L'humoriste Yassine Belattar mis en examen pour "menaces de mort et harcèlement" : Radio Nova le "met en retrait

L'humoriste Yassine Belattar, visé par une plainte de l'ex-auteur des Guignols de l'info Bruno Gaccio, a été mis en examen jeudi 28 mars à Paris. Il est accusé de "menaces de mort" et "harcèlement moral" sur des personnes du monde du spectacle, a appris l'AFP auprès de son avocate. L'humoriste a été remis en liberté sous contrôle judiciaire.

Yassine Belattar le 29 novembre 2007 dans les locaux de la radio \"Générations 88.2\", pour laquelle il était animateur
Yassine Belattar le 29 novembre 2007 dans les locaux de la radio "Générations 88.2", pour laquelle il était animateur (FRANCK FIFE / AFP)
L'animateur radio de 36 ans, qui conteste les faits de harcèlement et une partie des menaces selon son avocate Me Safya Akorri, a été laissé libre sous contrôle judiciaire après deux jours de garde à vue. Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour "menaces de mort, menaces de crimes réitérés, envois réitérés de messages malveillants et harcèlement moral", selon une source judiciaire. 

Radio Nova, où Yassine Belattar co-animait l'émission "Les 30 glorieuses", a annoncé la "mise en retrait" de l'humoriste de son antenne. L'émission sera assurée par son coanimateur DJ Chelou, de son vrai nom Thomas Barbazan. 

Suite à une plainte pour menaces de mort déposée par le comédien Bruno Gaccio

L'animateur radio et comédien avait été convoqué mardi 26 mars au commissariat du 5e arrondissement de la capitale dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte fin janvier après une plainte pour menaces de mort déposée contre lui par le comédien Bruno Gaccio.

La querelle, racontée dans une enquête de Marianne publiée le 15 mars, a commencé avec des échanges sur les réseaux sociaux, avant de dégénérer en menaces, confiait Bruno Gaccio, qui a alors décidé de porter plainte.

"Que je menace des gens, c'est un fait"

"Quatre personnes ont décrit sur procès-verbal des menaces directes, une demi-douzaine de personnes au bas mot ont évoqué des relations professionnelles difficiles et deux jeunes femmes ont raconté des conversations dérivant vers des sous-entendus ou des allusions sexuelles alors qu'elles étaient à la recherche de travail", écrit Mediapart, qui dit enquêter depuis fin 2017 sur cette affaire.

Interrogé par Mediapart, le comédien a contesté les accusations de harcèlement professionnel mais assumé certains propos reprochés. "Que je menace des gens, c'est un fait", a-t-il déclaré au site d'information. "Il y a plein de gens qui en menacent d'autres. Mais moi, je ne suis jamais passé à l'acte".

Un personnage multiple

Yassine Belattar est un personnage multiple : pour les auditeurs de Radio Nova, il est un des artisans des "30 glorieuses", aux côtés de DJ Chelou (Thomas Barbazan) avec qui il collabore depuis 15 ans. L'émission est devenue un petit phénomène médiatique avec ses remix où se télescopent Aznavour et le rappeur Booba.
 
Pour ses détracteurs (le député LR Eric Ciotti, Valeurs actuelles, l'ancien Premier ministre Manuel Valls...), il est controversé et complaisant avec l'islamisme, apparaissant pour certains comme un nouveau Dieudonné.
 
L'hebdomadaire Marianne l'avait qualifié de "faux clown et vrai danger" dans un article en 2017. Ce qui lui est reproché : une proximité supposée avec l'islam politique et le fait d'avoir animé, après l'attentat contre Charlie Hebdo, le gala du Collectif contre l'islamophobie en France, réputé proche des Frères musulmans et de Tariq Ramadan.

Nommé au Conseil présidentiel des Villes

Ses prises de parole sur les banlieues lui ont en tout cas valu l'attention d'Emmanuel Macron, qu'il a soutenu politiquement après François Hollande. Le président l'a nommé en 2018 au Conseil présidentiel des Villes, destiné à alimenter la réflexion de l'exécutif sur les quartiers prioritaires, ce qui n'a pas manqué de susciter la polémique. 
 
En réponse, Yassine Belattar met en avant un texto du président qui lui aurait écrit "T'obsède pas. Continue." Par ailleurs, il a lancé un appel à la manifestation le 13 avril, place de la République. Un rassemblement "pour la dignité", dont il a eu l'idée après la polémique sur le hijab de Décathlon.