Franck Riester, son passage Rue de Valois dans l'ombre d'Emmanuel Macron

Censé réformer l'audiovisuel public et la politique culturelle, Franck Riester n'a pas convaincu plus que ses prédécesseurs. Il n'a pas rassuré non plus le milieu de la Culture en dépit d'un plan d'aide de cinq milliards d'euros et l'octroi d'une année blanche aux intermittents. 

L\'ancien ministre de la Culture, Franck Riester, après un Conseil des ministres, le 29 fevrier 2020. 
L'ancien ministre de la Culture, Franck Riester, après un Conseil des ministres, le 29 fevrier 2020.  (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS)

À son arrivée rue de Valois, il présentait l'image d'un bon soldat censé réformer l'audiovisuel public et la politique culturelle. Mais face à un président ultra présent, Franck Riester n'a pas convaincu plus que ses prédécesseurs. Nommé en octobre 2018, le ministre de 46 ans était supposé sauver le cabinet du "naufrage" Françoise Nyssen, partie après juste 17 mois à ce poste qui a vu se succéder 12 ministres depuis Jack Lang, sans imprimer leur style et avec un mandat ne dépassant pas en moyenne les deux ans.

Discret, travailleur et à l'écoute

Désormais chargé du commerce extérieur et de l'attractivité, il a lui-même évoqué au cours de sa passation de pouvoirs avec Roselyne Bachelot la "malédiction de voir le titulaire de ce ministère changer tous les 18 mois" en moyenne. Réputé discret, travailleur et à l'écoute, Franck Riester avait marqué le retour du politique au ministère, Nyssen venant de l'édition. Mais il a été critiqué pour des nominations tardives, un Pass Culture - priorité culturelle du mandat d'Emmanuel Macron - qui n'a jamais décollé, un projet de réforme de l'audiovisuel public suspendu, et pour ne pas avoir été à la hauteur durant la crise du coronavirus, face à un spectacle vivant sinistré. En dépit d'un plan d'aide de cinq milliards d'euros pour la culture et les médias et l'octroi d'une année blanche aux intermittents, il en est ressorti fragilisé.

Il y a un an plusieurs syndicats s'inquiétaient déjà de "l'absence d'ambition politique" de son cabinet. Il s'est vu doubler à plusieurs reprises par Emmanuel Macron, comme lorsque le président confie au général Jean-Louis Georgelin la mission de piloter la reconstruction de Notre-Dame. La nomination d'un futur directeur de l'Opéra de Paris devient une saga sur plusieurs mois avant qu'Emmanuelle Macron ne s'entretienne pendant 45 minutes avec Alexander Neef, l'heureux élu.

D'autres nominations tardives portent la marque de Macron : celle du Centre national du cinéma, attribué à un Dominique Boutonnat controversé, du Palais de Tokyo ou encore la Villa Médicis après 18 mois de rumeurs. Plusieurs directrices d'établissements culturels sont nommées, dont Emilie Delorme, première femme à diriger le Conservatoire de Paris depuis sa création au 18e siècle. Mais la non-nomination d'une femme à la tête du nouveau Centre national de la musique fait jaser, Catherine Ruggeri ayant été écartée au profit de Jean-Philippe Thiellay.

L'image d'un ministre impuissant

Au début de la crise du coronavirus, diagnostiqué positif au Covid-19 avec 40 degrés de fièvre pendant deux semaines, il ne bénéficie d'aucune indulgence. Une tribune dans Le Monde le 1er mai signée par Catherine Deneuve ou encore Isabelle Huppert appelle Macron à sauver la culture, taclant Riester qui selon les signataires s'est contenté de phrases comme "Je ne sais pas à la pelle".

Le 6 mai, une image est commentée lors d'une intervention de Macron : celle d'un ministre silencieux, prenant des notes, aux côtés d'un président les manches retroussés, appelant les artistes à se "réinventer". Marquant pourtant une victoire pour les intermittents, l'épisode met en exergue pour ses détracteurs l'image d'un ministre impuissant. Des petites phrases agacent, comme la possibilité de tenir de "petits festivals", alors que le spectacle vivant est sous le choc de l'annulation des grands festivals d'été. Des annonces lui échappent, comme celle par Philippe de Villiers sur la réouverture du Puy du Fou grâce à l'accord de Macron, la presse criant au "fait du prince".

Un mauvais timing 

Après le déconfinement, les stars continuent de s'en prendre au ministre, un diplômé d'écoles de commerce, concessionnaire automobile entré à l'Assemblée nationale en 2007 et qui avait créé son propre parti, "Agir". "On ne l'a pas beaucoup entendu, il n'a pas vraiment pris la mesure de la gravité de cette crise", déplore l'acteur Richard Berry. Il est desservi par le timing: le projet de réforme très attendu de l'audiovisuel public, dans lequel il plaide pour une BBC à la française, était sur le point d'être adopté quand le Covid-19 frappe. Et le Pass Culture, supposé faciliter l'accès des jeunes à la culture, semble éternellement en phase d'expérimentation.

Franck Riester, qui avait révélé être homosexuel en 2011 et a été réélu maire de sa ville natale de Coulommiers, avait été remarqué comme rapporteur en 2009 des deux projets de loi sur la propriété littéraire et artistique sur internet. "Si on communique sans contenu à délivrer, on est vite zappé", avait-il déclaré peu après son arrivée au ministère. Il en est remercié 20 mois plus tard.