L'artiste belge Jan Fabre jugé pour "harcèlement sexuel" au travail et "attentat à la pudeur"

Dénoncés dans le sillage #MeToo, les agissement du plasticien et chorégraphe avaient été rendus publics en 2018 dans une lettre ouverte écrite par d'anciens collaborateurs.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Le chorégraphe et plasticien Jan Fabre et le nouveau directeur artistique du Festival annuel d'Athènes et d'Épidaure lors d'une conférence de presse au musée de l'Acropole d'Athènes. (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

Rattrapé à son tour par la vague #MeToo, l'artiste belge Jan Fabre doit comparaître vendredi 25 mars devant le tribunal correctionnel d'Anvers (nord) pour répondre aux accusations de "harcèlement sexuel" au sein de sa compagnie de danse et d'un "attentat à la pudeur".

Le procès qui s'est ouvert vendredi matin devait commencer par les témoignages de victimes. Douze femmes l'accusent et "seront présentes", a assuré l'Institut belge pour l'égalité des femmes et des hommes, également partie civile. L'audience doit se poursuivre le 1er avril et le jugement sera ensuite mis en délibéré. Le plasticien et chorégraphe de 63 ans encourt une peine maximale de cinq ans de prison.

Accusé à travers une lettre ouverte

Ce procès doit être l'occasion d'entendre ses explications pour la première fois depuis septembre 2018, quand l'affaire a éclaté par le biais d'une lettre ouverte d'anciens collaborateurs ou stagiaires de sa compagnie Troubleyn. Dans ce texte, publié par un média néerlandophone spécialisé, vingt personnes au total, majoritairement des danseuses, dénoncent les pressions, humiliations voire le chantage à caractère sexuel subis dans leur travail de la part du chorégraphe.

Jan Fabre réfute alors les accusations. "Nous ne forçons personne ici à faire des choses considérées pour l'un, l'une ou l'autre comme au-delà de ses limites. Je n'ai jamais eu l'intention d'intimider ou de blesser les gens psychologiquement ou sexuellement", plaide-t-il dans un droit de réponse au même média.

A l'époque, après la déferlante MeToo née en 2017 avec l'affaire Weinstein aux Etats-Unis, une étude a été lancée par les autorités flamandes, dans le nord néerlandophone de la Belgique, pour recenser les comportements inappropriés à caractère sexuel dans le monde des médias et de la culture. C'est dans ce contexte que Jan Fabre, grande figure européenne de l'art contemporain, est interrogé en juin 2018 par la chaîne VRT.

"Harcèlement sexuel" et "attentat à la pudeur"

Quand on lui soumet les résultats de l'étude affirmant qu'une femme sur quatre dans ce secteur d'activité a déjà subi une avance sexuelle non désirée au travail, il répond : "chez moi, jamais". "Dans notre compagnie, en quarante ans, il n'y a jamais eu le moindre problème", assure-t-il, déclenchant une vive riposte.

La lettre ouverte fourmille de déclarations détaillées et l'accuse d'avoir dit un jour "pas de sexe, pas de solo" à une danseuse. Elle fait les gros titres en Belgique et à l'étranger. A Anvers, l'Auditorat du travail, une section spécialisée du parquet, ouvre une enquête.

Trois années d'investigations aboutissent en juin 2021 à un renvoi devant la justice pénale pour "violence, harcèlement ou harcèlement sexuel au travail" à l'égard de "12 employés", ainsi que pour un "attentat à la pudeur" à l'encontre d'une de ces femmes.

Un artiste qui divise

Né à Anvers en décembre 1958, Jan Fabre, à la fois auteur, plasticien et metteur en scène de théâtre, a la réputation depuis les années 1980 d'être un des artistes les plus protéiformes et avant-gardistes de son époque. Célèbre pour ses élytres de scarabées (il en a revêtu tout le plafond de la salle des glaces du Palais royal à Bruxelles), il est aussi connu pour ses provocations.

En 2012, il a dû s'excuser après une performance montrant un "lancer de chats" à Anvers, qui lui a valu d'être physiquement agressé. Avec la perspective du procès, le secteur culturel a été secoué, amené parfois à trancher entre soutien à un monument de l'art contemporain et prise de distance vis-à-vis d'un homme désormais trop sulfureux.

Un spectacle de Troubleyn prévu fin 2021 à Charleroi (Belgique francophone) a été annulé après des "pressions et invectives", selon le programmateur. En revanche, à Namur (centre), pas question de retirer la sculpture de tortue géante devenue un emblème de la ville. "Personne n'a imaginé supprimer tous les films de Woody Allen lorsqu'il a fait l'objet d'une plainte", a souligné le bourgmestre Maxime Prévot. 

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