En confinement, les danseurs professionnels font des pointes et des entrechats dans leur cuisine ou leur salon

Pour les danseurs, s'entraîner est un besoin vital. Alors, confinés chez eux, ils continuent les exercices et donnent des cours sur les réseaux sociaux.

Hugo Marchand, danseur étoile à l\'Opéra de Paris, le 7 mars 2019
Hugo Marchand, danseur étoile à l'Opéra de Paris, le 7 mars 2019 (JOEL SAGET / AFP)

Canapé en guise de barre, adages par visioconférence, tutorial stretching sur Instagram : les danseurs de ballet tentent de préserver au mieux leur discipline de fer, tout en s'inquiétant des effets d'un long confinement sur leur forme physique.

Des stars du American Ballet Theatre Isabella Boylston et James Whiteside qui s'exercent avec la planche de travail de la cuisine en guise de barre au "principal dancer" du Royal Ballet Vadim Muntagirov qui danse une variation dans son salon, de nombreux danseurs partagent sur les réseaux sociaux leur routine en quarantaine ou proposent un cours quotidien live.

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L'angoisse de dépérir physiquement

Certains tentent d'apporter une dose d'humour comme Iana Salenko, star du Staatsballett de Berlin qui a diffusé une vidéo d'elle faisant des relevés sur pointes en portant son bébé, ou encore l'ex-étoile de l'Opéra Isabelle Guérin faisait du repassage sur pointes aussi.

Dans le monde du ballet, une mise en garde est bien connue : "Si je rate un cours un jour, je le remarque, le deuxième jour, c'est le professeur qui le remarque, le troisième jour, c'est le public qui le remarque." Quid d'une période de confinement encore incertaine ? "On a tous la même angoisse, celle de dépérir physiquement", affirme à l'AFP Hugo Marchand, danseur étoile de l'Opéra de Paris.

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Barre collective en visioconférence

Depuis le début du confinement, chaque jour à 11 heures, lui et sept de ses collègues sont en visioconférence avec l'ancienne danseuse étoile et coach à l'Opéra Florence Clerc pour "une barre collective".

"Les danseurs de ballet ont une autodiscipline mais on a toujours besoin d'un professeur qui nous motive et nous donne des instructions", précise par téléphone le danseur qui a quitté Paris pour le sud de la France avant le confinement. "On exécute les exercices qu'elle nous montre accrochés à un bout de canapé ou de commode ; on 'entend' l'énergie des autres, tout le monde se parle et ça rigole un peu, ça fait du bien", poursuit-il.

Mais la "télédance" a ses limites : "Pas de sauts, pas de pirouettes car sur le carrelage ou le parquet dans un petit appartement, c'est juste impossible", en raison du risque de blessures. L'étoile complète ce cours virtuel avec des étirements, des pompes et des abdominaux.

S'entraîner est un besoin physique"

Pour des danseurs habitués à la stricte discipline dès le plus jeune âge et à des journées entières d'entraînement, sans compter le spectacle en soirée, "c'est difficile à vivre". "Pour les sportifs de haut niveau et les danseurs de ballet, notre instrument est notre corps; s'entraîner est un besoin physique comme manger ou dormir."

"Il faut certainement ne pas aller trop vite au retour en studio pour éviter les blessures. C'est un peu comme après un retour d'un congé maternité ou de grandes vacances, il faut y aller doucement", affirme à l'AFP Arnaud Dreyfus, ancien danseur de l'Opéra et professeur de ballet depuis 1998. Il a fermé son studio de danse à Paris comme tout le monde mais poste sur Facebook des exercices différents chaque jour pour les amateurs et les professionnels.

Parmi ses followers, des petits rats de l'Ecole de l'Opéra, mais aussi des danseurs de la Scala de Milan, de Belgique ou des Pays-Bas. "Je donne comme au studio les mêmes indications de corrections; mais bien sûr c'est un peu froid car on est habitué à voir le progrès en direct."