#MeTooThéâtre : comment le hashtag a émergé sur les réseaux sociaux pour aider les victimes à témoigner

L'initiative a été lancée jeudi par Marie Coquille-Chambel, critique de théâtre, qui dit agir au sein d'un collectif.

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France Télévisions
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L'enseigne d'un théâtre, à Paris, en avril 2021. (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS / AFP)

Lever le rideau sur le harcèlement et les violences sexuelles dans le milieu du théâtre. C'est la raison d'être du hashtag #MeTooThéâtre, qui a émergé sur Twitter jeudi 7 octobre. A l'origine de cette initiative se trouve la critique Marie Coquille-Chambel. Elle raconte avoir été violée par un membre de la Comédie-Française, qui est toujours en poste, malgré le dépôt d'une plainte dont est informée la direction de l'institution. Près de 4 000 personnes avaient partagé son message vendredi après-midi.

Elle a ensuite encouragé d'autres personnes à témoigner avec le hashtag #MeTooThéâtre. "Nous n'avons plus peur. Mort à l'omerta", prévient-elle.

Elle raconte à Libération (article abonnés) agir au sein d'un collectif, qui a "lancé le hashtag en réaction à la sortie de l'enquête sur Michel Didym [metteur en scène visé par une enquête préliminaire après une plainte pour viol]". "On pense que c'est enfin le moment, pour toutes les victimes, de se rassembler", ajoute-t-elle.

"On sait, on parle, on évite, on s'adapte"

Son appel a visiblement été entendu puisqu'au moins 5 000 personnes ont témoigné. Une régisseuse lumière dit ne plus compter le nombre de fois où elle a subi du harcèlement et des agressions sur ses "différents lieux de travail". Une journaliste raconte dans une série de messages comment son ancien professeur de théâtre, de vingt-huit ans son aîné, a changé de comportement lorsqu'elle a eu 18 ans. Un comédien se souvient d'une régisseuse qui a été agressée sexuellement par un professeur du cours Florent "pendant un spectacle", précisant que l'enseignant n'a pas été licencié et qu'il travaille désormais à Avignon.

Le phénomène est tel que comédiennes et comédiens se donnent des conseils et se préviennent, relate un utilisateur de Twitter. "On sait, on parle, on évite, on s'adapte", écrit une internaute, assurant que le problème est généralisé dans le milieu du théâtre, de Paris aux grandes villes en passant par des communes de taille plus réduite.

Le hashtag #MeTooThéâtre a ensuite été relayé par le collectif NousToutes, par Alice Coffin, conseillère municipale EELV de Paris, ou encore par l'actrice Nadège Beausson-Diagne, présidente du collectif Même pas peur, qui lutte contre les violences sexuelles.

De précédentes actions

Cette mobilisation se situe dans la continuité de précédentes actions dénonçant le harcèlement sexuel, les agressions sexuelles et les viols dans le milieu du théâtre. Des dizaines de personnes ont ainsi manifesté, en mars, devant les locaux du cours Florent, à Paris, pour dénoncer le "silence" de la prestigieuse école privée de théâtre face à des soupçons d'abus commis par certains de ses professeurs.

Sur Instagram, le compte Paye ton rôle, qui compte quelque 8 100 abonnés, rapporte depuis juin 2020 des témoignages de personnes du milieu du cinéma et du théâtre.

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Après la vague MeToo aux Etats-Unis, en 2017, qui a amorcé la chute de l'ancien magnat du cinéma Harvey Weinstein, le mouvement de libération de la parole a gagné différentes sphères. C'est le cas avec #MusicToo et #MusicTooFrance, qui appelait les victimes du milieu musical à témoigner.

Mais pourquoi le #MeToo du théâtre a-t-il mis autant de temps à naître ? "Nos agresseurs ne sont pas des stars pour le grand public, alors tout le monde s'en fiche", analyse Marie Coquille-Chambel. Pourtant, le même mécanisme est en place, estime dans les colonnes de Libération Marylie Breuil, membre du collectif Nous Toutes : "C'est la même chose dans tous les métiers artistiques, comme la musique ou le cinéma." Sollicité par franceinfo, le ministère de la Culture n'a pas encore réagi à cette nouvelle vague de témoignages.

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