Loto du patrimoine : 18 projets, dont du patrimoine industriel et ouvrier, prévus pour la 2e édition

Stéphane Bern a lancé ce 1er février la seconde édition du Loto du patrimoine à la rotonde ferroviaire de Montabon, dans la Sarthe. Un rapport parlementaire publié le 23 janvier donnait un avis globalement positif sur l'opération lancée en 2018. En revanche, la redistribution des sommes récoltées n’a pas fait que des heureux, certains trouvant la somme allouée "dérisoire".

La rotonde ferroviaire de Montabon dans la Sarthe fait partie des 18 sites sélectionnés comme prioritaires par la mission patrimoine.
La rotonde ferroviaire de Montabon dans la Sarthe fait partie des 18 sites sélectionnés comme prioritaires par la mission patrimoine. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

La première année de la mission et du Loto du patrimoine a été célébrée ce 1er février à la rotonde ferroviaire de Montabon (Sarthe), lieu qui bénéficiera pour ses premiers travaux de restauration d'un total de 780.000 euros.

La Rotonde de Montabon, patrimoine industriel et ouvrier

"Le chemin de fer est une passion française" et "toutes les typologies du patrimoine, y compris le patrimoine ouvrier, ont été retenues", a déclaré Stéphane Bern, chargé par le chef de l'Etat de cette mission sur le patrimoine. Il était accompagné de Célia Verot, directrice générale de la Fondation du patrimoine, Stéphane Pallez, directrice de Française des jeux et Marc Schwartz, PDG de la Monnaie de Paris. "Cette visite était un geste d'hommage aux volontaires dans les territoires ruraux : sans eux qui donnent les premiers secours aux sites en péril et les signalent, rien ne serait possible", a souligné Stéphane Bern. Une vingtaine de "gilets jaunes" scandaient à proximité : "Stéphane, on compte sur toi". 

Le chèque de la mission patrimoine s'élève pour la rotonde à 480.000 euros. Auquel s'ajoutent 300.000 euros débloqués par le ministère de la Culture par l'intermédiaire de la Délégation régionale à l'action culturelle. Les travaux pour restaurer cette rotonde délabrée, inscrite au titre des monuments historiques, débuteront en septembre 2019 pour en faire un espace d'expositions et d'évènements autour du rail. Sur la ligne Paris-Bordeaux, elle constituait un noeud ferroviaire où s'effectuait la maintenance des locomotives et où ont travaillé jusqu'à 500 personnes.
La rotonde ferroviaire de Montabon (Sarthe), où Stéphane Bern lancera le 1er février le deuxième Loto du patrimoine
La rotonde ferroviaire de Montabon (Sarthe), où Stéphane Bern lancera le 1er février le deuxième Loto du patrimoine (Guillaume Souvant / AFP)
Un lieu "symbolique" pour ce lancement, disait récemment l'animateur : "On disait Bern, c'est les châteaux et les églises, le trône et l'autel. En l'occurrence Montabon c'est un patrimoine industriel et ouvrier. C'est important pour moi, petit-fils d'ouvrier, en plus de chez Lip".

Dix-huit projets emblématiques et 100 projets plus modestes doivent être retenus, un par département, dans le cadre de la mission Bern. Une plateforme permet à chacun de signaler, avant le 28 février, un site en péril.

De nouveaux jeux organisés par la Française Des Jeux

Le président de la Monnaie de Paris a signé à Montabon une convention sur le lancement en mars dans toute la France d'une "collection Pièces d'Histoire" en collaboration avec Stéphane Bern : 18 pièces, la première à l'effigie du roi Dagobert. La Monnaie de Paris reversera à la mission Bern un euro par pièce vendue.

Les jeux 2018 contribuent au financement de la mission Patrimoine pour 21 millions d'euros, plus que l'objectif initial (15 à 20 millions). 2,8 millions de Français ont joué au jeu à gratter, et plus de 2 millions au Loto. La directrice de la FDJ a indiqué réfléchir à compléter le jeu de grattage à 15 euros "par un jeu à plus faible mise".

Satisfaction et inquiétude

A l'issue de l'acte 1 du Loto du patrimoine, la satisfaction est globalement de mise : près de 2.000 projets avaient été signalés, 269 ont été retenus, parmi lesquels 18 comme "prioritaires" pour 2019. Le Loto a permis de récolter 22 millions d’euros pour rénover des sites historiques en péril. La somme a été répartie entre les 269 monuments. Mais la redistribution n’a pas fait que des heureux. Peut-être le nombre de monuments retenus est-il trop important pour la somme récoltée ? 

Stéphane Bern exprimait, dans la même interview du 30 janvier, à la fois satisfaction et inquiétude : "On est en train de distribuer 19 millions d'euros pour des travaux d'urgence" dans 269 sites sélectionnés. Mais les crédits supplémentaires dégelés mettront eux du temps à financer les tranches suivantes des travaux engagés : "Ces crédits, qui iront en priorité aux monuments classés, sont attribués aux DRAC (directions régionales des affaires culturelles) qui vont les distribuer, et ça va mettre plus de temps, ça va être au compte-goutte."

L'avis positif d'une mission parlementaire

Le 23 janvier dernier, une première mission parlementaire "flash" d'évaluation du Loto du Patrimoine a publié son rapport. Celui-ci donne un avis globalement positif : il considère le dispositif comme "structurant pour l'avenir et doit être reconduit et pérennisé". Les parlementaires relèvent ainsi que le Loto "a fait naître des projets : des propriétaires hésitants, ou qui avaient abandonné leur patrimoine, y ont vu l'occasion de le faire revivre". "Des associations se sont créées pour porter des projets nouveaux". Le rapport suggère d'aller plus loin, d'élargir les financements à des projets qui "créent un lien nouveau avec le territoire" et au patrimoine mobilier. Voilà pour le positif. 

Les auteurs du rapport, Sophie Mette (Modem) et Michel Larive (LFI) énumèrent également les critiques qui leur ont été communiquées : près de 73 % des projets retenus sont classés ou inscrits au titre des monuments historiques, et 62 % appartiennent à des propriétaires publics. Les projets emblématiques vont recevoir une large part des sommes récoltées, tandis que les 251 autres projets vont recevoir des sommes faibles, ce qui équivaut à un "saupoudrage". En outre, "une meilleure communication locale paraît nécessaire, pour mieux impliquer les citoyens. Elle pourrait, par exemple, prendre la forme d'un cartel placé sur le bâtiment sélectionné". "Un autre jeu, soulignent-ils, pourrait être lancé, moins cher pour être accessible au plus grand nombre mais dont la part des mises allouées au patrimoine serait plus élevée, notamment grâce à un abaissement du taux de retour aux joueurs". "Au final, nous estimons qu'il faudrait doubler les sommes allouées à la Fondation du patrimoine via ces jeux. Cela permettrait notamment de mieux financer les projets, et donc de réaliser les travaux plus rapidement", estiment les deux députés.

Relance de l'économie locale par le patrimoine

Mais le loto du patrimoine ne suffit pas. Le populaire conteur des "Secrets d'Histoire" dit par ailleurs intensifier ses contacts pour développer le mécénat des grandes entreprises : "Aidez-moi pour le maillage territorial, vous serez proches des gens, c'est la réponse aux 'gilets jaunes'. Aidez les gens là où ils sont, pas à Paris", lance celui qui dit être devenu un "rural".

La moitié du patrimoine est dans des communes de moins de 2.000 habitants, souligne-t-il : une restauration, "ça fait vivre le café, le commerce, ça crée de l'identité, du pouvoir d'achat, des emplois". "Sauver le patrimoine, c'est sauver les emplois : il y a 500.000 emplois directement impactés par le patrimoine", insiste-t-il. Alors qu'"un monument à l'abandon dans la ruralité est synonyme de : l'Etat nous a abandonnés".