Opéra de Paris : "Le ballet est comme une société de cour, très hiérarchisée"

Le sociologue Joël Laillier a interrogé de nombreux danseurs et danseuses de cette institution reconnue. Il parle de l'Opéra de Paris comme d'un mythe.

Le sociologue Joël Laillier a interrogé de nombreux danseurs et danseuses de l\'Opéra de Paris.
Le sociologue Joël Laillier a interrogé de nombreux danseurs et danseuses de l'Opéra de Paris. (JEAN-BAPTISTE QUENTIN / MAXPPP)

"Le ballet est comme une société de cour, très hiérarchisé", décrypte mercredi 8 août sur franceinfo Joël Laillier, sociologue au CNRS et auteur de Entrer dans la danse. L'envers du ballet de l'Opéra de Paris. Il réagit à l'enquête de franceinfo sur les coulisses de l'Opéra de la capitale, alors qu'un sondage interne révélait en avril dernier le harcèlement et l'humiliation que beaucoup de danseurs évoquent.

franceinfo : Pendant plusieurs années, vous avez recueilli les témoignages de danseurs et danseuses. Confirmez-vous qu'il est compliqué de percer la carapace de cette institution ?

Joël Laillier : L'Opéra de Paris est une institution culturelle qui contrôle beaucoup sa communication et les discours qui la concernent. L'Opéra, c'est un mythe qui est entretenu par l'Opéra lui-même. Le mythe, d'être le berceau de la danse classique, l'élite mondiale de la danse. Il en a besoin pour susciter des vocations. Il existe même des livres pour enfants sur l'Opéra de Paris qui sont censés donner envie d'y venir. En 2002, il y a eu l'affaire de l'expertise qui portait sur l'école de danse et d'autres services, sur le traitement des élèves, et qui avait eu un grand retentissement médiatique. La direction est donc assez échaudée.

Peut-on parler de pacte tacite : si vous intégrez le ballet, vous intégrez l'élite donc vous savez à quoi vous attendre et si vous n'êtes pas content, vous partez ?

L'Opéra de Paris demande un engagement volontaire de la part des danseurs, donc c'est vrai qu'ils ont la possibilité de partir. Ce qui est plus étonnant, c'est qu'ils ne partent pas. Ils sont très peu à partir chaque année. Il y a plusieurs raisons. On entre dans cette grande maison vers huit, onze ans, donc très jeune. On devient un produit de l'Opéra. Il instrumentalise les vocations pour susciter le désir de devenir danseur et de rester à l'Opéra. Il définit ce que les jeunes sont. Si vous êtes embauché dans une compagnie américaine, vous êtes embauché en tant que danseur français représentant de l'Opéra de Paris et de la danse française. À tel point que beaucoup, quand ils ne rentrent pas à l'Opéra de Paris, décident d'arrêter la danse.

Est-ce-que cette institution veut se réformer ?

Il faut voir le ballet comme une société de cour. C'est une organisation très stable, très hiérarchisée. Chacun a un rang, un peu comme des ducs, des comtes et en fonction de la position que l'on a, on peut prétendre à certains rôles. En même temps, vous pouvez avoir des rôles auquel votre rang hiérarchique ne vous donne pas accès mais que vous pouvez quand même espérer avoir. Il y a tout un jeu de gestion des attentes des uns et des autres. Le système de cour s'est écroulé et c'est aussi possible pour l'Opéra.