Le dramaturge Michel Vinaver est mort à l'âge de 95 ans

Ancien cadre et directeur chez Gillette, le dramaturge s'était fait une spécialité de raconter dans ses pièces le monde de l'entreprise, montrant les évolutions du capitalisme au 20e siècle. Père de la comédienne Anouk Grinberg, Michel Vinaver est aussi connu pour avoir adapté l'affaire Bettencourt sur les planches en 2015.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Le dramatiurge français Michel Vinaver, le 24 juin 2004. (IBO / SIPA)

Le dramaturge et ex-chef d'entreprise Michel Vinaver, qui avait notamment transposé l'affaire Bettencourt au théâtre en 2015, est décédé dimanche 1er mai à Paris, à l'âge de 95 ans, a annoncé sa fille, la comédienne Anouk Grinberg, à l'AFP. Il a pendant près de 30 ans mené une double vie : cadre puis directeur de Gillette et auteur de théâtre. 

A travers une vingtaine de pièces, dont A la renverse, Les Travaux et les jours, Par dessus bord ou La demande d'emploi, montées par des metteurs en scène majeurs tels Antoine Vitez ou Roger Planchon, il a ausculté l'évolution de l'entreprise et du capitalisme durant le 20e siècle. Nommé trois fois aux Molières, il fut aussi lauréat du Grand prix du théâtre de l'Académie française en 2006.

Il avait commencé par écrire, encouragé par Albert Camus

Fils d'un antiquaire et d'une avocate, Michel Vinaver - Grinberg de son vrai nom - était né le 13 janvier 1927 dans une famille d'émigrés juifs russes. La famille fuit pour les Etats-Unis en 1941 et Michel Vinaver devient lycéen à New York. Là, il étudie la littérature anglaise et américaine, et rencontre Albert Camus qui l'encourage à écrire.

Il écrit d'abord deux romans avant de venir au théâtre en 1955, deux ans après son embauche chez Gillette. "J'avais exclu d'emblée de dépendre de ma production littéraire pour vivre", confiait-il à l'AFP en 2015. Ses premières pièces, Les Coréens - créée par Roger Planchon en 1956 - et Les Huissiers, n'ont rien à voir avec la vie de cadre de ce père de quatre enfants, dont Anouk Grinberg.

Le monde de l'entreprise au coeur de son oeuvre

"Je m'étais fixé un interdit : ne pas parler de moi et de mon travail", disait-il. Mais au bout de quelques pièces, c'est la panne. "J'en suis sorti en levant ce tabou", expliquait-il. Il écrit Par dessus bord, l'histoire de l'absorption d'une société familiale française par une multinationale américaine.

Dès lors, l'entreprise prend une place centrale dans son oeuvre. Ainsi, Les travaux et les jours se déroule dans le service après-vente d'un fabricant de moulins à café. Dans La demande d'emploi, le personnage principal est un cadre au chômage. Dans L'ordinaire, entré au répertoire de la Comédie-Française en 2009, le président d'une multinationale, son épouse, sa secrétaire et quatre vice-présidents survivent à un accident d'avion dans la cordillère des Andes.

Une pièce sur l'affaire Bettencourt

Lorsqu'Edwy Plenel, cofondateur du site Mediapart à l'origine de nombreuses révélations sur l'affaire Bettencourt l'approche pour une adaptation, Michel Vinaver juge l'affaire "trop abondante, avec trop d'événements, de personnages". Mais il est happé par l'intrigue et les relations passionnelles entre Liliane Bettencourt et sa fille Françoise, "des personnages de tragédie antique", selon lui.

Résultat : Bettencourt Boulevard (créée au TNP de Villeurbanne), un mille-feuilles d'intrigues familiales, de jalousies dévorantes, de corruption à tous les étages. Avec en arrière-plan, la grande histoire et deux figures notamment : le père de Liliane Bettencourt, Eugène Schueller, fondateur de L'Oréal, qui a cultivé des amitiés collaborationnistes pendant la guerre, et le rabbin Robert Meyers, grand-père du mari de Françoise Bettencourt-Meyers, déporté à Auschwitz.

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