Désordre sur le pass Culture : budget faramineux, salaires mirobolants, démarrage poussif

Le pass Culture, mesure phare du programme culturel d’Emmanuel Macron, est beaucoup plus lent à démarrer que prévu. Et les embûches s'accumulent. Le 20 novembre, deux de ses dirigeants seront auditionnés par la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée.  

Rentrée littéraire chez Dialogues à Morlaix (Finistère)
Rentrée littéraire chez Dialogues à Morlaix (Finistère) (CLAUDE PRIGENT / MAXPPP)

Le pass Culture, c’est cette application qui comme les chèques-cadeaux, a pour but d’offrir 500 euros à chaque jeune Français de 18 ans pour qu’il aille au théâtre, au cinéma, ou qu’il achète des livres ou de la musique. Une mesure qui était en bonne place dans le programme présidentiel d’Emmanuel Macron. Sauf que sa mise en place souffre de quelques retards à l’allumage.

Une mise en place poussive

L’expérimentation a commencé le 1er février 2019 dans cinq départements (Finistère, Bas-Rhin, Seine-Saint-Denis, Vaucluse et Guyane). Le premier bilan dressé en juin est décevant. Selon un rapport de la Commission des affaires culturelles de l'Assemblée du 24 octobre, seule la moitié des jeunes concernés par le pass Culture a demandé à en bénéficier. Mais surtout, en cinq mois, et en moyenne, 100 euros seulement ont été utilisés sur les 500 euros disponibles. En tout, 441 600 euros avaient ainsi été utilisés en juin, loin des 29 millions prévus au budget 2019.

En septembre, l’expérimentation a été élargie à neuf nouveaux départements. Mais là encore, très peu de jeunes adultes s’en sont saisis. Sur les plus de 135 000 jeunes de 18 ans potentiellement concernés par la mesure, seuls 25 000 en bénéficient, soit deux jeunes sur dix. De là à parler de fiasco, il n’y a qu’un pas…

Salaires mirobolants d'après Médiapart

Annie Genevard, députée LR du Doubs, l’un des départements concernés, et membre de la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée, dénonce un projet culturel "basé uniquement sur une vision consumériste de la culture. Il fallait un projet culturel au président, c’est un projet élaboré à la va-vite, et qui ne démontre pas pour l’instant son efficacité". La Commission a ainsi prévu d’auditionner deux dirigeants de la société pass Culture, Damien Cuier et Isabelle Giordano le 20 novembre à ce propos.

Si Isabelle Giordano, issue de la société civile en tant que journaliste, œuvre bénévolement, ce n’est pas le cas de Damien Cuier, ancien conseiller de Jean-François Copé et ancien dirigeant de France Télévisions, qui selon nos confrères de Mediapart recevrait pour cette mission un salaire de 170 000 euros annuels.

Médiapart épinglait d’ailleurs le 1er novembre également une société, Garandeau Consulting, chargée de trouver des financements privés pour le pass Culture, sans succès. Pour cette mission de consulting, la société aurait touché (entre septembre 2018 et mai 2019) 651 600 euros, outre les 6000 euros mensuels versés à son président, Eric Garandeau, pour un tiers-temps, toujours selon Médiapart.

Malgré nos sollicitations, personne ne s'exprimait aujourd'hui au ministère de la Culture. Le dispositif est actuellement testé dans 14 départements. La politique phare pour l’éducation artistique et culturelle des enfants et des jeunes en France, dont il constituera un tiers du budget en 2020, a donc bien du mal à décoller.