La justice russe lève l'interdiction de voyager visant le réalisateur Kirill Serebrennikov

Le metteur en scène et réalisateur russe ("LETO", "Le Disciple") est impliqué dans une affaire controversée de détournement de fonds.

Le réalisateur russe Kirill Serebrennikov en 2019. 
Le réalisateur russe Kirill Serebrennikov en 2019.  (VALERIY MELNIKOV / SPUTNIK)

Un tribunal russe a levé l'interdiction de quitter Moscou qui visait depuis avril le metteur en scène et réalisateur Kirill Serebrennikov (LETO, Le Disciple), impliqué dans une affaire controversée de détournement de fonds. "Le tribunal a décidé d'annuler les mesures préventives" visant Kirill Serebrennikov et les trois autres personnes inculpées dans cette affaire, a annoncé la juge Irina Akkouratova, citée par les agences russes. Le tribunal a également décidé de renvoyer l'affaire au Parquet pour la retravailler en raison de "contradictions" dans l'accusation, qui empêche selon la juge "un examen approfondi et l'énoncé d'un jugement".

En avril, la justice russe avait levé l'assignation à résidence frappant le réalisateur depuis plus d'un an et demi, période pendant laquelle il avait toutefois continué à travailler sur des films et des spectacles. Mais Kirill Serebrennikov n'était jusqu'à présent pas autorisé à quitter la capitale russe. Selon l'un de ses co-accusés, Iouri Itine, cité par le journal Kommersant, la décision du tribunal entrera en vigueur d'ici 10 jours. Le procureur a encore la possibilité de la contester.

"Compromis"

Prudente, Irina Poverinova, l'avocate d'une autre prévenue a, elle, affirmé à la chaîne d'opposition Dojd que cette décision était un "compromis", alors que la défense demandait l'abandon complet des charges. "Nous ne savons pas du tout ce que fera le procureur", a-t-elle avoué.

Directeur artistique du Centre Gogol, théâtre qu'il a transformé en l'un des centres névralgiques de la culture contemporaine à Moscou, Kirill Serebrennikov est accusé avec trois de ses collaborateurs d'avoir détourné environ 130 millions de roubles (1,7 million d'euros) de subventions publiques entre 2011 et 2014. Dès son arrestation en août 2017, il a reçu le soutien de personnalités du monde des arts en Russie et à l'étranger.

Pour ses partisans, Kirill Serebrennikov paye sa liberté de création et ses pièces parfois osées, mêlant politique, sexualité et religion, dans un pays où les autorités poussent pour un retour en force des "valeurs traditionnelles".