout d'abord les assurances par spectacle, qui couvrent chaque création individuellement. Pour celles-là, les assureurs nous ont déjà dit que non, ils ne couvriront pas les annulations dues au coronavirus, puisque selon eux, ce n'est pas inscrit dans le contrat, ce n'est pas un cas de force majeure. Nous ne sommes pas d'accord, mais il est peu probable que nous gagnions face à eux... Ensuite, il y a l'assurance de notre propre théâtre à Avignon, et là, on est en pleine négociation avec eux. 

F.H. : Le problème en ce moment, c'est que les assureurs ne répondent plus au téléphone... 

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