Reportage Un demi-siècle après le coup d'État, le Chili recherche encore les disparus du régime de Pinochet

Près de 1 200 personnes manquent encore à l'appel. Cinquante ans après le coup d'État d'Augusto Pinochet, les familles réclament encore sans relâche justice et vérité.
Article rédigé par France Info - Naïla Derroisné
Radio France
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Les portraits des disparus pendant la dictature militaire au Chili sont exposés au cimetière de la capitale Santiago, à l'occasion du cinquantième anniversaire du coup d'État du général Augusto Pinochet. (PABLO VERA / AFP)

Une marche était organisée dans le centre de la capitale chilienne Santiago, dimanche 10 septembre, en la mémoire des disparus de la dictature. Le 11 septembre 1973, le général Augusto Pinochet, soutenu par la CIA, mène un coup d'État contre le président socialiste Salvador Allende, démocratiquement élu trois ans plus tôt. Pinochet s'empare du pouvoir et impose jusqu'en 1990 une dictature militaire marquée par une répression sanglante. 

Le régime a fait environ 40 000 victimes entre prisonniers politiques, torturés ou exilés. Plus de 3 200 personnes ont été assassinées et les corps de 1 200 d'entre elles n'ont toujours pas été retrouvés.

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Depuis plusieurs mois, le pays commémore donc les 50 ans de ce coup d'État. Fin juillet, des dizaines de familles étaient réunies sur le parvis du Musée de la Mémoire et des Droits de l'Homme pour se souvenir de 119 opposants, enlevés puis assassinés dans les mois qui ont suivi le putsch lors de l'opération militaire baptisée "Colombo". Les noms des 119 victimes ont été prononcés un-à-un. Dans le cortège, Luisa Martinez Jimenez était âgée de 26 ans lorsque son mari, membre du MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire), a disparu. "La majorité des victimes faisait partie du MIR. Aucun n’a été retrouvé à ce jour." La Chilienne de 76 ans poursuit : "C'est nous qui avons fait toutes les enquêtes qui ont été menées. Ce sont les familles qui ont fait tout le boulot."

"Tant que mon mari aura des descendants, la quête pour le retrouver ne s’arrêtera pas."

Luisa Martinez Jimenez, 76 ans

à franceinfo

Un passé qui mobilise toutes les générations

Cette quête de vérité reposera sans doute sur Eduardo,14 ans, le petit-fils de Luisa. Il a tenu à l'accompagner pour honorer la mémoire de son grand-père. "Ça me rend un peu triste car je sens qu’il y a des personnes qui ont vécu toute leur vie avec la sensation de ne pas pouvoir retrouver leurs proches. J’ai un frère, Camilo, et une sœur, Antonia, et on n’arrêtera pas de se battre pour retrouver notre grand-père", assure l'adolescent. Le père, qui s’appelle aussi Eduardo, avait deux ans lorsque la vie de sa famille a basculé. Il se remémore "la peur, la persécution, les perquisitions" dans leur maison. "Pendant très longtemps, ma mère n’a pas refait sa vie, elle n’a jamais eu d’autres enfants", raconte-t-il.

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Aujourd’hui, cinquante après le coup d’État, Eduardo exige la vérité : "Savoir ce qu’il s’est passé avec nos êtres chers, nos pères, nos frères, nos grands-pères, nos fils. Il n’y a pas eu de justice dans ce pays !" Parmi les 1 500 victimes de disparition forcée, seules 307 ont été identifiées à ce jour.

"C’est l’État qui a planifié et exécuté ces crimes. C’est donc l’État qui doit assumer cette quête de la vérité."

Gabriel Boric, le président du Chili

Pour tenter de retrouver les disparus, le président Gabriel Boric a lancé un Plan National de Recherche. C’est la première fois depuis le retour de la démocratie il y a plus de 30 ans que l’État chilien met en place une telle politique publique.

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