Slow TV, slow food, slow cities… Cinq façons de ralentir le rythme

En Norvège, la "téléscargot" bat des records d'audience. L'accélération de la vie quotidienne et de nos modes de consommation pousse certains à entamer un mouvement de décélération. 

Le mouvement \"slow\" est né dans les années 1990, en Italie.
Le mouvement "slow" est né dans les années 1990, en Italie. (OJO IMAGES / REX FEATURES / SIPA)

"Lent(e)". Dans la langue française, cet adjectif reste péjoratif. Dans sa version anglaise, "slow", il désigne depuis les années 1990 un mode de vie tendance, avec le slow food, les slow cities, le slow art, la slow science, la slow life… et plus récemment la slow TV. Les programmes de la chaîne publique norvégienne NRK, qui proposent des jours entiers d'images de paysages, de tricot ou de pêche, battent des records d'audience.

Alors que les jeunes Français sont plus stressés que leurs aînés (plus lents ?), francetv info décline cinq façons de ralentir le rythme.

1Regardez la slow TV

"C'est de la téléréalité au sens littéral du terme : quelque chose d'authentique, que l'on montre en temps réel et sans condensé." C'est ainsi que Rune Moeklebust, directeur de programmes chez NRK, explique le nouveau concept de la chaîne publique norvégienne, dont certaines émissions sont diffusées en streaming sur le site internet.

NRK propose occasionnellement de suivre, en prime time, le voyage au très long cours d'un paquebot le long des fjords. La croisière réunit quelque 3,2 millions de téléspectateurs. La chaîne a aussi diffusé les images d'un feu qui crépite, ce qui donne à peu près cela :

Pouvant durer jusqu'à 134 heures sans interruption, ces programmes forment un genre télévisuel nouveau, la slow TV, une sorte de "téléscargot" dont la Norvège a fait sa spécialité.

"C'est pour les gens l'occasion de se poser, de se détendre, de méditer", analyse Arve Hjelseth, sociologue à l'université de Trondheim. La chaîne indépendante et internationale Souvenirs From Earth, diffusée sur plusieurs bouquets en France, propose des programmes un peu équivalents, avec des performances artistiques lentes et contemplatives qui s'enchaînent 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

2Mangez du slow food

Ce mouvement est à l'origine du concept de slow life, dont l'Italie est le berceau. Il a été fondé en 1986 par le journaliste, sociologue et critique gastronomique Carlo Petrini, en réaction à l’ouverture d’un McDonald's sur la Piazza di Spagna, à Rome. Le slow food versus le fast-food. L'association compte désormais 100 000 membres (dont 2 000 en France), originaires de 150 pays et répartis dans 1 500 "conviviums". Ces structures locales (localisées sur cette carte) organisent des ateliers du goût sur les mets et les vins, des repas thématiques, des visites chez les producteurs.

Les amateurs de slow food militent pour un manger "bon, propre et juste" et privilégient évidemment les produits locaux, de saison et bio. Le site français répertorie plusieurs adresses pour trouver des restaurants, producteurs et distributeurs adeptes de ce mouvement. La Ruche qui dit oui, un réseau qui met en contact agriculteurs et consommateurs, en fait partie. Et donne quelques conseils, sur cette image, pour consommer "slow".

3Voyagez dans une slow city

Dans la lignée du slow food, des slow cities ont commencé à voir le jour en Italie en 1999, à l'initiative de Pier Giorgio Oliveti. Orvieto, l'une des premières villes lentes du monde, abrite le siège du réseau Cittaslow. Réseau qui regroupe désormais plus de 150 villes de moins de 50 000 habitants dans 25 pays sur les cinq continents. Elles figurent toutes sur cette carte. En France, huit villes ont adhéré à la charte des slow cities, dont récemment Mirande, dans le Gers.

Elles ont adopté un manifeste qui comprend 70 recommandations et obligations, dont la mise en valeur du patrimoine de la ville, la propreté, la création d'espaces verts, le développement de commerces de proximité, la limitation de la voiture, etc. Le réseau Cittaslow dispose d'un corps d'inspecteurs qui effectuent un contrôle tous les trois ans. Les villes qui respectent la charte reçoivent un label - non reconnu par l'Etat - dont le logo est, bien sûr, un escargot.

4Adoptez la slow éducation

A l'ère de la performance scolaire, des activités à tout crin et du perfectionnisme des parents, il était naturel que les adeptes du "slow movement" appliquent le concept au domaine de l'éducation. Comme le rappelle le magazine Clés, qui a consacré un dossier au phénomène, Carl Honoré, le journaliste canadien auteur en 2004 du best-seller Eloge de la lenteur, "a prolongé sa réflexion sur le slow" avec Manifeste pour une enfance heureuse. Il conseille aux parents de laisser à leur progéniture "le temps et l’espace pour explorer à leur rythme". Les laisser s'ennuyer, en somme.

Autre militante du "slow parenting" citée par Clés, Lenore Skenazy, auteure du livre et blog Free-range Kids. Elle dénonce la surprotection actuelle des enfants, qui ne les autonomise pas. Selon elle, "les parents doivent donner autant de liberté à leurs enfants qu’ils en avaient pendant leur enfance et admettre qu’il n’y a pas cinquante fois plus de prédateurs que quand ils étaient eux-mêmes jeunes".

Le magazine Sciences humaines cite de son côté l'ouvrage de J.D. Francesch, Eloge de l'éducation lente, qui met l'accent sur le rôle des pouvoirs publics en la matière. Il définit quinze principes, dont l'allègement des programmes scolaires et l'instauration à l'école de moments sans activité.

La slow éducation peut aller jusqu'à inscrire son enfant dans une école qui prône une pédagogie alternative et bannit la compétition entre élèves, en proscrivant les notes, telle que les établissements Freinet, Montessori ou Steiner.

5Pratiquez le slow sexe

C'est une des dernières variantes de la religion du slow, qui peut se décliner à l'infini. Et là encore, l'Italie joue un rôle de pionnier. C'est en effet à Alberto Vitale que l'on doit l'expression "slow sex", utilisée pour la première fois en 2002. Le principe : pratiquer la "décélération érotique" face à l'industrie du porno et des sex-toys. "On coupe les portables (parce qu'il paraît qu'une personne sur cinq s'interrompt pour répondre à un texto ou au téléphone quand elle fait l'amour…), on oublie la performance, on est à l'écoute de l'autre et on prend son temps", résume Slate.fr.

Les Britanniques feraient bien de s'y mettre. En dix ans, le nombre de leurs rapports sexuels a connu une baisse de près de 20%. La crise et les iPad sont pointés du doigt par le très sérieux magazine scientifique The Lancet.

Pour ceux qui prennent le problème très au sérieux, une formation d'un an est délivrée au centre One Taste Urban à New York (Etats-Unis). A la clé, selon Slate, un diplôme de "slow sex coach". La lenteur, ça s'enseigne et ça s'apprend.