"Le Conseil d'Etat estime qu'on a porté une atteinte grave aux libertés, c'est une affirmation forte", estime Adrien de Van, directeur du théâtre Paris-Villette

Le Conseil d'Etat a validé la fermeture des théâtres et cinémas décidée par le gouvernement, à cause d'une situation sanitaire "incertaine", tout en affirmant que cette fermeture "porte une atteinte grave aux libertés".

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
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Un cinéma vide en juin 2020.  (ST?PHANE FERRER YULIANTI / HANS LUCAS)

Saisi en référé-liberté par plusieurs représentants du monde du cinéma et du théâtre, le Conseil d'Etat a validé mercredi 23 décembre la fermeture de ces lieux, décidée par le gouvernement jusqu'au 7 janvier. Le Conseil d’Etat a pris sa décision au vu du "contexte sanitaire" et du "risque d'augmentation de l'épidémie à court terme", tout en donnant l’espoir d’une réouverture si la situation sanitaire s’améliore.

Il estime en outre que "la fermeture au public de ces lieux culturels porte une atteinte grave aux libertés, notamment à la liberté d'expression, à la liberté de création artistique, à la liberté d'accès aux œuvres culturelles et la liberté d'entreprendre". Ajoutant que "le seul fait qu'une partie des activités concernées pourrait demeurer accessible au public à travers d'autres supports ou de manière dématérialisée ne saurait faire disparaître cette atteinte." Pour Adrien de Van, directeur du théâtre Paris-Villette, la décision du Conseil d'Etat est "une déception", même si elle est accompagnée d'une "affirmation forte". 

Franceinfo Culture : Comment s’est passée l'audience au Conseil d’Etat ? 

Adrien de Van : L’audience était lundi 21 décembre, le matin. Les théâtres et cinémas ont expliqué en détail combien la décision de fermer ces lieux par rapport à d'autres activités au protocole sanitaire équivalent leur semblait disproportionnée et injuste. Tout le monde reconnaît la gravité de la situation sanitaire, mais nous ne supportons pas ce deux poids, deux mesures. Le ministère de la Santé [représenté par Charles Touboul] a reconnu qu’il n’existait pas d'étude indiquant un risque particulier de contamination dans les théâtres ou les cinémas, mais qu’il avait fait le choix de ne pas rouvrir ces activités qu’il jugeait moins essentielles et substituables, dans la mesure où chacun pouvait regarder des vidéos chez soi.

Je trouve que c'est affligeant mais cela a au moins le mérite d’être très clair. Jusqu’ici il n’y avait presque pas d'explication de ces décisions. Et on sentait bien qu’elles n’étaient pas proportionnées : pourquoi est-ce qu'on ne peut pas se promener au Louvre alors qu'on peut aller dans une galerie marchande ? Il faut sauver le Black Friday et les cadeaux de Noël, mais le théâtre serait substituable ? C’est un projet de société que je ne partage pas, avec une vision de ce qui est essentiel et de ce qui ne l’est pas réduite à un tableau Excel.

Le Conseil d'Etat n'a pas ordonné la réouverture des théâtres et cinémas, que pensez-vous de cette décision ? 

C’est une déception, même si personne ne s’attendait à ce que le Conseil d’Etat ordonne la réouverture des théâtres vu la dégradation du contexte sanitaire ces derniers jours. Le Conseil d’Etat exprime clairement que l’évolution récente de la pandémie, notamment avec la diffusion d'un variant du virus au Royaume-Uni, rend la situation actuelle trop instable et incertaine pour ordonner une réouverture.

A côté de cela, le juge des référés dit très clairement que l’existence d'un risque de contamination des spectateurs ne suffit pas à justifier la fermeture des théâtres [indépendamment du contexte sanitaire général]. Il affirme que les mesures sanitaires prises rendent ces endroits plus sûrs que beaucoup d’autres espaces clos. Il estime aussi que le ministère a porté une atteinte grave à certaines libertés. C’est une affirmation forte sur le fond et j’espère que le gouvernement l’entendra pour les prochaines décisions qu'il devra prendre. 

Il y a une chose qu’on peut remarquer dans cette décision, c’est que à côté des libertés qu’on connaît (d’entreprendre, d'expression), le juge parle aussi de la liberté d’accès aux œuvres culturelles. C’est, je crois, la première fois que le Conseil d’Etat reconnaît qu'il existe une liberté d’accès aux œuvres culturelles pour les citoyens en France

Quelles sont les conséquences économiques de cette fermeture prolongée pour le monde du théâtre ? 

Économiquement parlant, ce n’est pas pour nous, théâtre public, que c’est le plus difficile. Le théâtre Paris-Villette est sous la tutelle de la ville de Paris, qui a été extrêmement attentive à la situation économique de ses lieux culturels. Mais nous ne sommes pas seuls. C’est tout un écosystème qui est impacté, et comme toujours ce sont les plus fragiles qui s’écroulent : les compagnies, les metteurs en scène, les artistes, à la fois moralement et économiquement. Et durablement. La fermeture de cet automne va produire peut-être deux ou trois années extrêmement complexes. Pour les compagnies indépendantes, c’est un marasme absolu.

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