“D'ici 1h30, on saura si ça passe ou ça casse”

L'incendie de Notre-Dame de Paris raconté par ceux qui l'ont vécu

15 avril 2019, peu après 18 heures. L'air de Paris est doux et le ciel clair, après plusieurs jours de grisaille. Ce Lundi saint, les touristes et les fidèles se pressent à l'intérieur de la cathédrale Notre-Dame, en cours de restauration. Au même moment, le feu prend dans la charpente du monument, la "forêt". L'alarme incendie retentit sur le parvis pour sonner le branle-bas de combat. Jusqu'au petit matin, 400 pompiers combattent les flammes. Elles ne font pas de victime, mais emportent la charpente, la toiture en plomb, la flèche et une partie de la voûte de l'emblématique cathédrale gothique de l'île de la Cité.

Un an après le drame, dont les enquêteurs estiment pour l'instant qu'il est le résultat d'un accident, le chantier de sécurisation de Notre-Dame est en sommeil, à cause de l'épidémie de Covid-19. La reconstruction, à l'identique ou non, semble plus lointaine que jamais. A l'occasion du premier anniversaire de l'incendie, franceinfo a recueilli les témoignages d'acteurs et de témoins de cette soirée. Dans ce récit choral, pompiers, responsables politiques, ecclésiastiques, touristes et Parisiens vous racontent les quelques heures durant lesquelles Notre-Dame a failli s'effondrer.

Mathilde Goupil

"Des braises tombent du ciel"

En fin d'après-midi, l'alarme incendie de la cathédrale se déclenche

De nombreuses personnes photographient l'incendie de Notre-Dame de Paris depuis l'Hôtel de Ville, le 15 avril 2019. NICOLAS LIPONNE / NURPHOTO / AFP

Loïc Touriste originaire de Mulhouse Il est 18h30 environ. Ma compagne, ma fille et moi, on se dirige vers l'entrée de la cathédrale. Je remarque que les grandes portes sont en train d'être fermées. On se dit : "Dommage, on ne va pas pouvoir la visiter". Plus on avance, plus on croise des gens qui sortent de Notre-Dame, l'air un peu affolé. Autour de nous, des gens lèvent la tête : je fais pareil et je vois de la fumée.

La photo prise par Loïc lorsqu'il constate que de la fumée s'échappe de la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 15 avril 2019.

André Finot Porte-parole de Notre-Dame Je suis sur le parvis, où j'attends un rendez-vous professionnel. A 18h23, l'alarme incendie de la cathédrale se déclenche. Je remonte l'allée centrale et j'aide mes collègues à évacuer les touristes et les fidèles dans le calme. Je n'ai pas de talkie-walkie, donc je ne suis pas informé en temps réel. Dans mon esprit, c'est une fausse alerte.

Sébastien Humbert Conseiller de la maire de Paris en charge de la sécurité et de la mémoire A 19 heures, la cheffe de cabinet d'Anne Hidalgo m'appelle et me dit : "La maire a vu un panache de fumée, on part à Notre-Dame tout de suite."

Général Jean-Claude Gallet Commandant la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris Je suis avec mon adjoint, le général Jean-Marie Gontier, quand le cabinet d'Anne Hidalgo m'appelle pour me prévenir que la maire se rend sur le parvis et qu'elle aimerait un point de situation. On n'est au courant de rien. Pratiquement au même moment, le général Gontier reçoit un appel d'une source fiable qui lui annonce : "A priori, il y a le feu à Notre-Dame." On a à peine le temps de se regarder que le centre opérationnel du 18 de l'agglomération parisienne nous prévient aussi. Comme souvent, dans les grands incendies, tout le monde a pensé que les pompiers étaient prévenus, mais l'alerte a mis du temps à nous arriver, alors que les premières minutes sont cruciales.

Anny Retraitée dont l'appartement donne sur Notre-Dame Je suis dans mon salon, je téléphone à une amie, quand d'un coup je vois par la fenêtre de la fumée s'échapper du toit de la cathédrale. Je lui dis : "Mais attends, c'est incroyable, il y a le feu à Notre-Dame !"

Geoffroy Van der Hasselt Photographe à l'AFP J'ai fini ma journée de travail et je suis avec un ami dans le 11e arrondissement. Mon téléphone sonne. C'est mon chef :

"Tu peux aller faire un tour à Notre-Dame ? Il paraît qu'il y a un petit incendie."

Je dis à mon ami que je serai de retour dans 20 à 30 minutes et je saute sur mon scooter.

Karine Dalle Directrice de la communication du diocèse Je suis avec Mgr Aupetit [l'archevêque de Paris], dans son bureau, rue Barbet-de-Jouy [à trois kilomètres de Notre-Dame]. Vers 19 heures, ma collaboratrice m'appelle. Je ne décroche pas, alors elle m'envoie un SMS. "Karine, rappelle-moi vite, Notre-Dame brûle."

Thomas Catholique venu chanter dans un bar près de Notre-Dame Comme tous les lundis soirs, je rejoins des amis dans un bar corse près de Notre-Dame, où on a l'habitude de chanter. L'un d'eux partage à notre groupe de discussion une vidéo où on voit une petite fumée s'échapper de Notre-Dame. Ça n'a pas l'air grave, on se fait des blagues.

Marthe Chanteuse au sein de la Maîtrise Notre-Dame de Paris, le chœur de la cathédrale Je donne un cours de chant, chez moi, quand une amie m'appelle et m'annonce : "Notre-Dame brûle." Mon sang s'arrête, je me fige. Je réalise que la fumée que je vois par la fenêtre, c'est Notre-Dame qui est en feu, mais mon amie dédramatise. Je dois aller à une répétition dans le quartier, j'hésite encore. Je décide finalement de ne pas m'y rendre. Je descends dans la rue pour voir ce qu'il se passe.

Olivier de Châlus Chef des guides de Notre-Dame Je retrouve d'autres personnes qui travaillent à la cathédrale, devant le presbytère. On est abasourdis, dépités. On sait très bien que la charpente va partir en fumée : c'est arrivé à d'autres édifices dans le même cas.

Notre-Dame de Paris et ses environs. PIERRE-ALBERT JOSSERAND / FRANCEINFO

Mgr Philippe Marsset Vicaire général de Paris Je sors de mon bureau, rue des Ursins, à 30 mètres de la cathédrale. Dans la rue, je vois des flammèches qui tombent et j'entends des gens qui crient "y a le feu, y a le feu !" Je me dirige vers le parvis et j'avertis quelques amis.

Mgr Benoist de Sinety Vicaire général de Paris Je suis en scooter sur le Pont-Neuf, en direction de l'église Notre-Dame-des-Champs, où je dois présider une veillée de prière, quand j'aperçois dans mon rétroviseur de la fumée. En me retournant, je vois des flammes qui jaillissent de Notre-Dame. J'ai peur que ce soit un attentat. Je fais demi-tour.

Anny Retraitée dont l'appartement donne sur Notre-Dame Le feu progresse très vite. Le verre au-dessus de la rosace saute tout de suite. On entend les pompiers, mais ils ont du mal à arriver sur place, à cause des bouchons créés par le chantier d'une piste cyclable sur le quai.

Ariel Weil Maire du 4e arrondissement, où se trouve Notre-Dame Il est un peu plus de 19 heures, quand j'arrive avec la maire sur le parvis. Le recteur de la cathédrale, Mgr Chauvet, nous rejoint. Il est en larmes et répète : "Il faut sauver le Trésor, il faut sauver le Trésor!" Je retrouve la présidente du conseil de quartier, Florence Mathieu.

"On descend en courant la rue du Cloître-Notre-Dame, qui longe la cathédrale, en criant : 'Sortez des immeubles, partez !'"

On reçoit une pluie de verre quand les vitraux éclatent. Les policiers me chassent et prennent en main l'opération d'évacuation.

Yasmine Serveuse au restaurant Le Petit plateau, derrière Notre-Dame Des policiers nous demandent d'évacuer le restaurant. Je vois des flammes qui entourent la flèche et beaucoup de monde sur le pont Saint-Louis. Je n'y crois pas vraiment, j'ai le sentiment que c'est irréel. L'odeur est très forte, je sens que la fumée est toxique, j'ai du mal à respirer. Je ferme toutes les entrées en me disant qu'on ne pourra pas revenir de sitôt et je pars vite.

Général Jean-Claude Gallet Commandant la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris Le premier chef de détachement arrivé à Notre-Dame demande d'emblée tous les moyens disponibles. Au ton de sa voix, on comprend que c'est un gros feu. En une demi-heure, on envoie facilement 150 à 200 pompiers et 30 à 40 engins. Je pars à mon tour et je me mets dans une sorte de bulle tactique : je suis à l'affût des messages radio et des coups de téléphone, je mémorise les facteurs dimensionnants dans ce type d'incendie… Les enjeux aussi : protéger le public et les œuvres, et éviter à tout prix que le plafond de la nef ne soit percé, car le risque d'effondrement serait très important.

Thomas Catholique venu chanter dans un bar près de Notre-Dame En sortant du métro à Hôtel de Ville, je vois que le toit de la cathédrale a déjà commencé à brûler. Je prends une photo que j'envoie à mes amis en disant : "C'est vraiment en train de brûler, on a un problème."

Capture des messages échangés par Thomas et ses amis sur Messenger, le 15 avril 2019.

Samuel Professeur de SVT parisien Je traverse le Quartier latin pour m'approcher au plus près de Notre-Dame. Des gens courent vers moi. Je ne comprends pas pourquoi. Il me faut quelques instants pour réaliser que des braises tombent du ciel.

"Certains morceaux de braise font la taille d'un demi-billet, ils rougeoient."

Ça doit sembler bizarre, car je suis le seul à courir dans ce sens. J'arrive devant Notre-Dame, j'ai le temps de prendre une photo avec mon téléphone et ma batterie meurt.

Loïc Touriste originaire de Mulhouse Sur le parvis, il y a des gens qui courent, des policiers qui hurlent sur ceux qui veulent s'approcher pour faire une photo…

Olivier de Châlus Chef des guides de Notre-Dame Depuis le parvis, je vois la fumée s'échapper du toit, qui s'ouvre. Une petite pluie fine de morceaux de charbon commence à tomber. Les policiers mettent en place un périmètre de sécurité et nous demandent de nous éloigner. On se protège sous un abribus. Des braises de la taille de balles de ping-pong ricochent sur la façade de la préfecture de police.

André Finot Porte-parole Notre-Dame Je me retrouve parqué avec tous les touristes et les Parisiens dans le square Viviani, de l'autre côté de la Seine. On ignore si la cathédrale va s'effondrer. Je me dis : "Tu ne peux pas laisser faire ça." Je montre ma carte d'employé de Notre-Dame et je franchis le barrage des policiers. Je remonte la Seine en courant quand une pluie de cendres me tombe dessus. Je m'abrite quelques minutes dans un café, avant de reprendre ma course. Sur le parvis, je tombe nez à nez avec Mgr Chauvet et Anne Hidalgo, bras dessus bras dessous et le visage horrifié.

Samuel Professeur de SVT parisien J'assiste, depuis le square René-Viviani, à la destruction par les flammes de la toiture. On voit les plaques de plomb fondre dans un grand nuage jaune et vert puis le bois disparaître à son tour. En 20 ou 30 minutes, les deux tiers de la toiture s'effacent.

"On sent la chaleur, exactement comme devant une cheminée. Les barmans jettent de l'eau sur les auvents où la cendre tombe."

Général Jean-Claude Gallet Commandant la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris J'arrive vers 19h15 à l'entrée de la préfecture de police, à une centaine de mètres de Notre-Dame. On est déjà dans une phase de développement maximal du feu : il couvre les deux tiers de la charpente, enveloppe la flèche et avance vers les tours. De gros brandons [débris enflammés] tombent du ciel, poussés par le vent.

"Je ne suis pas ébranlé par ce que je découvre, je suis formé à faire abstraction de tout ça."

Mon adjoint prend le commandement tactique des opérations et moi, je me charge de la partie stratégique et de la coordination avec les autorités. On fait le choix d'engager des personnels à l'intérieur de la cathédrale, avec des moyens hydrauliques en nombre, mais peu puissants, pour éviter de casser l'édifice et les vitraux. Vu la taille du feu, on se prépare à des pertes humaines parmi les pompiers, probablement une dizaine.

André Finot Porte-parole Notre-Dame Mon téléphone commence à sonner : un journaliste de TF1 m'appelle et me fait passer à l'antenne, je ne comprends pas ce qui arrive. Les coups de téléphone s'enchaînent. J'ai des doubles, des triples appels. Je me réfugie près de la préfecture. J'appelle ma femme pour la prévenir que je ne rentrerai pas le soir puis mon téléphone se coupe.

Cécile Française expatriée en Allemagne en visite à Paris Je suis sur un bateau-mouche avec mes enfants. Quand on contourne l'île de la Cité, d'un coup, j'ai devant les yeux la cathédrale en feu. Tout le monde crie : "C'est Notre-Dame !" Le bateau continue d'avancer un moment avant de s'arrêter. Personne ne stoppe les commentaires enregistrés, c'est presque indécent. Je sens la chaleur au-dessus de moi, je reçois des cendres sur la tête.

L'incendie de Notre-Dame de Paris vu depuis le bateau-mouche où se trouve Cécile, le 15 avril 2019.

Loïc Touriste originaire de Mulhouse On marche le long de la Seine. Il y a de plus en plus de monde dans les rues, de stress, de bruits de klaxon et de sirènes de pompiers et de policiers. Ma fille pleure. Des caméramans ouvrent la fenêtre de leur voiture pour y poser leur caméra et filmer la cathédrale.

Anny Retraitée dont l'appartement donne sur Notre-Dame Il doit bien faire 30 °C sur le balcon. La cathédrale en feu me fait penser aux bombardements de la guerre, lorsque j’étais enfant à Bruxelles. Je prends des photos, tout en faisant des allées et venues pour ouvrir la porte à des voisins et amis. Le premier arrivé, le directeur du séminaire de Paris, se désole : "C'est horrible, il va falloir que j'annonce aux séminaristes qu'ils ne pourront pas être ordonnés à Notre-Dame." Mon téléphone n'arrête pas de sonner. Un ami m'appelle : "Anny, on ne verra plus jamais Notre-Dame." Vu mon âge, je sais bien que je ne la verrai pas reconstruite.

Philippe Arino Écrivain et catholique Un ami écrit sur Facebook que Notre-Dame brûle. En tant que parisien et catholique, je me dis : "Il faut que tu y ailles." Je marche jusqu'au quai de la Tournelle. Autour de moi, il y a énormément de monde. Je vois aussi plein de gens sur l'île de la Cité en face et, entre nous, des bateaux sont arrêtés. Tout le monde est tourné vers l'incendie. Je téléphone à mon père, je lui montre que je pleure, je lui montre les flammes qui sortent du toit.

Nicolas Ingénieur informatique à Massy-Palaiseau, en Essonne Je rentre du bureau en métro, quand je vois, en lisant les actualités, que Notre-Dame brûle. En deux ans et demi à Paris, je ne l'ai jamais visitée, découragé par la queue sur le parvis. Là, elle va peut-être disparaître. Je change d'itinéraire pour rejoindre la place du Châtelet. Je me dois de la voir une dernière fois, au cas où le pire se produirait.

Cyril Touriste avignonnais qui visite Paris en famille En passant sur le pont d'Austerlitz, je vois plein de gens et les voitures sont arrêtées. Mon épouse me dit : "Quelque chose brûle à droite !" Je comprends que c'est Notre-Dame. Je pense immédiatement à un attentat. La gorge nouée, je prends une photo pour expliquer à notre famille et nos amis que nous sommes en sécurité. Les gens sont silencieux et immobiles, beaucoup prennent des photos ou filment, certains pleurent. On entend juste les sirènes des voitures de police et de pompiers. C'est très émouvant.

Marthe Chanteuse au sein de la Maîtrise Notre-Dame de Paris Mon amie me rappelle en larmes, en disant : "Je suis devant ma télé, c'est horrible, c'est la catastrophe." Cette fois, c'est moi qui la rassure. J'arrive place Saint-Michel. Il y a pas mal de monde et les policiers maintiennent les gens à distance.

"Je suis dans le déni, puis je vois les flammes. Je vis un cauchemar éveillé. Hier soir encore, j'ai chanté dans le chœur de Notre-Dame."

Sébastien Humbert Conseiller de la maire de Paris en charge de la sécurité et de la mémoire Vers 19h30, le commandant de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, le général Gallet, prévient la maire et Mgr Chauvet que la toiture va être difficile à sauver et qu'il faut tenter de sauver les œuvres. La maire se tourne vers Mgr Chauvet et lui dit : "On va vous aider, on va mettre les œuvres à l'abri à l'Hôtel de Ville le temps qu'il faut". Puis elle se tourne vers moi et me demande de mettre en place cette chaîne logistique.

"C'est David contre Goliath"

En début de soirée, la flèche s'effondre                                                

Un pompier tente d'éteindre l'incendie de la charpente de Notre-Dame de Paris. ROMUALD MEIGNEUX / SIPA

Flora Assistante juridique qui habite à proximité de la cathédrale Avec ma mère et mon frère, on est sur le quai en face de la rosace. Je vois les poutres tomber une par une. Une nacelle de pompiers monte, mais elle n'est pas assez grande pour atteindre l'incendie, et de toute manière l'eau s'évapore avant d'arriver sur les flammes.

Mgr Philippe Marsset Vicaire général de Paris Arrivé sur le parvis, je recule jusqu'à la préfecture de police, par peur que les tours tombent. A cause du risque d'éboulement, on est parqués par la police à cet endroit. On voit les touts petits pompiers devant la cathédrale et on se dit : "C'est impossible qu'ils en viennent à bout, c'est David contre Goliath."

Ariel Weil Maire du 4e arrondissement J'ai reculé jusqu'au milieu du parvis. Par téléphone, j'installe mon équipe à trois endroits stratégiques : en plus de ma mairie d'arrondissement, j'ouvre la halle des Blancs manteaux, où je commande des lits et de la nourriture pour les habitants évacués de leurs logements, et la cellule de crise de la Ville, où j'envoie ma directrice de cabinet.

Guy Habitant du quartier La circulation est quasiment à l'arrêt place du Châtelet. Il y a une communion assez incroyable entre les gens : des étrangers posent des questions, certains arrivent en cours de route et se renseignent, d'autres décrivent au téléphone ce qu'ils voient… Des gens pleurent et, comme l'émotion est collective, je pleure à mon tour. Je pense immédiatement à ce que j'ai ressenti lors de la manifestation à Paris, après les attentats de janvier 2015.

Philippe Arino Écrivain et catholique Sur les quais, la foule est comme rassemblée face à un grand spectacle. J'ai l'impression d'être complètement impuissant. Je pleure et je prie, non pas le bâtiment de pierre, mais la divinité qu'il abrite. Je ne sens pas ça autour de moi : ça discute beaucoup, ça rigole même. C'est paradoxal, parce que ce qui se passe est terrible et en même temps, la destruction est belle, avec un nuage gris, jaune et indigo.

Geoffroy Van der Hasselt Photographe à l'AFP Il y a énormément de monde massé sur les ponts et les quais proches de Notre-Dame. Je n'ai jamais vu une telle foule, les véhicules ont du mal à passer. Je prends quelques photos depuis le Pont Marie, j'essaie de trouver le meilleur angle possible. Je commence à faire demi-tour quand le toit de la nef s'effondre. Je pense que la flèche va bientôt suivre donc je m'arrête, je fais mes réglages et je fais en sorte d'être le plus stable possible. Quand la flèche tombe, je fais une rafale de photos.

"La foule ne peut réprimer un cri sourd, les gens sont effarés. Moi, je suis concentré, je n'ai pas d'émotion."

Grâce à une antenne sur mon appareil photo et à un-mini routeur que j'ai dans la poche, je transmets deux photos à l'AFP.

L'une des photos prises par Geoffroy Van der Hasselt de la flèche de Notre-Dame de Paris qui s'écroule. (Geoffroy Van der Hasselt / AFP)

Olivier de Châlus Chef des guides de Notre-Dame On entend un gros "boum", mais depuis le parvis, on ne voit rien. On réalise que c'est la flèche qui vient de tomber. Le bruit est celui de la voûte qu'elle a entraînée dans sa chute. C'est comme un moment de sursaut dans la tristesse. Je mesure la chance que j'ai d'avoir étudié la charpente.

Guy Habitant du quartier Lorsque la flèche tombe, il y a un énorme mouvement de foule et un tel cri que je pense qu'il y a eu un accident place du Châtelet, où je suis. Un champignon de fumée jaunâtre s'élève dans le ciel au-dessus de Notre-Dame, je n'ai jamais vu ça.

Philippe Arino Écrivain et catholique La flèche tombe, il y a un "oh" général. On se demande qui est en dessous et si les pompiers sont en danger. C'est le seul moment où je sens qu'on n'est pas dans un stade de foot. On se dit que tout va disparaître.

Thibaud En séminaire d'entreprise à Paris Je suis rue Valette avec des collègues, et je filme le moment où la flèche s'incline et tombe. Je poste la vidéo sur Twitter et immédiatement des dizaines de gens me demandent ce qui se passe. Beaucoup de journalistes veulent savoir s'ils peuvent utiliser mes images. Mon téléphone devient un truc qui vibre sans arrêt, complètement inutilisable.

Général Jean-Claude Gallet Commandant la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris L'effondrement de la flèche crée un effet de surpression qui ferme l'ensemble des portes de Notre-Dame.

"Entre 20 et 40 pompiers sont pris au piège à l'intérieur de la cathédrale. On n'a pas de nouvelles d'eux et leur voie de repli est envahie par les flammes."

Un second foyer démarre dans la nef, où la flèche s'est effondrée, et commence à s'étendre. La croisée des transepts, qui maintient en équilibre la cathédrale, est tombée, donc le plafond du monument risque de s'effondrer. Le plomb commence à couler à l'intérieur, il faut évacuer les œuvres d'art très rapidement.

Sébastien Humbert Conseiller de la maire de Paris en charge de la sécurité et de la mémoire Une équipe qui rassemble pompiers, personnel de Notre-Dame et du ministère de la Culture se met en place pour identifier les œuvres qu'il faut protéger.

"Les pompiers sortent 50 à 60 œuvres qu'ils placent dans le jardin près du presbytère."

Pendant ce temps-là, on réquisitionne trois camions spécialisés dans le transport de choses fragiles et des agents chargés de la logistique à la mairie de Paris pour les conduire. Ils doivent traverser Paris bondé, c'est compliqué.

Général Jean-Claude Gallet Commandant la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris Durant l'opération de sauvetage des œuvres, à l'intérieur de la cathédrale, le régisseur de Notre-Dame, Mgr Chauvet, oublie le code du coffre qui contient la couronne d'épines du Christ. On se dit : "Merde, c'est pas possible, tout ça pour ça, on va chuter là-dessus !"

Mgr Philippe Marsset Vicaire général de Paris Aux alentours de 20 heures, Emmanuel Macron arrive sur le parvis avec le Premier ministre et d'autres personnes que je ne connais pas. Il est tout maquillé pour l'intervention télévisée qu'il devait faire ce soir-là [sur la crise des "gilets jaunes"]. Malgré le maquillage, il est blême.

Philippe Arino Écrivain et catholique Je retrouve un ami, car j'ai besoin d'exorciser ce qui se passe. On se déplace, on voit des groupes de chanteurs catholiques. Je les trouve trop dans le dramatisme, ils pleurent à genoux. Je trouve ça un peu déplacé, donc je prie sans m'agenouiller, sans théâtre.

Karine Dalle Directrice de la communication du diocèse A l'archevêché, les appels fusent de partout. Les vicaires généraux nous préviennent qu'Emmanuel Macron arrive à Notre-Dame, donc on décide d'y aller. On remonte le boulevard Saint-Germain en voiture, on est bloqué au barrage policier. Je leur dis : "Je suis avec l'archevêque de Paris, il faut qu'on passe !" Sur le pont du cardinal Lustiger, je tourne la tête vers la cathédrale et je vois ce spectacle… C'est incroyable. Ça ne dure que quelques secondes, car tout de suite on s'engouffre dans la cour de la préfecture de police. Emmanuel Macron est déjà là.

Mgr Benoist de Sinety Vicaire général de Paris J'ai rejoint le parvis, où je retrouve d'autres membres du clergé. On nous informe qu'une cellule de crise se tient à la préfecture de police, on s'y rend. On est une trentaine dans la salle : Emmanuel Macron, divers ministres, des responsables de toute sorte… Tout le monde est très ému, sidéré, silencieux. Le général Gallet fait un point sur l'incendie au président.

Général Jean-Claude Gallet Commandant la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris J'explique qu'il va falloir consentir à ce qu'on appelle "la part du feu" : la charpente est foutue. Désormais, pour sauver la cathédrale, l'essentiel est que le feu ne se propage pas aux tours. Il faut concentrer nos moyens sur ce qui n'a pas encore brûlé, pour faire baisser la température de l'incendie.

Ariel Weil Maire du 4e arrondissement C'est un énorme choc. On est en train de parler de la perte de Notre-Dame comme de l'hypothèse la plus probable.

Sébastien Humbert Conseiller de la maire de Paris en charge de la sécurité et de la mémoire J'arrive avec les équipes de la Ville derrière Notre-Dame. Les pompiers, le personnel de Notre-Dame et les conservateurs du ministère de la Culture sont en train de recenser les œuvres sorties. Il y a plein de pompiers, des échelles, de l'eau qui coule partout. Une chaîne humaine se met en place pour évacuer les œuvres : les pompiers les donnent aux policiers, qui remontent la rue derrière Notre-Dame et les donnent aux agents logistiques de la Ville, qui les chargent dans les camions.

"Les seuls objets qui ne quittent pas les mains des conservateurs sont ceux du Trésor. Ils les gardent contre eux comme on tient un petit enfant."

C'est très émouvant de voir des pompiers transporter ces très gros tableaux, ces chaises dorées très belles, ces très gros cierges et ces tout petits objets extrêmement précieux. Des policiers se prennent en photo, les conservateurs ont les larmes aux yeux. On a tous conscience de vivre quelque chose d'exceptionnel.

Guy Habitant du quartier Des débiles font courir des rumeurs place du Châtelet. "C'est sûr que c'est un attentat. Comment voulez-vous que ça brûle comme ça ?" lance un monsieur d'un certain âge. Il est interpellé par plusieurs personnes qui lui disent : "Mais comment pouvez-vous dire ça ? C'est en cours, on n'a pas de preuve."

Marthe Chanteuse au sein de la Maîtrise Notre-Dame de Paris Vers 21 heures, je vois la tour nord fumer depuis la place Saint-Michel. J'écris un message à un ami en Terre sainte [Israël] : "Ça y est, la tour nord fume, c'est la fin." Je me dis qu'il faut que je pleure, sinon ça va être trop gros. Je pleure et je coupe tous les réseaux sociaux.

Général Jean-Claude Gallet Commandant la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris Quand je reviens sur les lieux de l'incendie, on m'annonce que le Trésor est sorti de la cathédrale. D'un coup, l'intensité de la chaleur est telle qu'une sorte de tempête de feu s'élève et passe par le trou du plafond. Au même moment, le vent devient plus violent et pousse ce cylindre de gaz chaud en direction des deux tours. Le dessinateur opérationnel des pompiers, qui était en reconnaissance à l'intérieur de la cathédrale, se rend compte tout de suite que le feu est passé dans les tours et qu'il commence à ravager les poutres qui soutiennent les cloches. Elles menacent de rompre dans les minutes qui suivent, avec le risque de provoquer l'effondrement de l'ensemble de la cathédrale. Avec mon adjoint, on réalise qu'on n'a pas d'autre choix que d'envoyer des pompiers combattre l'incendie à l'intérieur, avec une prise de risque très importante.

"On risque la mort de 20 à 50 hommes. Le président est le chef des armées, c'est à lui de valider ou pas ce risque."

Mgr Benoist de Sinety Vicaire général de Paris Le général Gallet revient à la préfecture de police pour faire un nouveau point. Il explique qu'il faut qu'il envoie des hommes au contact direct du feu dans la tour nord, mais on comprend que s'ils n'arrivent pas à maîtriser l'incendie, il est très probable que la tour s'effondre avant qu'ils n'arrivent à en ressortir. Il prévient que s'il lance cette opération, dans 1h30, on saura "si ça passe ou ça casse".

Général Jean-Claude Gallet Commandant la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris Je m'appuie sur un croquis du dessinateur opérationnel pour présenter nos deux options au président. Soit on ne fait rien, et à 5 heures du matin on ne verra plus les deux tours. Soit on tente une manœuvre qu'on n'est pas sûrs de réussir, car il faut la réaliser dans la demi-heure, mais on est prêts à la conduire. On a un échange fort. Le président pose deux ou trois questions pertinentes. Il me regarde, le silence est lourd. Une question dans la salle fuse : "Quelle est votre appréciation du risque d'effondrement ?" Je réponds : "Le risque est consenti." Le président me dit : "OK, allez-y mon général, on vous fait confiance." On rejoint le parvis pour regarder la progression du commando qui monte dans les tours. La colonne avance, rencontre parfois des obstacles, marque des temps d'arrêt, mais ne recule pas.

Samuel Prof de SVT parisien La nuit est tombée, les braises donnent l'impression d'un feu de l'enfer au-dessus de Notre-Dame. Grâce aux lampes sur leurs casques, on voit les pompiers monter sur le beffroi. On se demande comment ils réussissent à grimper avec tout leur matériel. C'est un moment de concentration très intense dans la foule.

Mgr Philippe Marsset Vicaire général de Paris A la fin de la réunion à la cellule de crise de la préfecture de police, l'un des pompiers accepte de m'emmener aux portes de la cathédrale. On voit un robot qui tournoie et envoie de l'eau à l'intérieur de Notre-Dame. Au-dessus de l'un des pompiers présents, je vois la grand croix, debout et lumineuse dans le noir. C'est irréaliste, prodigieux.

Karine Dalle Directrice de la communication du diocèse Je file avec les vicaires généraux rue des Ursins, dans un autre bâtiment du diocèse. L'archevêque va prier et nous on monte au sixième étage du bâtiment qui a une vue extraordinaire sur la voûte de Notre-Dame. On voit que ça flambe, il y a des traces rouges de partout et des fumées. Je m'effondre. Les vicaires proposent de demander à tous les prêtres de Paris de sonner les cloches. Je tweete un appel en ce sens sur le compte de l'archevêque. L'assistante de Jean-Jacques Bourdin m'appelle pour que Mgr Aupetit vienne en plateau le lendemain matin.

Thomas Catholique venu chanter dans un bar près de Notre-Dame Avec mes amis, on se retrouve au bar Le Nul part ailleurs, où on est censés chanter. On voit sur les réseaux sociaux que le feu est entré dans la tour nord et que si le beffroi s'effondre, tout va s'écrouler. On apprend aussi que l'archevêque de Paris appelle tout le monde à prier et que certains se sont mis à chanter un peu partout. Alors on se met aussi à chanter : des chants scouts, des chants français, l'hymne corse, qui est un hommage à la Sainte Vierge, un chant marin qui dit "priez pour nous"... Tout de suite, des gens nous rejoignent, d'autres nous filment ou appellent leurs amis pour leur faire écouter. J'ai peur, je suis triste, mais aussi fier d'avoir maîtrisé mes émotions.

Thomas et ses amis chantent avec la foule à proximité de Notre-Dame de Paris lors de son incendie, le 15 avril 2019.

Général Jean-Claude Gallet Commandant la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris Alors que l'opération dans les tours est encore en cours, Laurent Nunez [secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur] et moi tenons une conférence de presse. On est emmerdés par des journalistes qui veulent savoir pourquoi on n'a pas utilisé d'hélicoptère pour larguer de l'eau sur Notre-Dame. Quand vous êtes sous pression et que vous devez vous justifier, alors que la solution proposée est un non-sens, c'est un peu pénible à gérer… Je découvre qu'il y a 40, 50 caméras, et je me dis : "Merde, comment je vais dire au monde entier que la situation n'est pas gagnée ?" J'explique que si on n'arrive pas à éteindre l'incendie dans la tour nord, le risque d'effondrement est important. Ça jette un froid, les questions fusent. La ministre des Armées m'attrape le bras et m'extrait.

"Notre-Dame est sauvée"

Dans la nuit, le Trésor est mis en sécurité puis l'incendie maîtrisé                                        

Des gens prient dans la rue en regardant les flammes de l'incendie de Notre-Dame de Paris. GUBSE TOKGOZ / AFP

Mgr Philippe Marsset Vicaire général de Paris On retourne à la préfecture de police pour un nouveau point sur l'incendie avec Emmanuel Macron. Le général Gallet annonce : "Monsieur le président, Notre-Dame est sauvée".

Ariel Weil Maire du 4e arrondissement On comprend qu'on s'engage dans une très longue période d'incertitude et de mise en sécurité de la cathédrale.

Arnaud Journois Photographe pour Le-Parisien J'arrive sur le parvis vers 23 heures pour prendre le relais d'une première équipe. Comme je vois que personne ne me surveille, je m'approche de plus en plus près de la porte de Notre-Dame, jusqu'à arriver sur le seuil. Je ne vois pas le feu, mais je vois que c'est bien défoncé à l'intérieur. Il y a cette croix au fond qui brille. On dirait une pochette de disque. Je me dis : "Quand même, quelle image !" Je n'ai pas le temps de réfléchir, je fais quelques photos assez moches avant qu'on me demande de partir, car Emmanuel Macron arrive. Les réseaux sont saturés, mais je réussis à transmettre ma photo au Parisien juste avant le bouclage.

L’une des photos prises par Arnaud Journois à l'intérieur de la cathédrale de Notre-Dame, le soir de l'incendie. (ARNAUD JOURNOIS / LE PARISIEN / MAXPPP)

Mgr Philippe Marsset Vicaire général de Paris Le président et l'archevêque prennent chacun la parole sur le parvis. Emmanuel Macron est très émouvant, sincère, responsable. Je vois un homme politique à la hauteur de la situation.

André Finot Porte-parole de Notre-Dame A la fin de son discours, le président Macron veut rentrer dans Notre-Dame. Je me dis que c'est ma chance et je suis le groupe. Je joue des coudes, j'arrive à prendre une photo de l'intérieur. Devant moi, il y a Emmanuel Macron, Franck Riester, Edouard Philippe… Que des personnes qui n'appartiennent pas à mon univers. C'est irréel.

Mgr Benoist de Sinety Vicaire général de Paris On voit cette croix éclairée dans la nef, au milieu des cendres et de l'obscurité. Personne ne dit mot.

"La voûte est effondrée, mais les chaises sont encore en place, les feuilles sont toujours sur le présentoir… C'est comme si on avait tout entouré d'un nuage de suie."

Karine Dalle Directrice de la communication du diocèse A la fin de sa prise de parole, l'archevêque me prend par le bras et on marche vers la place Saint-Michel [à 400 m du parvis], où des jeunes sont en train de chanter et de prier. Les gens le reconnaissent, et tout en continuant de chanter et de prier, ils l'accueillent au milieu d'eux. Ils sont tournés vers Notre-Dame, au loin. L'ambiance est très calme, il y a beaucoup de respect. C'est assez émouvant.

Marthe Chanteuse au sein de la Maîtrise Notre-Dame de Paris L'archevêque nous remercie d'être là. Ce n'est pas facile de prier avec toutes les chaînes de télé à deux centimètres de vous. Je rentre dans ma coquille. Le chant est très doux.

Sébastien Humbert Conseiller de la maire de Paris en charge de la sécurité et de la mémoire A l'arrière de Notre-Dame, on fait plusieurs allers-retours pour réussir à évacuer toutes les œuvres. Quand elles arrivent à l'Hôtel de Ville, une autre équipe les installe dans la salle Saint-Jean, une salle d'exposition affectée à les recevoir pour la nuit. Une procession composée de Mgr Chauvet et de gens du ministère de la Culture dépose le Trésor dans le coffre de la mairie de Paris.

Les œuvres de Notre-Dame de Paris sont entreposées à l'Hôtel de Ville de Paris, le 16 avril 2019. (THOMAS SAMSON / AFP)

Samuel Prof de SVT parisien Le feu cesse d'être spectaculaire, les gens autour de moi regardent les infos sur leur téléphone portable. Les lumières bleues éclairent les visages. Des gens entament des prières et des chants religieux. En tant que laïc, je ressens un malaise, je me sens rejeté : j'ai l'impression qu'ils s'approprient ce moment national. Je pars en prenant les quais. Un camion de pompiers passe, je l'applaudis, ce qui entraîne les applaudissements d'autres personnes.

Marthe Chanteuse au sein de la Maîtrise Notre-Dame de Paris Je rentre chez moi manger un morceau. En redescendant, je croise le prêtre de ma paroisse et on passe une heure à marcher sur les quais, face à Notre-Dame.

"Je sens quelque chose qui craque sous mes pieds et je réalise que je marche sur le toit de Notre-Dame. On ramasse des bouts de charpente calcinée."

Ariel Weil Maire du 4e arrondissement, où se trouve Notre-Dame J'ai l'impression de relever la tête quelques minutes après être arrivé sur le parvis, mais on est des heures plus tard. Je passe tout le début de la nuit à négocier avec la hiérarchie policière le retour des habitants sur l'île. Je me rends au barrage pour identifier moi-même certains habitants. On ferme le dispositif vers 2 heures, après avoir réussi à reloger les dernières familles évacuées dans un hôtel.

Général Jean-Claude Gallet Commandant la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris Je quitte l'incendie vers 3 heures. Le feu est maîtrisé, le dispositif a été resserré autour des foyers résiduels et les équipes ont été relevées. J'ai déjà travaillé sur des gros feux, j'ai aussi servi à l'étranger dans des zones de conflit, donc je sais qu'il est important de s'imposer un sas après une période d'une telle intensité. Je prends une douche puis je rédige un petit narratif de l'incendie à destination des sapeurs-pompiers de Paris. A demi-mot, je leur dis qu'il faut être fier, mais que ça ne doit pas leur monter à la tête.

André Finot Porte-parole de Notre-Dame Il est 4 ou 5 heures du matin, je traverse le parvis pour attraper un taxi. Tous les officiels sont partis. J'ai envie de me rassurer, je rentre un petit peu dans la cathédrale alors que je n'en ai pas le droit. Je l'admire. Je suis content.

Publié le 15/04/2020 à 08:00

Mise à jour le 15/04/2020 à 17:14

Crédits

Propos recueillis par Mathilde Goupil

Photos : Bastien Louvet/SIPA, Nicolas Liponne/NurPhoto/AFP, Yann Castanier/Hans Lucas/AFP, Romuald Meigneux/SIPA, Geoffroy Van der Hasselt, Gubse Tokgoz/AFP, Arnaud Journois, Thomas Samson, Zakaria Abdelkafi, Christophe Petit Tesson, Delphine Goldsztejn, Marion Delattaignant, IP3 PRESS, Nice-Matin

Infographie : Pierre-Albert Josserand

Design et conception : Eric de Crécy, Nadjat Ferradji, Stéphane Jeanneau et Kévin Labat

Relecture : Camille Caldini

Supervision éditoriale : Audrey Cerdan