Mort de Michel Aumont : il avait cette "capacité arc-en-ciel de pouvoir passer de Feydeau à Shakespeare, de Grumberg à Molière"

Le metteur en scène Jean-Michel Ribes et le comédien Denis Podalydès rendent hommage à Michel Aumont sur franceinfo.

Michel Aumont au théatre de l\'Atelier à Paris, le 12 janvier 2007.
Michel Aumont au théatre de l'Atelier à Paris, le 12 janvier 2007. (MARTIN BUREAU / AFP)

"Je garde un souvenir de lui assez simple, c'était quand tout à coup il incarnait, quand il jouait son personnage, on était totalement hors de la réalité, on était dans son monde. C'était quelqu'un qui avait cette capacité incroyable de vous attirer, de vous emmener où il voulait avec ses personnages", a expliqué jeudi 29 août sur franceinfo Jean-Michel Ribes, comédien et metteur en scène de théâtre. Il rendait hommage au comédien et acteur Michel Aumont, décédé ce jeudi 29 août à l'âge de 82 ans.

"Ce n'était pas quelqu'un qui expliquait un personnage, qui faisait de la psychologie, c'est quelqu'un qui était et c'était un comédien très inspirant", s'est remémoré Jean-Michel Ribes, qui l'a dirigé dans la pièce "Rêvez peut-être" en 1998.

"Si Michel Aumont jouait une petite fille de 5 ans, on y croyait"

"Son physique était quelque chose de magnifiquement incongru et en même temps émouvant, mais un physique n'est rien s'il n'est pas habité. Au bout d'un moment, on oubliait son physique. Si Michel Aumont jouait une petite fille de 5 ans, on y croyait", a résumé Jean-Michel Ribes.

Michel Aumont a également marqué le cinéma français avec des seconds rôles, notamment dans "La Doublure" de Francis Veber. "Il n'y avait pas de second rôle au cinéma pour Michel Aumont. Quand Michel Aumont était là, c'était le premier rôle, celui qui était là, qu'on regardait et qui vous faisait passer toutes les émotions", a-t-il remarqué.

"C'était un être tout à fait rare et que, non seulement je regrette, mais qui va beaucoup nous manquer", a conclu le metteur en scène.

"Il était hilarant tout simplement"

"J'ai été frappé par cette qualité extraordinaire dans la comédie, ce sens de la mesure : savoir faire le minimum pour obtenir l'effet maximum", a réagi de son côté sur franceinfo le comédien Denis Podalydès. "Il était hilarant, tout simplement".

Denis Podalydès a joué au cinéma avec Michel Aumont, notamment en 2005 dans "Palais royal", de Valérie Lemercier. "Je m'étais beaucoup amusé avec lui", se souvient Denis Podalydès. "Je me souviens d'un moment passé à Londres. Nous avons parlé ensemble assez mélancoliquement. Il avait un penchant mélancolique qui était assez profond mais qui ne l'empêchait pas d'être irrésistible quand il jouait".

Denis Podalydès a découvert Michel Aumont en 1976 dans le film "Le jouet" de Francis Veber. "Il faut le saluer dans tous les films de Francis Veber qu'il a tourné où il est absolument hilarant. Même quand le rôle est très court; de quelques minutes, il frappe la mémoire et il fait rire".

Denis Podalydès avoue avoir "guetté ses apparitions" au cinéma ou au théâtre. "C'était un acteur qui ne cherchait pas à jouer de sa gueule. C'était sa voix qui allait chercher les finesses". Cette voix de Michel Aumont l'a d'ailleurs toujours marqué et impressionné. "Il a cette voix des acteurs classiques taillée dans l'airain, très puissante, très déliée, très musicale, très sûre d'elle-même, mais en même temps qui peut faire vibrer d'une telle façon qu'il peut donner une couleur très particulière à tous les personnages qu'il a joué".

En apprenant la mort de Michel Aumont, Denis Podalydès ajoute qu'il a eu le "sentiment de perdre un camarade assez proche".