"La maire vend la ville" : à Lourdes, la vente des "bancs de la grotte" se transforme en polémique politique

La ville de Lourdes met en vente 66 locaux commerciaux. Les premières lettres informant les locataires actuels de la vente sont parties la semaine dernière. À moins d’un an des municipales, l’opposition au conseil municipal s’en donne à cœur joie.

La basilique Notre-Dame du Rosaire.
La basilique Notre-Dame du Rosaire. (BENJAMIN ILLY / FRANCE-INFO)

La ville de Lourdes est depuis 1911 propriétaire de 66 locaux commerciaux, que les Lourdais appellent "les bancs de la grotte". Ces magasins sont loués pour une somme modique à des commerçants qui, en échange, doivent les entretenir, ce qu’ils ne font pas toujours. Aussi, la ville a décidé de vendre pour ne pas avoir la charge de les remettre à niveau. Les premières lettres informant les locataires actuels de la vente sont parties la semaine dernière.

Jusqu'à présent, moins d’une vingtaine de ces locaux ont fait l’objet d’une expertise évaluant notamment les travaux faits par leurs locataires. Ce sont ceux-ci qui ont été mis en vente la semaine dernière, les autres suivront d’ici septembre. Josette Bourdeu, la maire PRG de Lourdes, explique :"Ils payaient un loyer modique mais devaient en échange entretenir le clos et le couvert. Avec la loi Pinel, nous n'avons plus le droit de tels contrat et nous avons donc décidé de vendre pour ne pas devoir faire ces travaux."

Une ville n'a pas de raison de faire du commerce : ce n'est pas notre rôle. Il aurait fallu que j'augmente la fiscalité des Lourdais...Josette Bourdeuà franceinfo

Autant dire qu’à moins d’un an des municipales, l’opposition au conseil municipal s’en donne à cœur joie. Jean-Pierre Artiganave, ancien maire, pense qu’il y avait d’autres solutions que la vente : "Comment faire autrement ? C'est dans l'air du temps : réunir les gens, regarder la contrainte de la loi Pinel et, pourquoi pas, revisiter la question des loyers."

"La vente est trop élevée"

C’est aussi l’avis de Bruno Vinales, ancien adjoint de la maire actuelle, chef d’entreprise et hôtelier : "Dans la solution de Mme la maire, qui prétend remettre à jour les bancs de la grotte, ce ne sera pas le cas. La vente est trop élevée, les prix trop chers. Ceux qui devront faire un emprunt n'auront plus les moyens de mettre à jour." "On aurait pu mettre un bail emphytéotique, c'est-à-dire un loyer nouveau sur le sol qui permettait d'augmenter les loyers. À quelques mois des élections, la maire vend la ville pour s'acheter sa réélection."

Les actuels locataires de magasins de souvenirs ou de brasseries sont prioritaires pour cette vente, à condition qu’ils acceptent le prix fixé par les services fiscaux. Le sujet sera très présent dans la future campagne des municipales.