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"Mayerling" : le fils de "Sissi", un prince dépressif qui ne laisse pas de marbre à l’opéra Garnier

La tragédie de Rodolphe de Habsbourg, fils de "Sissi", qui s’est suicidé avec sa jeune maîtresse en 1889 a inspiré au chorégraphe britannique Kenneth MacMillan ce ballet qui mêle sexe et violence. A découvrir à l’opéra Garnier jusqu’au 12 novembre. 

Article rédigé par Sophie Jouve
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
"Mayerling". Dorothée Gilbert et Hugo Marchand, en alternance avec Stéphane Bullion et et Hannah O'Neill (ANN RAY)

C’est une entrée au répertoire d’autant plus excitante qu’elle est inhabituelle dans l’univers du ballet classique : Mayerling, l’autre grand ballet de Kenneth MacMillan (1929-1992) après L’histoire de Manon, surprend à plus d’un titre, et d’abord parce qu’il offre l’un des rôles masculin les plus inquiétants et les plus exigeants.

Le rideau se lève sur un cercueil enterré à la hâte dans un bois pluvieux. Fondu au noir, nous voilà à la cour de Vienne, son luxe, ses immenses portraits, sa famille impériale dans une tribune surplombant la salle de bal, elle-même encadrée de soldats en tenue d’apparat. Les décors et les costumes, dans des teintes automnales de rouille et de terre-de-Sienne, signés Nicholas Georgiadis, traduisent un pouvoir en déclin.

 

C’est dans cette atmosphère étouffante que nous allons assister à la descente aux enfers de ce prince héritier délaissé par ses parents, progressiste et provocateur, séducteur et brutal. Alors que l’on redoutait de s’enliser dans la fresque historique la danse démarre vraiment avec un pas de deux entre Rodolphe et l’une de ses anciennes maîtresses. Un duo léger et langoureux, les corps s’imbriquant dans une suite de portés sensuels.
"Mayerling" de Kenneth MacMillan (ANN RAY)

Violence inédite


On est d’autant plus saisi par la violence et la cruauté du duo suivant : dans la chambre, le soir des noces, Rodolphe rejoint Stéphanie de Belgique (mélancolique Charline Glezendanner), la jeune épouse qu’on lui a imposée ; il la terrorise avec un crâne et un pistolet brandis devant elle. Un pas de deux d’une violence inédite dans un ballet classique.

Mayerling va ainsi alterner tableaux grandioses et scènes intimes, nous perdant parfois si on ne connait pas l’histoire : par exemple les officiers qui susurrent à l’oreille de Rodolphe sont en fait des nobles qui travaillent à l’indépendance de la Hongrie (indépendance que refuse farouchement François-Joseph, son père).

"Mayerling". Dorothée Gilbert et Hugo Marchand en alternance avec Hannah O'Neill et Stéphane Bullion (ANN RAY)


Une succession de duos


Stéphane Bullion dans le rôle de Rodolphe, en alternance avec Hugo Marchand, impressionne dans l’expression des tourments du jeune homme, fragilisé par ses addictions, serrant sa tête dans ses mains, se tordant de douleurs psychiques. Bullion-Rodolphe enchaîne une succession de duos souvent acrobatiques avec les femmes de sa vie. Parmi elles Mizzi Caspar (pétillante Roxane Stojanov), une actrice qui l'apaise et qu'il retrouve dans un cabaret, une scène haute en couleurs et débridée ! Autre personnage, la comtesse Larisch (impériale Héloïse Bourdon), une entremetteuse qui va lui présenter la jeune Mary Vetsera (juvénile et gracieuse Hannah O’Neill).

"Mayerling" (ANN RAY)


Un pacte de mort


La relation avec la jeune femme, amoureuse obsessionnelle, est le point culminant du ballet avec deux duos saisissants. L’un exalté, tout en tension et passion, où Mary se soumet aux fantasmes de Rodolphe, dansant elle aussi avec un crâne et tirant au pistolet. C’est à cette jeune femme qu’il n’aura connu que quelques semaines que Rodolphe propose ce pacte de mort qui va se concrétiser par un pas de deux fiévreux et charnel où elle se cramponne à lui sur une musique angoissante et passionnée de Liszt.

"Mayerling" (ANN RAY)

Mayerling, c’est le nom du pavillon de chasse dans la forêt viennoise où les deux amants se tuèrent. Mary Vetsera n’avait que 17 ans. On n’oubliera pas en tout cas cette entrée au répertoire de l’opéra de Paris pour l’intensité de l’histoire qui nous est contée ; et l'on n'oubliera pas non plus cette chorégraphie abrupte et violente à qui l’on pourra sans doute reprocher son abondance de portés dans les pas de deux et de manquer de grands tableaux où danserait tout le corps de ballet.

Distributions en alternance, comme souvent pour ce genre de grande production : Hugo Marchand, Mathieu Ganio, Stéphane Bullion, Paul Marque (quatre danseurs étoiles) dans le rôle écrasant de Rodolphe ; dans celui de Mary, Dorothée Gilbert, Valentine Colasante, Laura Hecquet et Hannah O’Neill.

"Mayerling" de Kenneth MacMillan 
Palais Garnier
Jusqu'au 12 novembre 2022
08 92 89 90 90

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