Notre-Dame : "Si le ministre de la Culture ignorait que 500 tonnes de plomb allaient être réduites en poussière, il devrait démissionner"

L'association Robin des Bois a déposé plainte contre X suite aux risques liés à la pollution au plomb après l'incendie de Notre-Dame. Son porte-parole, Jacky Bonnemains pointe, lundi sur franceinfo, la responsabilité du préfet et du ministre de la Culture et dénonce un défaut d'information. 

 Franck Riester, ministre de la Culture Paris, devant Notre-Dame de Paris après l\'incendie de la cathédrale, le 15 avril 2019.
 Franck Riester, ministre de la Culture Paris, devant Notre-Dame de Paris après l'incendie de la cathédrale, le 15 avril 2019. (FRANCK DUBRAY / MAXPPP)

"Si le ministre de la Culture, si le préfet de police de Paris ignoraient que 500 tonnes de plomb étaient en jeu et allaient être réduites en poussière et s'ils ignoraient la toxicité des poussières de plomb, il faut absolument qu'ils démissionnent aujourd'hui", estime Jacky Bonnemains, porte-parole de l'associaiton Robin des Bois, lundi 29 juillet, sur franceinfo.

L'association a déposé plainte contre X vendredi 26 juillet, notamment pour mise en danger de la vie d'autrui, à propos des risques liés à la pollution au plomb à la suite de l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

franceinfo : De quelles carences fautives s'agit-il d'après-vous ?

Jacky Bonnemains : Des défauts d'information, des absences de recommandation, etc. Dès la nuit de l'incendie, si le ministre de la Culture, si le préfet de police de Paris ignoraient que 500 tonnes de plomb étaient en jeu et allaient être réduites en poussière et s'ils ignoraient la toxicité des poussières de plomb, il faut absolument qu'ils démissionnent aujourd'hui. Ils le savaient. En conséquence, si des consignes de recommandation avaient été données aux curieux, touristes, journalistes, résidents - qui étaient installés toutes fenêtres ouvertes - ils se seraient écartés et auraient compris que les poussières de plomb commençaient à les exposer à des risques sanitaires. Nous avons complété notre plainte par le chef de "mise en danger délibéré de la personne d'autrui" car cette défaillance dans la diffusion des informations s'est poursuivie depuis trois mois. C'est seulement le 18 juillet que, dans un document épais mais incompréhensible, l'Agence régionale de santé a diffusé l'ensemble des prélèvements et des teneurs en plomb sur la voirie de Paris. On s'aperçoit qu'à plus d'un kilomètre de la cathédrale, les teneurs en plomb sont lourdes.

Ces poussières sont-elles toxiques ?

Le plomb est une substance "sans seuil", c'est-à-dire que la moindre ingestion, inhalation de plomb dans l'organisme humain est nocive pour la santé. C'est indiscutable, tous les scientifiques du monde sont unanimes à ce sujet. Les dangers du plomb sont connus depuis 1850. On est quand même au 21ème siècle.

Comment expliquer une telle défaillance d'information, une telle fragmentation et un brouillage chronologique, en mettant à l'écart les populations ?

Nous pensons que c'est délibéré, pour ne pas nuire à différents intérêts économiques. On sait que le coeur historique de Paris est aussi le coeur des affaires. La cathédrale Notre-Dame est le bâtiment recevant du public le plus fréquenté en France et en Europe. Cela amène du trafic, du business, des devises. Et puis, il y a aussi les pressions qu'ont subies les services de l'État face à la déclaration de la présidence de la République et de la mairie de Paris qui ont decidé, dès le 17 avril, que la cathédrale devait être reconstruite et fin prête pour 2024. Ce projet de loi "Notre-Dame" qui permet - dans son article 9 - de déroger au code de l'environnement, a été sans aucun doute pour les experts et les hauts fonctionnaires un facteur de déstabilisation et de pression incontestable.

Les quantités de poussières de plomb sont-elles, d'après-vous, suffisantes pour qu'il y ait des conséquences sanitaires ?

Oui, nous pensons qu'il y aura des conséquences sanitaires à plus ou moins long terme, surtout que le plomb absorbé par les enfants et adultes reste dans le sang pendant 6 à 7 semaines, puis il se fixe sur les dents et les os. Au moment d'une anémie, de fractures, de décalcification, le plomb qui était stocké dans les os est libéré et revient dans le sang. Il peut donc y avoir des effets différés sur le très long terme. Et puis, il y a des risques environnementaux : la Seine est la principale victime. Nous pensons que ce chantier devrait être suspendu pendant au moins une semaine. On ne peut pas apprendre à des cordistes, des charpentiers ou tailleurs de pierre qui ne sont pas habitués à travailler sur des sites pollués les précautions et gestes élémentaires, qui empêchent de ramener des poussières de plomb à la maison, auprès de leurs enfants ou de leurs animaux domestiques.