Spoliations nazies : au musée Sainte-Croix de Poitiers, quatre œuvres, dont un Maillol, attendent leurs propriétaires

Le musée Sainte-Croix de Poitiers dispose depuis le début des années 50 de quatre œuvres volées par les nazis à leurs propriétaires juifs dont on ignore l'identité. Exposées en permanence, ces oeuvres attendent qu'un éventuel ayant droit les réclame.

\"Les Nymphes de la Prairie\" d\'Aristide Maillol
"Les Nymphes de la Prairie" d'Aristide Maillol (F. Tabuteau / France 3)

Deux mille tableaux, sculptures et autres objets d'art seraient toujours sans propriétaire. Des œuvres qui après la guerre, une fois rapatriées d'Allemagne, ont été confiées en dépot à de nombreux musées français en attendant d'identifier leur provenance et leur propriétaire.

En 1953, l'Office des biens nationaux en confie quatre au musée de Poitiers, trois tableaux et une sculpture. Et pas n'importe laquelle puisqu'il s'agit d'un bronze monumental d'Aristide Maillol, "Les Nymphes de la Prairie".

Il est improbable que personne n'ait le souvenir de cette oeuvre, de l'avoir connue, l'avoir rencontrée. C'est une oeuvre créée entre 1930 et 1937 par l'artiste qui n'est mort qu'en 1944, et donc contemporaine de toutes ces spoliations et dont on ne connait pas la destinée, ni comment elle est arrivée ici dans les années 50.Raphaële Martin-Pigalle Responsable des collections beaux-arts et arts décoratifs du musée Sainte-Croix

L'ombre de Rose Valland

Les nazis ont volé plus de 100 000 oeuvres pour remplir un musée en l'honneur d'Adolf Hitler. 60 000 ont été récupérées et 40 000 rendues dans l'immédiat après-guerre, grâce au travail d'une femme, Rose Valland, seule Française tolérée par les Allemands au Musée du Jeu de Paume à Paris où étaient stockées les œuvres spoliées.

Au péril de sa vie, Rose Valland a tout consigné clandestinement dans des carnets, permettant aux Alliés d'épargner les dépôts en Allemagne où étaient rassemblées les oeuvres et de retrouver, après la guerre,  leurs propriétaires. Un inventaire précieux dans lequel les responsables des musées cherchent toujours des indices pour tenter de retrouver les ayants droit de ces oeuvres orphelines.

On peut espérer qu'il puisse y avoir dans ces archives des indications qui, à défaut de ne nous donner l'identité du propriétaire, pourraient nous dire où ces oeuvres ont été collectées à l'époque, et nous mettre sur la piste d'ayants-droit éventuels.Raphaële Martin-Pigalle

La liste des 2000 oeuvres sans propriétaire est disponible sur le site du Ministère de la Culture