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Versailles raconte dans une exposition sa résurrection comme lieu de pouvoir royal et d'identité française

Après la Révolution, le château de Versailles était passé de mode. A la fin du XIXe siècle, il a connu une résurrection qui a attiré des masses de visiteurs. Peintures, photographies, films témoignent de ce "revival" dans une exposition au château, jusqu'au 15 mars 2020.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Gaston La Touche, "Fête de nuit à Versailles", 1906 (détail), Paris, musée d'Orsay (© château de Versailles (distr. RMN - Grand Palais) / Christophe Fouin)

Le fantôme de Marie-Antoinette se faufilant dans Versailles devant des touristes éberlués : c'est la surprise finale en 3D que réserve une exposition foisonnante sur la résurrection du château royal comme lieu de pouvoir et d'identité française entre 1867 et 1937.

"Versailles revival" : Catherine Pégard, présidente de l'établissement public, justifie cet emprunt à l'anglais : "Revival a je ne sais quoi qui semble correspondre à l'effervescence de cette période fin de siècle où le château devient un phénomène de société."

Sous le Second Empire, Versailles n'était qu'un musée excentré que Louis-Philippe avait fait aménager, un lieu pâtissant de l'opprobre dans laquelle l'avait jeté la Révolution. Le choc salvateur va venir d'un affront : la proclamation de l'Empire allemand en 1870 dans la Galerie des glaces, après Sedan. La famille Bismarck a d'ailleurs prêté le tableau d'Anton von Werner qui représente cette scène humiliante.

Maurice Lobre, "La bibliothèque du Roi à Versailles", 1895, Paris, musée d’Orsay (© musée d’Orsay (distr. RMN - Grand Palais) / Patrice Schmidt)

Marie-Antoinette devient une idole

"Si les Allemands n'avaient pas eu cette idée, je ne sais pas si la République serait allée à Versailles, si le traité de Versailles aurait été signé à Versailles. A partir de ce désastre, Versailles a été replacé comme le symbole historique de la France", relève pour l'AFP Laurent Salomé, commissaire et directeur du musée.

Versailles devient un sujet de production picturale, poétique, musical, et aussi un lieu de promenade pour tous. "L'engouement pour le XVIIIe siècle se développe : une floraison très spectaculaire, où on puise joyeusement dans la vie de cour. Marie-Antoinette, d'horrible Autrichienne, devient une idole à la Belle Epoque. Louis XIV devient populaire, personnage de livres pour enfants. Tout le monde s'amuse à jouer à la cour de Louis XIV", note le commissaire.

Une opération de reconstitution, de remeublement du château dans son état d'ancien régime est lancé. Infatigable et passionné, directeur de 1892 à 1920, Pierre de Nolhac en est le pivot. Il devra convaincre les gouvernements de la République.

Alexandre Benois, "Le bain de la marquise", 1960, Moscou, La Galerie d'Etat Tretiakov (© FineArtImages / Leemage © ADAGP, Paris, 2019)

La Versaillomanie succède à la vision d'un monde sombre et englouti

Avant la Grande Guerre, Versailles illustrait, selon Laurent Salomé, "l'interrogation entre modernité et tradition" du moment. A la vision d'un monde englouti et sombre, qui fascinait certains esthètes (Marcel Proust y voit un "royal cimetière de feuillages"), s'opposait la volonté de restituer la splendeur d'origine que les conservateurs menaient à un rythme effréné.

L'écrivain dandy Robert de Montesquiou alimente dans le Paris mondain la passion pour ce lieu que, dit-il, "la peinture reproduit, la poésie célèbre, dont la musique s'inspire". Il règne alors une "Versaillomanie" pour peindre l'automne à Versailles.

L'exposition restitue diverses atmosphères avec des photos vintage et des peintures colorées à la limite du kitsch, mais aussi des oeuvres modernes, de Georges Rouault jusqu'à Gerda Wegener. Des courts-métrages des débuts du cinéma décrivent un Versailles du XVIIIe souvent imaginé. Le Bal des dames de la cour de François Flameng (1888) dépeint, idyllique, les courtisanes se baignant dans un bassin. Plus austères, on a aussi les films des visites de délégations étrangères, des élections en congrès tous les sept ans du nouveau président de la République.

Edward Steichen, "Nocturne -Orangerie Staircase, Versailles, 1905, Paris, musée d'Orsay, don de Minda de Gunzburg, 1981 (© The estate of Edward Steichen © Adagp, Paris, 2019)
Peintures, films et photographies

Beaucoup de prêts viennent des musées russes, à commencer par une belle série de toiles du Russe Alexandre Benois, que l'on redécouvre. Versailles était aimé en Russie, après des évènements comme la visite du tsar en 1886.

L'engouement s'étend à l'étranger : du "Versailles des mers", le paquebot France, avec son salon Louis XIV, aux Versailles bavarois que sont les châteaux de Louis II, ou au Versailles américain avec notamment la villa d'Alva Vanderbilt à Newport. Le milliardaire américain John D. Rockefeller finance largement la restauration du château.

Fête de nuit à Versailles, du peintre Gaston La Touche montre un rêve merveilleux : un couple d'amoureux en barque de nuit lors des Grandes Eaux. Versailles séduit aussi les photographes comme Eugène Atget, Edward Steichen et Man Ray.

A la fin de la période en 1937, le "revival" est bel et bien accompli : un million de visiteurs fréquentent alors le domaine dans l'année.

Gaston La Touche, "Fête de nuit à Versailles", 1906, Paris, musée d'Orsay (© château de Versailles (distr. RMN - Grand Palais) / Christophe Fouin)

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