"Les nouveaux défis sont mon eau de jouvence" : Zabou Breitman et sa double aventure au Off d’Avignon

Zabou Breitman fait son grand retour au festival d'Avignon avec deux nouvelles pièces, l'une qu'elle a mis en scène, "Thélonius et Lola", et l'autre qu'elle joue seule sur scène, "Dorothy". Nous avons saisi cette occasion pour lui poser quelques questions sur ces créations et son rapport à Avignon.

Article rédigé par
Jérémie Laurent-Kaysen - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Zabou Breitman interprétant Dorothy Parker dans la pièce "Dorothy" au théâtre du Chêne Noir à Avignon. (PASCAL VICTOR /  )

Zabou Breitman est une habituée du festival d’Avignon. Après le franc succès de son spectacle Logiquimperturbabledufou en 2017, l’actrice française revient cette année avec deux nouvelles créations dans sa valise : Thélonius et Lola, un spectacle tout public qu’elle a mis en scène, et Dorothy, seule en scène sur l’écrivaine américaine Dorothy Parker. Nous l’avons retrouvé dans la cour du théâtre du Chêne Noir, quelques heures avant qu’elle monte sur scène.

"Je veux toujours réapprendre"

Une combinaison kaki, les cheveux au vent, Zabou Breitman a un sourire bienveillant et permanent qui dessine son visage. "La cadence est effrénée cette année" nous glisse-t-elle, rieuse, en s’asseyant quelques minutes le temps d’une courte interview. Pour cette 74e édition du festival d’Avignon, l’actrice et metteuse en scène s’est effectivement lancée un sacré défi : un spectacle le matin à 10h30, dans lequel elle ne joue pas mais qu'elle a mis en scène et un autre à 21h30 dans lequel elle occupe l’unique et premier rôle. "Je ne peux pas assister à toutes les représentations de Thélonius. Quand je rentre chez moi après 'Dorothy', il est plus d’une heure du matin. Mais j’ai répété tout de même trois jours avec les comédiens avant le début du festival et j’étais bien sûre là pour la première !".

L’artiste aux quatre Molières ne considère pas le festival d’Avignon comme un retour en arrière. Au contraire, elle a soif d’apprentissage : "Je ne veux pas croire que je sais, je veux toujours réapprendre ! À Avignon, je refais mes gammes et je me mets en danger. Et j’ai fondé ma compagnie il y a seulement quatre ans ! Donc j’ai encore du chemin à faire".

"Thelonius et Lola", une pièce qui a du chien

Lola, âgée de huit ans et demi, fait par hasard la rencontre de Thélonius, un chien sans collier qui chante et slame comme personne. Malgré leurs différences, une grande amitié naît entre eux et les amène à vivre une incroyable aventure. Ce conte contemporain, écrit par Serge Kribus, a su charmé Zabou Breitman qui met en scène son premier spectacle tout public. "Cette pièce est appréciable à tout âge ! La teneur des chansons, le formidable jeu des acteurs… Ce n’est pas à destination de petits adultes idiots comme on peut le voir dans certains spectacles jeune public. Les enfants sont simplement des adultes en développement".

"Thelonius et Lola" de Zabou Breitman avec Charly Fournier ( à gauche) et Sarah Brannens ( à droite).  (CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE)

Sarah Brannens, l’interprète de Lola, l’a bien compris et n'infantilise pas son personnage. Convaincante, elle nous surprend par ses multiples talents, tout comme Charly Fournier dans le rôle du chien polyglotte Thélonius. "Je demande toujours à ce que mes acteurs sachent danser et chanter. J’ai auditionné plus de 200 filles avant de trouver Sarah. Avec sa petite tête d’enfant elle pourrait rentrer dans une sorte de convention niaise mais pas du tout, elle a un jeu très contrasté" raconte Zabou. Pour ces rôles, les comédiens ont suivi des cours d’acrobaties et on dut apprendre à jouer de l’accordéon afin d’être "hyper performants", comme le demande leur metteuse en scène.

Les deux interprètes n'en sont pas à leur coup d'essai puisque la pièce a déjà été jouée plus de quatre-vingt fois. Des représentations interrompues à cause de la pandémie de Covid-19. "Certaines dates ont été reportées et d'autres annulées", explique Zabou Breitman. "Pour relancer la machine, il fallait qu'on présente le spectacle devant des professionnels qui n'ont pas encore eu le temps de le voir". 

La folie douce de Dorothy Parker

Principalement active dans les années 1930, Dorothy Parker est une écrivaine et journaliste américaine célèbre aux Etats-Unis pour ses textes piquants et extrêmement drôles, publiés notamment dans The New Yorker et Vanity Fair. "Elle est très peu connue en France, étrangement", nous confie Zabou qui a joué l’un de ses textes La vie à deux, adapté par Agnès de Sacy en 1982.

Derrière l’humour grinçant de cette femme, se cache une profonde solitude qu’elle noyait dans l’alcool. Pour jouer ce personnage complexe, Zabou Breitman a décidé de tout faire seule, du début à la fin : elle installe le décor, règle les lumières, s’occupe des effets de son… "Hier soir une dame du public m’a dit au sujet du spectacle 'ça a l’air tellement libre et simple !' Alors qu’il y a énormément de travail derrière. Il ne faut pas que ce soit facile, il faut que ça le paraisse !" explique la comédienne tout en évoquant le fait qu’elle ne se sent pas encore complètement prête et pleinement à l’aise dans son rôle. "Quand je connaîtrais mon morceau par coeur, je pourrais me permettre d’improviser, comme un pianiste !"

Zabou Breitman dans "Dorothy" au théâtre du Chêne Noir à Avignon. (PASCAL VICTOR /  )

Dorothy est aussi une manière pour Zabou Breitman de parler de l'histoire des Etats-Unis pendant l'entre-deux-guerre à travers le statut des femmes, la prohibition ou les ravages de la grippe espagnole. "Dorothy n’était pas féministe et détestait le terme 'engagée'. Mais elle a fait beaucoup de choses dans sa vie, bien plus que d’autres gens. Ce qu’elle voulait surtout, c’était d’être libre".

Pendant plus d’une heure, la comédienne occupe la scène avec charisme et délicatesse en nous contant cinq nouvelles de l’auteure américaine, hilarantes et souvent émouvantes.

Bien qu’elle bénéficie d’une certaine notoriété grâce à son talent d’actrice et de réalisatrice (qui lui a valu le césar de la meilleure première oeuvre pour Se souvenir des belles choses en 2003), Zabou aime que sa vie soit perpétuellement faite de défis et déteste qu’on dise qu’elle a réussi : "C’est terrible comme formule ! Si j’ai réussi, dans ce cas il n’y a plus d’enjeux ! Et la prochaine étape est la mort… Le challenge est vital pour moi, c’est mon eau de jouvence. J’ai l’envie de recommencer, tout le temps".

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