VRAI OU FAKE Un "déséquilibré" sur le toit, des rosaces "explosées"... Sept infox qui ont circulé après l'incendie de Notre-Dame

Des photos mal interprétées et des théories du complot ont été diffusées sur les réseaux sociaux depuis lundi soir.

Un homme photographie la cathédrale Notre-Dame de Paris en feu, le 15 avril 2019.
Un homme photographie la cathédrale Notre-Dame de Paris en feu, le 15 avril 2019. (LAURE BOYER / HANS LUCAS)

En quelques minutes, la sidération a gagné les réseaux sociaux. Lundi 15 avril, des milliers d'images de la cathédrale Notre-Dame de Paris, en feu, ont été partagées. Une profusion de photos et de témoignages qui ont fait le tour du monde... mais qui ont aussi été détournés, voire entièrement inventés. Franceinfo fait le point sur les fausses informations qui ont circulé après cette catastrophe à la résonance planétaire.

Une statue prise... pour un incendiaire

"On ne nous dit pas tout..." Voici la légende d'une photo diffusée par le compte "Photos prises au bon moment" sur Facebook, après l'incendie de la cathédrale. On voit Notre-Dame prise dans les flammes et une silhouette humaine qui semble tout près du brasier, sur le toit. "On m'explique ???", demande l'auteur de la photo en pointant la silhouette. "Sinon c'est qui ce déséquilibré qui contemple le feu ?", renchérit un certain David van Hemelryck, sur Twitter, dans un message partagé plus d'une centaine de fois.

Cette silhouette est en réalité celle d'une statue, indique l'AFP Factuel. Celle-ci est parfaitement visible sur de nombreuses photos prises par l'AFP, au nord-est du bâtiment.

La cathédrale Notre-Dame de Paris, le 15 avril 2019.
La cathédrale Notre-Dame de Paris, le 15 avril 2019. (MICHEL STOUPAK / NURPHOTO / AFP)

Des photos de la cathédrale de Reims en feu diffusées à la place de celle de Paris

"Si vous ne connaissez pas l’histoire de Notre-Dame de Paris, ce n’est pas la première fois que celle-ci brûle. Elle a été bombardée pendant la Première Guerre mondiale et restaurée dans son état actuel après l’incendie", a expliqué (en anglais) un internaute, photo à l'appui. Un message partagé plus de 10 000 fois en quelques heures.

En réalité, les photos montrent la cathédrale... de Reims, dans la Marne. Cet édifice, postérieur à la cathédrale Notre-Dame de Paris, a reçu plus de 300 obus allemands durant la Première Guerre mondiale. Le 19 septembre 1914, à la suite de l'une de ces attaques, un gigantesque incendie a ravagé la charpente de Notre-Dame de Reims. C'est le deuxième incendie de son histoire, après celui de 1481. Au lendemain du conflit mondial, des travaux ont été engagés pour la restaurer. Ils ont duré près de deux décennies. De son côté, Notre-Dame de Paris a toujours conservé sa charpente d'origine, construite en grande partie au XIIIe siècle, jusqu'à ce 15 avril 2019.

Les rosaces de Notre-Dame soi-disant "explosées" et "disparues"

A peine trois heures après le début de l'incendie, l'ampleur des dégâts était difficile à évaluer. Pourtant, le compte Twitter "La Plume libre" annonce alors : "Drame historique – ces trois vitraux ont explosé et ont disparu dans l'incendie de la cathédrale (...) Le monde perd en ce 15 avril 2019 des œuvres d'art inestimables." Un message partagé plus de 13 000 fois en quelques heures, et qui sera finalement supprimé.

Et pour cause, "l'information" relayée s'est révélée fausse. Quelques heures plus tard, Maxime Cumunel, secrétaire général de l'Observatoire du patrimoine religieux, a indiqué avec soulagement que les trois rosaces emblématiques de la cathédrale avaient été sauvegardées. "De ce que j'ai pu voir, les vitraux n'avaient pas été touchés, les trois belles roses qui datent des XIIe et XIIIe siècle étaient encore là", a renchéri André Finot, porte-parole de la cathédrale, qui a pu pénétrer dans la nef durant la nuit, à BFM Paris.

Plusieurs théories du complot sur l'origine de l'incendie 

De nombreuses personnes, dont plusieurs personnalités politiques, ont diffusé de fausses informations ou des théories complotistes sur l'origine de l'incendie. "Des sources parlent de deux départs de feu", a ainsi écrit sur Twitter Jean Messiha, membre du bureau national du Rassemblement national. "Fermeture du chantier à 17 heures – feu à 18h50 – présence d'ouvriers, pourquoi ? Plusieurs départs de feu ?", a aussi écrit le député UDI Meyer Habib.

Pourtant, les premiers éléments du dossier indiquent que le feu aurait démarré dans les combles de la cathédrale et aucun fait ne permet de parler de plusieurs départs de feu, indique Le Monde. Une enquête pour "destruction involontaire par incendie" a été ouverte.

D'autres personnalités politiques ont aussi émis des doutes sur l'origine de l'incendie, malgré l'absence de preuve. "Le politiquement correct va vous dire que c’était un accident", a affirmé le conseiller municipal de Neuilly Philippe Karsenty, sur Fox News, avant de se faire reprendre en direct par le présentateur. "L’homme que nous avons interrogé au téléphone n’a absolument aucune espèce d’information sur l’origine de ce feu, pas plus que moi", a précisé le journaliste.

Des pompiers sauvant une statue de la Vierge

Des mains gantées enserrent une statue en pierre blanche de la Vierge, en un geste protecteur. Dans l'émotion, le cliché a été abondamment partagé sur Twitter, comme un symbole des exploits accomplis par les pompiers pour sauver Notre-Dame de Paris.

La photo date en réalité d'il y a dix ans. Elle a été prise en Italie par le photographe Max Rossi, pour l'agence Reuters. Le photojournaliste y couvrait les opérations en cours après le terrible séisme de L'Aquila, qui avait fait plus de 300 morts et dévasté le centre de la péninsule en avril 2009. 

"Alors que les rescapés du séisme qui a durement frappé les Abruzzes s'efforçaient tant bien que mal de célébrer les fêtes de Pâques, les pompiers qui poursuivaient les travaux de déblaiement ont découvert, lundi, une statue en marbre de la Vierge miraculeusement intacte. Elle était cachée sous les gravats de l'église de Paganica, près de la ville martyre de L'Aquila", relatait alors Le Figaro dans un diaporama.

Un mystérieux individu dans une des tours

Un étrange homme en robe ? Un terroriste islamiste en djellaba ? Un individu suspect en gilet jaune ? Un ouvrier ? Les hypothèses les plus folles ont circulé sur les réseaux sociaux autour d'une courte vidéo, alimentant les pires théories du complot, notamment celle d'un attentat islamiste contre Notre-Dame. Dans cette brève séquence, on peut voir une personne portant un gilet jaune et un casque marchant dans une des tours de la cathédrale, alors que l'incendie fait rage. 

Comme le montre le compte Twitter Fake Investigation, spécialisé dans la lutte contre les infox, en zoomant dans l'image, on se rend compte que cet énigmatique personnage est en fait un des pompiers intervenant dans la cathédrale pendant le sinistre.

Un étrange flash lumineux sur le toit de Notre-Dame

Plusieurs vidéos qui circulent sur internet s'interrogent sur la présence d'une forme suspecte qui se déplace sur le toit de la cathédrale avant l'incendie, et pointent un étrange flash lumineux. Est-ce l'éclat d'un briquet, d'une allumette, d'un chalumeau, un reflet du soleil, un engin pyrotechnique, se demande l'auteur de la vidéo. D'après lui, les images - très floues - ont été filmées le 15 avril à 17h05. La source annoncée est viewsurf.com qui propose des vidéos en direct de divers endroits du monde.

Que se passait-il lundi vers 17 heures sur le toit de Notre-Dame ? La seule équipe qui travaillait sur la cathédrale était celle d'Europe Echafaudage. D'après Marc Eskenazi, chargé par la compagnie d'assurances AXA de la communication de l'entreprise Europe Echafaudage, des ouvriers étaient encore présents sur le chantier de restauration des parties hautes de la flèche à ce moment-là. Ils ont commencé à quitter les lieux à 17h20 et à 17h50 ils étaient tous partis. La silhouette qui apparaît sur la vidéo peut donc bien être celle d'un ouvrier. 

A partir de là, quelle peut être l'origine de ce flash lumineux ? Seule certitude : aucun outil de soudage, aucun chalumeau, aucun "point chaud" n'était présent sur le site, selon Marc Eskenazi. Une caméra, pointée sur la flèche, avait été installée pour suivre l'avancée des travaux, selon Marc Eskenazi. "Des photos ont été prises toutes les dix minutes à partir de lundi 14 heures et l'appareil photo a été confié à la brigade criminelle". Ce "timelapse" précieux permettra peut-être de répondre à la question, mais aussi de déterminer l'origine du sinistre.