Festival Off d'Avignon : "Les Ritals" de Cavanna, un parfum d'enfance adapté sur scène par Bruno Putzulu

"Les Ritals", le roman de Cavanna sur son enfance parisienne dans l'entre-deux-guerres est porté sur scène par Bruno Putzulu. Un seul en scène au son de l'accordéon, tendre et nostalgique.

Bruno Putzulu dans \"Les Ritals\" de François Cavanna
Bruno Putzulu dans "Les Ritals" de François Cavanna (Denis Vase)

Jouer "les Ritals", c'est faire monter sur scène la bonté et la tendresse. Celle d'un immigré italien prénommé Luigi marié à une française pas toujours commode. "Maman, elle a pas la bouche qui se plie dans le sens de la rigolade" avoue François Cavanna dans son roman publié en 1978. L'écrivain et dessinateur, fondateur de Hara Kiri et Charlie Hebdo, raconte son enfance parisienne dans l'entre-deux-guerres. Le quotidien fait de peu d'un rejeton d'immigrés dans un quartier de Nogent-sur-Marne. Un récit plein d'affection adapté sur scène par Bruno Putzulu et mis en scène par son frère Mario. 

Un monstre de simplicité et d'humanité

Le père de François s'appelait Luigi mais en France il se faisait appeler Louis. "Le mien s'appelait Giovanni, mais son prénom a lui aussi été francisé," raconte Bruno Putzulu. Le comédien s'est immédiatement reconnu dans "Les Ritals." Ce fils d'immigré n'est pas de la même génération que Cavanna mais ses mots lui parlent. Pour la mise en scène, "il n'y avait pas de meilleure personne que mon frère, poursuit-il. Je savais qu'il allait y voir clair dans la langue de Cavanna." Cette langue incomparable nous touche au coeur dès les premiers instants. 

Bruno Putzulu et Grégory Daltin dans \"Les Ritals\" de François Cavanna
Bruno Putzulu et Grégory Daltin dans "Les Ritals" de François Cavanna (Denis Vase)

Le père est là, omniprésent. Un monstre de simplicité et d'humanité. Un bleu de travail dont on imagine les poches chargées de bricoles : un noyau de pêché à remplanter, un bout de ficelle, ou encore un os soigneusement conservé pour combler la faim d'un chien errant croisé en chemin. Et la mère, "quelle bourrasque"! Un intarrissable grondement qui fait les ménages et la lessive en rêvant que son fils devienne fonctionnaire aux PTT. Le premier est aussi doux que la seconde est abrupte. Les deux sont racontés avec la même facétie.

Les personnages de Cavanna ont la noblesse de ces gens de peu. Des petits riens qui donnent un sens à la vie.Mario Putzulu, metteur en scène

Bruno Putzulu incarne à merveille le jeune François. Il nous emmène à vélo sur les routes de France ou encore dans les bars du quartier des Ritals de Nogent-sur-Marne, la main bien calée dans celle de Luigi. On se souviendra de la folle équipée au bordel, séquence hilarante où le jeune homme un peu effrayé découvre les choses de l'amour et du sexe, le tout bercé par l'accordéon de Grégory Daltin. "La fisarmonica, l'accordéon en italien, a été pour beaucoup de ces Ritals, dont ma famille fait partie, un compagnon de voyage et parfois l'unique bien qu'ils choisirent d'emmener avec eux lorsqu'ils quittèrent leur terre natale," raconte le compositeur.

Drôle, chaleureux et émouvant "les Ritals" raconte aussi la cruauté et les humiliations des immigrés d'hier. Un spectacle salutaire pour mieux comprendre les étrangers d'aujourd'hui.

Une Vie
De François Cavanna
Mise en scène : Mario Putzulu
Avec Bruno Putzulu et Grégory Daltin
Théâtre du Chêne noir à 19h15
Du 5 au 28 juillet
Relâche les 8, 15 et 22 juillet