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Le grand metteur en scène et directeur de théâtre Jean-Pierre Vincent est mort

Il avait commencé le théâtre au lycée, avec Patrice Chéreau et Jérôme Deschamps, pour devenir un des grands directeurs de théâtre en France. Le metteur en scène Jean-Pierre Vincent est mort mercredi 4 novembre à l'âge de 78 ans.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Le metteur en scène Jean-Pierre Vincent au Théâtre des Abbesses le 28 novembre 2016 (PATRICK KOVARIK / AFP)

Le metteur en scène Jean-Pierre Vincent, un des plus grands noms du théâtre français, ancien directeur du Théâtre national de Strasbourg et des Amandiers de Nanterre, ancien compagnon de route de Patrice Chéreau, est mort dans la nuit du mercredi 4 novembre à l'âge de 78 ans. Il défendait un théâtre qui "ne laisse pas les gens intacts, qui les laisse augmentés de pensée, d'humanité".

Atteint du Covid-19 au printemps, il avait été hospitalisé pour des AVC par la suite et sa santé s'est détériorée, jusqu'à sa mort dans sa maison à Mallemort, en Provence, a indiqué sa famille.

Né à Paris en 1942, c'est au lycée Louis-le-Grand en 1957 que Jean-Pierre Vincent rencontre le théâtre, de façon "foudroyante", et qu'il débute avec Jérôme Deschamps et Patrice Chéreau. Il joue dans les premiers spectacles de Chéreau qu'il suit à Gennevilliers et au Théâtre de Sartrouville. Il rencontre ensuite Jean Jourdheuil avec qui il fonde la Compagnie Vincent-Jourdheuil, Théâtre de l'Espérance en 1972 : ensemble ils mettent en scène les auteurs allemands, Brecht, Büchner, Grabe. "On s'est mis à lire Brecht comme des fous, et Meyerhold, qui n'était pas encore traduit. Le théâtre français de l'époque était horrible, pour nous - ces Marivaux joués avec l'accent du 7e arrondissement... On était méchants, on voulait bouffer le monde", confiait-il au Monde en 2018.

De Strasbourg aux Amandiers de Nanterre

En 1975 Jean-Pierre Vincent prend la direction du Théâtre national de Strasbourg. Il se lance dans l'exploration de l'histoire de la classe ouvrière avec de grands spectacles comme Germinal, Vichy fictions, Le Misanthrope, Le Palais de justice.

Il est nommé administrateur de la Comédie-Française en 1983, le poste "le plus difficile avec celui de Matignon", disait-il. Il le quitte rapidement, trois ans plus tard, en 1986 pour se consacrer entièrement à la mise en scène et à l'enseignement, au Conservatoire national supérieur d'art dramatique. En 1990 il succède à Patrice Chéreau aux Amandiers de Nanterre où il reste plus de dix ans.

En près de 60 ans de carrière, Jean-Pierre Vincent a mis en scène une centaine de spectacles, de Kleist à Brecht, de Molière à Shakespeare, de Musset à Jarry et Beckett. "Ce que je mets dans mes spectacles, ce sont mes pensées, mes intérêts sur la vie et noamment la vie publique, l'histoire, et ma place, notre place, avec mon groupe d'amis, dans cette histoire", déclarait-il au Monde en 2018. "Je travaille pour que le passé serve le présent et pas l'inverse, comme dans la culture réactionnaire française bien calée, bien traditionnelle, catholique et cuistre", ajoutait-il.

La MC93 salue un "grand Monsieur du théâtre français"

"Avec Ariane Mnouchkine et Patrice Chéreau, il représentait une génération théâtrale qui a ouvert au monde des classiques trop longtemps engoncés dans un immobilisme poussiéreux", a réagi l'ancien ministre de la Culture Jack Lang à l'annonce du décès du metteur en scène.

"Peu d'hommes ont été à ce point des visionnaires et des grands Monsieurs", a réagi dans un communiqué le Théâtre du Gymnase qui a accueilli nombre de ses pièces. C'était un "maître du théâtre français, excellent pédagogue et brillant directeur d'acteurs", ajoute le théâtre.

La MC93 (maison de la culture de Seine-Saint-Denis Bobigny), où il a présenté en 2018 sa dernière pièce, George Dandin de Molière -un grand succès-, a salué "un grand Monsieur du théâtre français, quelqu'un qui a toujours été attentif à transmettre".

La Comédie-Française salue "l'homme de plateau"

En tout, Jean-Pierre aura mis en scène onze spectacles avec la troupe de la Comédie-Française : Les Corbeaux d’Henry Becque 1982, Félicité de Jean Audureau 1983, Le Suicidé de Nicolas Erdman 1984, Le Misanthrope de Molière 1984, La Tragédie de Macbeth de William Shakespeare 1985, Six personnages en quête d’auteur de Luigi Pirandello 1986, L’Autre Tartuffe ou la Mère coupable de Beaumarchais 1992, Léo Burckart de Gérard de Nerval 1996, Ubu roi d’Alfred Jarry 2009, Dom Juan de Molière 2012 et La Dame aux jambes d’azur d’Eugène Labiche en 2015.

"Son maître-mot était de diriger le théâtre 'depuis le plateau'. Il y aura consacré sa vie" témoigne Eric Ruf, administrateur général de la Comédie-Française. "Nous sommes nombreux à l’avoir croisé dans nos murs et nous avons un souvenir précis et ému de sa malice, de son savoir et de ses colères sociales, chevillées au corps. Beaucoup de jeunes comédiennes et comédiens ont profité du pédagogue exceptionnel qu’il était. Nous sommes plus nombreux encore à avoir pu bénéficier de ses conseils et de son avis, tant sa pensée est restée jusqu’au bout libre et précieuse. Il était, ces dernières années, devenu une figure sphingique que nous interrogions sans cesse. Nous sommes orphelins aujourd’hui".

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