Notre-Dame : Philippe Starck suggère "un collège de scientifiques" avec Cédric Villani à sa tête pour réfléchir à la reconstruction

Selon le designer Philippe Starck , les scientifiques, les ingénieurs, mais aussi les philosophes sont les seuls à pouvoir garantir "qu'on soit dans le génial" et "dans l'expression du génie humain", pour réfléchir à la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame, en partie détruite par un incendie le 15 avril dernier.

Philippe Starck, le 17 avril 2018, à Milan.
Philippe Starck, le 17 avril 2018, à Milan. (MIGUEL MEDINA / AFP)

Invité de franceinfo jeudi 25 avril, le designer Philippe Starck suggère la mise en place d'"un collège de scientifiques", avec le mathématicien Cédric Villani à sa tête, pour réfléchir à la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame, en partie détruite par un incendie le 15 avril dernier. Selon lui, les scientifiques, les ingénieurs, mais aussi les philosophes sont les seuls à pouvoir garantir "qu'on soit dans le génial" et "dans l'expression du génie humain". "Je pense qu'il faut sortir ça du domaine de l'architecture", explique Philippe Starck, qui souhaite être "ébloui" par la future cathédrale.

franceinfo : Qu'avez-vous ressenti au moment de l'incendie de Notre-Dame ?

Philippe Starck : On n'a pas besoin d'être croyant pour regretter quelque chose qui brûle. Tout ce qui brûle, c'est triste, tout ce qui meurt, c'est triste. Que ce soit une cathédrale, que ce soit une plante, une fourmi ou quelqu'un, c'est triste. Mais cette tristesse ne doit pas empêcher immédiatement une réponse, parce qu'une mort, un incendie, c'est une question. Il faut donc savoir bien entendre la question pour bien répondre. Maintenant, va-t-on bien répondre ?

Justement, depuis dix jours, on assiste à une opposition entre les classiques et les modernes. Dans quel camp êtes-vous ? Faut-il, selon vous, rebâtir Notre-Dame à l'identique ?

En aucun cas ! L'idée, ce n'est pas de rester dans le territoire du talent de Viollet-le-Duc. Il faut rentrer dans le territoire du génie. C'est ça la question qu'on nous pose : sommes-nous encore des génies ? Sommes-nous capables de se servir de ce socle qui reste pour reprendre le défi ? Il y a tellement de belles choses à faire, mais je crois qu'il faut sortir de la petite lorgnette. Il faut prendre ça de beaucoup plus haut. Je pense qu'il faut sortir ça du domaine de l'architecture.

Etes-vous candidat ?

Justement, ce n'est pas moi qui le ferai ! Il ne faut pas que ce soit des architectes, des designers qui répondent. Il faut que ce soit des scientifiques. Parce que si c'est nous, il y aura toujours un prérequis culturel. Il ne faut pas de prérequis culturel. Ces gens, ces bâtisseurs, n'avaient pas de prérequis culturel. Il faut faire un collège de scientifiques, de mathématiciens, d'ingénieurs, de philosophes qui, eux, ont les vrais savoirs, ceux dont on se sert, nous, les architectes. Il faut prendre quelqu'un de formidable, par exemple, comme Cédric Villani, un mathématicien, qui dirigerait ce collège afin qu'on soit sûr d'être dans le génial, dans l'expression du génie humain. Il faut sortir de l'architecture. Il faut vraiment ouvrir toutes les possibilités, et seulement des scientifiques savent le faire avec la plus grande honnêteté.

À quoi ressemblerait votre cathédrale idéale ?

C'est celle qui va vous éblouir : mais comment ont-ils fait ? Comment ça tient debout ? Quel est ce miracle ? Nous sommes encore capables de faire des miracles. Et c'est ça que je veux voir. Je veux voir des étincelles dans les yeux des gens éblouis par nous-mêmes.