"Le Rouge et le Noir" de Stendhal devient pour la première fois un ballet à l’opéra Garnier et dans les salles de cinémas le 21 octobre

Pour la première fois depuis dix ans un nouveau grand ballet classique entre au répertoire de l’Opéra de Paris. Et ce n’était pas une mince affaire que d’adapter en le célèbre roman de Stendhal "Le Rouge et le Noir". Le chorégraphe Pierre Lacotte, 89 ans, l’a fait. Le ballet sera diffusé en direct le 21 octobre dans les cinémas en France et en Europe.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Le Corps de Ballet dans l'acte II avec Éléonore Guérineau, Marine Ganio, Daniel Stokes et Florimond Lorieux. (Svetlana Loboff / Opéra national de Paris)

Sur le papier, on était un peu dubitatif : Pierre Lacotte, 89 ans, chorégraphe célèbre dans le monde de la danse pour avoir remonté de nombreux ballets romantiques (La Sylphide, Marco Spada, Paquita, La Fille du pharaon) n’est pas vraiment connu pour être un modernisateur du ballet classique. En outre adapter Le Rouge et le Noir de Stendhal, cette œuvre fleuve, ne semblait pas chose aisée.

Fluidité et clarté du récit 

Et pourtant, sans atteindre la force d’autres adaptations comme La Dame aux Camélias (de John Neumeier) ou Eugène Onéguine (de John Cranko) on s’est laissé prendre grâce à la fluidité et la clarté du récit, la beauté des costumes et une distribution de choix emmenée ce soir-là par Mathieu Ganio que Pierre Lacotte a choisi pour le rôle de Julien Sorel (un Ganio qui s’est malheureusement blessé deux jours plus tard. Il est désormais remplacé par Florian Magnenet dans cette distribution). 

Le premier acte ouvre sur des scènes villageoises qui rappellent Paquita avec, comme dans ce ballet-là, quelque chose de désuet, mais il suit une très jolie scène dans le jardin des Rénal où se côtoient sans se frôler le monde des adultes et celui des enfants, guidés par leur nouveau précepteur, Julien Sorel, qui veille à leur formation, y compris de danseur ! Des regards se croisent, des intrigues se nouent…

Amandine Albisson (Madame de Renal) et Stéphane Bullion (Monsieur de Rénal) dans "Le Rouge et le Noir" (SVETLANA LOBOFF)


En trois actes et seize tableaux Lacotte déroule avec limpidité l’histoire de ce fils de paysan, ambitieux et instruit, qui veut être reconnu pour ce qu’il est dans un monde où les conventions sociales exigent encore que chacun reste à sa place. La musique est un montage d’extraits symphoniques de Jules Massenet. Pierre Lacotte signe également 400 superbes costumes qui viennent colorer ses décors en noir et blanc inspirés de gravures d’époque : "En les conservant en noir et blanc, j’ai pensé qu’elles pouvaient devenir comme les illustrations d’un livre. Les personnages, seuls en couleurs, s’en échappent pour prendre vie". C’est aussi Pierre Lacotte qui signe les décors, très beaux mais un peu exagérés : les salons de M. de Rénal, maire d’une toute petite ville, ressemblent au Trianon ou à un palais de Saint-Pétersbourg ! 

Des caractères bien dessinés 

Mathieu Ganio incarne Julien Sorel avec fièvre et élégance face à une Amandine Albisson habitée par le personnage de Mme de Rénal. La scène où Julien vient la retrouver dans sa chambre, nous vaut un pas de deux déchirant d’abandon et de sensualité où Albisson est bouleversante, c’est le plus beau moment du spectacle. Lacotte donne aussi un rôle central à Elisa (Valentine Colasante à la forte présence), la servante qui a des vues sur Julien et qui, éconduite, va le mener à sa perte.

Une Myriam Ould Braham parfaite en Mathilde de la Mole, l’héritière gâtée et arrogante, un Stéphane Bullion justement guindé en M. de Rénal, Audric Bézard (en abbé Chélan), et Héloïse Bourdon (en Maréchale de Fervaque) complètent la distribution aux caractères bien dessinés.

Myriam Ould Braham (Mathilde de la Mole) dans Le Rouge et le Noir de Pierre Lacotte (SVETLANA LOBOFF)

Dans ce ballet un peu long (près de trois heures) mais où certaines scènes sont marquantes comme le passage où des séminaristes en soutane se prennent pour des derviches tourneurs, une scène de bal où les passions s’exacerbent et celle du camp des hussards où Sorel, tout à son apogée sociale et militaire, parade devant ses troupes.

On sera sensible, malgré nos quelques réserves, à cette œuvre ambitieuse. Le discret Pierre Lacotte, qui a été une grande personnalité de la danse française, semble résumer tout ce qu’il a su faire en se confrontant à la jeune génération des étoiles qui ont très bien réussi à se couler dans l’esprit de ces ballets romantiques que l’on ne fait plus. 

"Le Rouge et le Noir", adaptation du roman de Stendhal par Pierre Lacotte 
Palais Garnier 
16, 18, 19, 20, 21, 23, 24, 27, 28, 29, 30 octobre
2, 3, 4 novembre 2021 

Diffusion dans les salles de cinéma en direct le 21 octobre avec Hugo Marchand et Dorothée Gilbert

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