Ce que l'on sait sur la présence de plomb autour de la cathédrale Notre-Dame de Paris

Un dosage du taux de plomb dans le sang chez un enfant a dépassé le seuil réglementaire. L'Agence régionale de santé conseille aux riverains du monument de rester vigilants. 

Des passants devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 21 mai 2019. 
Des passants devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 21 mai 2019.  (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Le 15 avril dernier, la cathédrale Notre-Dame de Paris partait en flammes et des centaines de tonnes de plomb se dispersaient dans l'air. Presque deux mois après l'incendie, l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France a annoncé, mardi 4 juin, avoir identifié le cas d'un enfant présentant un taux de plomb dans le sang supérieur au seuil réglementaire. En conséquence, les habitants de l'île de la Cité, à Paris, sont invités à réaliser un dosage en plomb pour vérifier une éventuelle contamination. Franceinfo revient sur cette information.  

Qu'a découvert l'ARS ? 

Depuis l'incendie de Notre-Dame-de-Paris, une pollution au plomb a été détectée aux abords de la cathédrale. Si "les prélèvements effectués depuis plusieurs semaines démontrent que les facteurs d'exposition au plomb ont très largement disparu", l'ARS affirme toutefois avoir identifié le cas d'un enfant, résidant avec sa famille aux alentours de la cathédrale Notre-Dame. L'enfant présente ainsi un taux supérieur au seuil réglementaire de 50 microgrammes par litre de sang. 

Selon nos informations, l'enfant et sa famille résideraient à proximité de la cathédrale. Il leur a été conseillé de réaliser une plombémie – mesure du taux de plomb dans le sang – après l'incendie. Tous les enfants de la famille ont subi des prélèvements. 

L'ARS précise à franceinfo que ce dépassement du seuil réglementaire "ne nécessite pas de traitement thérapeutique", et avoir alerté "par précaution". Une enquête environnementale a été déclenchée pour identifier les sources d'intoxication possibles dans l'environnement de l'enfant et pour éviter qu'il ne soit à nouveau contaminé.  

A quoi est liée cette pollution au plomb ?  

Selon Sciences et Avenir, "quelque 400 tonnes" de plomb présentes dans la toiture, la flèche, les peintures ou encore certains vitraux de Notre-Dame sont parties en fumée le 15 avril. "Les vernis et les peintures servant à sa décoration" contenaient aussi du plomb, avance Judith Rainhorn, auteure de Blanc de plomb, histoire d'un poison légal (éd. Presses de Sciences Po), dans une tribune publiée par Libération. L'historienne ajoute que tout ceci s'est volatilisé "en d'immenses volutes jaunes chargées de particules toxiques". 

L'incendie a provoqué "le rejet d'une quantité très importante de particules liées à la combustion de la charpente en bois et du plomb présent sur la toiture", selon Airparif au lendemain de l'incendie. Ce métal toxique s'est ensuite répandu sur les pierres et le sol et a pu, ensuite, être charié par des eaux d'écoulement. Auprès de LCI, l'association Robin des Bois réclamait le 22 avril la "décontamination" de Notre-Dame avant de lancer sa reconstruction.

Des taux de plomb supérieurs au seuil réglementaire ont en effet été découverts chez des personnes intervenues sur zone au lendemain de l'incendie, selon le professeur Robert Garnier. Le chef de service du centre antipoison de Paris a observé "une importante plombémie pour les pompiers, ceux qui travaillent dans le quartier, ceux qui ont déménagé les œuvres d'art"

Où en est cette pollution au plomb, près de deux mois après l'incendie ? 

Deux jours après la catastrophe, des prélèvements ont été réalisés par le laboratoire central de la préfecture de police pour identifier les risques d'intoxication. Le 29 avril, la préfecture de police de Paris a mis en évidence la présence du plomb "dans certaines zones, très localisées" et laissées ouvertes après l'incendie. Les jardins aux abords de la cathédrale ont par exemple été fermés pour éviter tout risque de contamination. Selon l'ARS, l'air autour de la cathédrale ne présentait pas de concentration importante en plomb. 

Aujourd'hui, "il n'y a plus de risques par rapport au plomb dans l'air", confirme le professeur Robert Garnier, chef de service du centre antipoison de Paris, contacté par franceinfo. "Le seul risque qui subsiste est lié au dépôt de poussières de plomb qui continue dans les rues, sur les rebords de fenêtres", poursuit-il, en précisant avoir reçu des appels à ce sujet. 

En revanche, "sur le parvis et sur la voirie avoisinante", l'Agence a noté "une présence ponctuelle très importante de plomb dans les sols, à des niveaux d'environ 10 à 20 g/kg de sol", soit dix à trente fois le taux réglementaire. Des poussières toxiques ont aussi été identifiées "dans les étages supérieurs de locaux administratifs donnant sur la cathédrale". Depuis, ces zones ont été fermées au public. "Des valeurs hétérogènes, pour certaines élevées", ont aussi été "constatées dans les sols à proximité et dans certains locaux administratifs", écrit l'ARS le 4 juin. Ces lieux ont été fermés au public et leur décontamination devrait commencer. 

Que doivent faire les riverains ? 

Après l'identification de l'enfant qui présente un taux trop élevé de plomb dans le sang, l'ARS a communiqué des recommandations en direction des habitants de l'île de la Cité. Les familles avec des enfants de moins de 7 ans et les femmes enceintes sont ainsi invitées à réaliser des dosages sanguins de plomb. Ils peuvent se faire dépister gratuitement depuis le mardi 4 juin à l'Hôtel-Dieu, situé en face de la cathédrale Notre-Dame.

Les riverains sont également invités à procéder à un nettoyage précautionneux de leurs logements, où l'ARS réalise des prélèvements. Enfin, le centre antipoison prévient que "tant que l'on n'a pas nettoyé dans les parcs, il ne vaut mieux pas emmener les enfants jouer".

Quels sont les risques d'une contamination au plomb ? 

Les risques d'intoxication au plomb varient, selon la durée et le degré d'exposition. "L'essentiel du risque d'intoxication au plomb est lié à des expositions prolongées. Les intoxications aigües sont très rares et se situent dans des contextes (...) différents de ceux de l'incendie", précise la préfecture de police de Paris, le 29 avril. 

Toutefois, une attention particulière doit être portée aux enfants et jeunes adultes, plus vulnérables aux poussières de plomb. "Il y a une association négative entre l'élévation de la plombémie [taux de plomb dans le sang] et le quotient intellectuel de l'enfant", souligne Robert Garnier. Des troubles de l'attention, de la personnalité et cognitifs peuvent survenir lors du développement de l'enfant s'il a été exposé longuement aux poussières de plomb. Des risques neurotoxiques importants peuvent aussi survenir si une femme enceinte est intoxiquée au plomb. Le médecin Robert Garnier précise néanmoins qu'aucun taux prélevé ces dernières semaines, en lien avec l'incendie de Notre-Dame-de-Paris, n'est "dramatique"