"Deleuze / Hendrix", la dernière création du chorégraphe Angelin Preljocaj, ovationnée à Montpellier Danse

Deleuze et Hendrix : c'est sur une association inattendue que le chorégraphe français Angelin Preljocaj a construit sa nouvelle création. Un ballet montré pour la première fois depuis lundi au festival Montpellier-Danse, où il a été très applaudi.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Les danseurs du ballet Preljocaj lors des répétitions de la création "Deleuze / Hendrix", le 4 juillet 2021 au festival Montpellier Danse. (SYLVAIN THOMAS / AFP)

En chorégraphiant sa dernière pièce, montrée pour la première fois lundi 5 juillet au festival Montpellier Danse, sur une rencontre sonore improbable entre la voix du philosophe Gilles Deleuze et la musique du guitariste de légende Jimi Hendrix, Angelin Preljocaj livre un puissant hymne à l'hédonisme et à la liberté.

En écrivant pour huit de ses danseurs sur la voix de Deleuze commentant l'Ethique de Spinoza à l'Université libre de Vincennes dans les années 1980, le chorégraphe, né en France en 1957 de parents albanais, explique avoir voulu évoquer le "mouvement de la pensée, ce mouvement perpétuel de remise en question" que l'on retrouve dans la danse.

Attrait renouvelé pour la philosophie

Preljocaj, qui s'est notamment formé à la danse contemporaine aux États-Unis avec Merce Cunningham avant de créer sa propre compagnie en 1984 et d'écrire des pièces pour la Scala de Milan, le New York City Ballet et le Ballet de l'Opéra national de Paris, confirme ainsi son attrait pour la philosophie. Lui dont le credo consiste notamment à "donner de l'esprit au corps", avait déjà créé Empty moves, dans les années 2000, sur une performance de John Cage, qui déconstruisait par phonèmes l'essai La désobéissance civile du philosophe Henry David Thoreau.

Mais il a cette fois associé à Deleuze, figure intellectuelle de la contestation de 1968, qui incarne pour le chorégraphe "le penseur libre" par excellence, Jimi Hendrix, musicien novateur qui a "fait basculer l'art de la guitare et la musique rock" dans une autre dimension, a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse.

Les danseurs en répétition pour le ballet "Deleuze / Hendrix", dernière création du chorégraphe Angelin Preljocaj, à la 41e édition du festival Montpellier Danse, le 4 juillet 2021.  (SYLVAIN THOMAS / AFP)

Ce sont des accords de guitare qui donnent vie dans une lumière blanchâtre à un danseur semblant vouloir repousser les limites du corps en se contorsionnant entre des barres noires au début de la pièce. Puis la voix de Deleuze retentit dans le théâtre à ciel ouvert de l'Agora : "Vous voulez pas fermer la porte ?", lance-t-il à ceux qu'il accueillait dans ses cours sans considération d'âge ou de diplôme. Une manière d'embarquer les spectateurs dans la pensée fulgurante du philosophe sur l'éternité, la mort ou la sexualité.

Humour et explosions de sensualité

Des extraits de l'enseignement de Deleuze sur "ce qui est important dans une vie", ponctué de traits d'humour qui font rire le public, nourrissent l'écriture chorégraphique de Preljocaj : le mouvement des huit danseurs (quatre hommes et quatre femmes) devient figure collective, lenteur, harmonie, douceur, réflexion. Mais lorsque surgissent la voix et la guitare de Hendrix, les corps se déchaînent, la sensualité explose et les duos deviennent torrides.

Dans une période de pandémie, marquée notamment par la fermeture des lieux culturels pendant des mois et la prohibition de la danse ou du toucher, cet hymne au plaisir, à la liberté des esprits et des corps et à la vie, magnifiquement incarnée par une danseuse virtuose enceinte, résonne tout particulièrement. Tout comme les réflexions plus philosophiques sur la mort et le sens de l'existence humaine qui consisterait à "devenir le maximum de ce que l'on peut être".

Une proposition qui a séduit le public: la création de Preljocaj a été accueillie lundi soir par des applaudissements nourris et de nombreux rappels. Mais le danseur et chorégraphe assure que la pandémie n'a pas modifié sa manière de créer. "Je me sens trop dedans...", explique le directeur artistique du Pavillon Noir à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), "je n'ai pas assez de recul, artistiquement et personnellement".

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