Mort de Peter Brook : le metteur en scène parle du théâtre, "un art autodestructeur"

Le metteur en scène et cinéaste Peter Brook, décédé samedi 2 juillet, a laissé une trace indélébile sur la création théâtrale et sur laquelle il s'est largement exprimé.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Le dramaturge et cinéaste britannique Peter Brook au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris,en 2018. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Un théâtre épuré qui se renouvelle sans cesse et où presque rien n'est acquis: voici des citations tirées de la théorie de l'espace vide développée par le metteur en scène légendaire Peter Brook.

"Renoncer aux artifices"

- "Je peux prendre n'importe quel espace vide et l'appeler une scène. Quelqu'un traverse cet espace vide pendant que quelqu'un d'autre l'observe, et c'est suffisant pour que l'acte théâtral soit amorcé"

- "Le théâtre est un art autodestructeur. (...) Toute forme, sitôt créée, est déjà moribonde. Toute forme doit être pensée à nouveau" 

- "Le metteur en scène qui arrive à la première répétition avec son script où tout est noté - déplacements, etc. - est un homme de théâtre sclérosé. (...) Il se sert de vieilles méthodes, de vieilles astuces, de vieux effets, puisés dans le répertoire des recettes usagées". 

- "Au théâtre, pendant des siècles, on a voulu placer l'acteur loin de la salle, sur une estrade, encadré, enrubanné, éclairé, maquillé, perché sur de hauts talons - pour aider l'ignorant à se persuader que l'acteur est sacré. (...) Aujourd'hui, nous avons renoncé à ces artifices. Mais nous sommes en train de découvrir que c'est, malgré tout, un théâtre sacré que nous voulons".

- "Il est affreusement difficile de faire du théâtre. (...) Il est sans pitié, il ne laisse place à aucune erreur, à aucun gâchis. Le public qu'on fait passer allégrement du plaisir à l'ennui sera irrémédiablement perdu. Deux heures, c'est court et c'est une éternité". 

"Réaction chimique"

- "L'acteur qui est un véritable créateur (...) a exploré les aspects de son personnage, (...) si bien qu'il est sans cesse contraint, par l'honnêteté de sa recherche, de se dépouiller de ce qu'il possède et de tout recommencer".

- "Au théâtre, (...) jusqu'à ce que le public soit présent, l'objet n'est pas achevé".

- "Le théâtre est semblable à une réaction chimique. Lorsque le spectacle est terminé, que reste-t-il ? On peut oublier le plaisir mais les émotions intenses disparaissent également. (...) Restent gravés dans la mémoire un schéma, une saveur, une ombre, une odeur, une image".

- "L'esthétique est une question pratique (...) On déplace une chaise vers le fond ou l'avant-scène parce que "c'est mieux ainsi". Deux colonnes sur la scène, non; mais trois, oui. Les mots "mieux", "pire", "moins bien", "mauvais" sont utilisés jour après jour mais ces mots, qui dictent les décisions, ne comportent pas le moindre sens moral". 

- "Le spectateur ne s'aperçoit qu'un acteur joue faux que parce que, au fur et à mesure que progresse le personnage, les faux détails sont substitués aux vrais". 

- "Jouer sur une scène demande un gros effort. Mais quand le travail est vécu comme un jeu, alors ce n'est plus du travail. Jouer est un jeu".

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