Festival Off d'Avignon : "Je vous écris dans le noir", le destin tragique de Pauline Dubuisson dans un seule-en-scène bouleversant

Pauline Dubuisson a défrayé la chronique dans les années 50 pour avoir tué son fiancé. Un fait divers qui prend sa source sous l’Occupation allemande et qui l’a conduite au suicide en 1963.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Sylvie Van Cleven dans "Je vous écris dans le noir" d'Evelyne Loew, d'après le roman de Jean-Luc Seigle. (ROLAND BADUEL)

Adapté du roman de Jean-Luc Seigle (Ed. Flammarion) par Evelyne Loew, porté à bout de bras par la comédienne Sylvie Van Cleven qui co-signe la mise en scène avec Gilles Nicolas, Je vous écris dans le noir prend aux tripes, au cœur et à la gorge, par son texte, son interprète et sa scénographie. Un seule-en-scène à découvrir à Avignon, à l’Espace Pasteur du 7 au 29 juillet.

Persécutée 

Pauline, 15 ans, est recommandée par son père pour être l'assistante d'un médecin allemand de 53 ans sous l’Occupation à Dunkerque. Celui-ci profite d’elle, ce qui lui vaut d’être tondue et violée à la Libération. Traumatisée, la jeune fille part à Lille après une tentative de suicide. Devenue adulte, elle confie son drame à son amant qui ne l'accepte pas, elle le tue. Condamnée à mort, peine commuée en prison à perpétuité, Pauline Dubuisson est libérée au bout de neuf ans. La sortie du film La Vérité de Georges Clouzot en 1960 la remet à la Une des journaux. Elle se réfugie au Maroc où elle se suicidera en 1963.

Le récit de Pauline Dubuisson mis en forme à la première personne par Jean-Luc Seigle dans son roman, devient une pièce qui reflète la soif de vivre d’une femme confrontée à une société qui la persécute pour sa beauté, sa féminité et sa quête de liberté. Un monde d’hommes veut l’abattre, parmi lesquels son père qu'elle admirait et qui a scellé son destin en la livrant, adolescente, à un prédateur qui allait bouleverser sa vie.

Sylvie Van Cleven dans "Je vous écris dans le noir" d'Evelyne Loew, d'après le roman de Jean-Luc Seigle. (CHRISTOPHE GSELL)

Au fer rouge

C’est ce récit que déclame dans une prestation lumineuse Sylvie Van Cleven, après un travail de cinq ans pour l’imposer. Le résultat est impressionnant, l'interprétation convainc d'emblée. Sylvie Van Cleven porte un texte nourri d’une langue sensible qui résonne en nous. Elle transmet toute la modestie d’une femme prise dans le maelstrom d’une vie qu’elle n’a pas choisie, scellée dans le regard des hommes, et qui ne cherche qu’à s’effacer.  

Plutôt que de suivre une stricte chronologie, la dramaturgie entrelace chacune des époques de la vie de Pauline Dubuisson. Une construction qui souligne le déroulement implacable d’un destin écrit d’avance. La scène est occupée par un hamac où Pauline se réfugie comme dans un cocon. Elle ne cesse de s’en extraire et d’y retourner, sous les belles lumières graphiques de Lucie Joliot. La bande son aux dissonances contemporaines et bruitistes de Philippe Milon participe à créer un espace sonore et visuel total. Pauline Dubuisson, enténébrée par des puissances malignes est réduite à néant. Et pourtant domine en elle cette soif de vie.  

Jusqu’ici l’histoire de Pauline Dubuisson souffrait de l’image construite par Clouzot dans son film procès La Vérité, avec Brigitte Bardot. Une jolie femme, séductrice et futile, fatale, puisqu’elle tue son amant. Je vous écris dans le noir réhabilite cette  femme meurtrie depuis sa sortie de l’enfance, prise dans un engrenage qui la mènera à se donner la mort. Ce texte lui redonne sa place de victime, de martyre expiatoire d’un système nourri de fantasme, de brutalité et d’injustice. On en ressort, comme elle, marqués au fer rouge : inoubliable.


Je vous écris dans le noir

D’après le roman de Jean-Luc Seigle
Adaptation : Evelyne Loew
Avec : Sylvie Van Cleven
Mise en scène : Gilles Nicolas et Sylvie Van Cleven
Espace Pasteur, rue du Pont Trouca, Avignon
Du 7 au 29 juillet à 20h05 relâche les mercredis 13, 20 et 27 juillet.

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