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Irak : réouverture anticipée du Musée de Bagdad après les barbaries de Mossoul

Le musée national irakien a officiellement ouvert ses portes ce 28 février après douze ans d'efforts acharnés durant lesquels près d'un tiers des 15.000 pièces volées ont été récupérées. Une réouverture moult fois reportée et accélérée en réaction à la destruction, le 26 février, de sculptures préislamiques inestimables par des jihadistes du groupe Etat islamique (EI) à Mossoul (nord de l'Irak).
Article rédigé par franceinfo - franceinfo Culture (avec AFP)
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L'entrée du Musée national de Bagdad, avec une statue du dieu de la sagesse et de la connaissance, Nabu, datant du VIIIe siècle avant JC.
 (SABAH ARAR / AFP)

"Nous préparions la réouverture depuis plusieurs mois, le musée doit être ouvert à tous", a déclaré le vice ministre irakien du Tourisme et des Antiquités, Qaïs Hussein Rachid. "Les évènements à Mossoul nous ont poussés à accélérer notre travail et nous voulions ouvrir dès aujourd'hui en réaction à ce qu'ont fait les criminels de Daesh", a-t-il ajouté, désignant l'EI par son acronyme arabe.

A l'intérieur du Musée national irakien de Bagdad; rouvert le 28 février 2015.
 (SABAH ARAR / AFP)
Barbarie et trafic

Jeudi 26 février, ce groupe, qui contrôle depuis juin Mossoul, la deuxième ville d'Irak, a mis en ligne une vidéo dans laquelle des jihadistes réduisent en miettes des sculptures antiques à la massue. On les voit aussi défigurer au marteau piqueur un colossal taureau ailé assyrien. Un jihadiste a indiqué devant la caméra qu'ils détruisaient les statues car elles favorisaient "l'idolâtrie". Mais des responsables et des experts estiment que l'EI a détruit uniquement des pièces volumineuses, se gardant les autres plus petites pour les vendre probablement en contrebande. Ces destructions ont déclenché une vague d'indignation internationale, et des craintes concernant le sort d'autres trésors du patrimoine situés dans des zones contrôlées par l'EI qui a profité de l'instabilité en Irak et de la guerre en Syrie pour s'emparer de vastes territoires où il multiplie les atrocités.
Dès le 2 novembre 2014, la directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, visitait le Musée qui avait ajourné plusieurs fois sa réouverture.
 (AHMAD AL-RUBAYE / AFP)
Les destructions de Mossoul sont les pires subies par le patrimoine irakien depuis le pillage du musée archéologique national à Bagdad en avril 2003, quelques jours après la chute de Saddam Hussein.Des réseaux criminels organisés avaient profité de l'intervention américaine et du chaos pour piller les musées irakiens, dont celui de Bagdad où 15.000 pièces ont été volées dont plus de 4.000 ont été restituées. Le musée abritait l'une des plus importantes collections archéologiques du monde. "Nous recherchons toujours plus de 10.000 pièces sur les marchés et dans  les ventes aux enchères. (Les pièces) que nous avons récupérées étaient les  plus importantes", a déclaré Qaïs Hussein Rachid.

"Nous allons préserver la civilisation de la terre de Mésopotamie" 

Lors de l'inauguration ce samedi, le Premier ministre Haïder al-Abadi a lancé :  "Aujourd'hui, le message de Bagdad, de la terre de Mésopotamie est clair. Nous allons préserver la civilisation et poursuivre ceux qui veulent la détruire", promettant de n'épargner aucun effort pour retrouver les pièces archéologiques volées. "Nous avons des informations sur chaque pièce à Mossoul, chaque pièce est marquée et nous allons traquer toutes les pièces vendues en contrebande par Daesh et les groupes terroristes, nous allons les traquer et le monde est avec nous", a-t-il ajouté. Qaïs Hussein Rachid a espéré que la réouverture du musée au public à partir du 1er mars aiderait à apaiser la tristesse liée aux destructions de Mossoul.  L'entrée sera de 1.500 dinars pour les Irakiens (un peu plus d'un dollar), 10 dollars pour les Arabes et 20 dollars pour les étrangers.

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