Mort de Robert Faurisson : les thèses négationnistes "continuent à avoir un écho"

Robert Faurisson, condamné à plusieurs reprises pour contestation de crime contre l'humanité, est mort ce dimanche à l'âge de 89 ans. Pour l'historienne Valérie Igounet, les thèses négationnistes ne se sont "jamais éteintes".

Robert Faurisson, le 20 février 2014, dans le Palais de justice de Paris.
Robert Faurisson, le 20 février 2014, dans le Palais de justice de Paris. (JAOUED IDAMMOU / MAXPPP)

Le négationniste Robert Faurisson est mort dimanche à l'âge de 89 ans à Vichy d'une crise cardiaque. Ancien maître de conférences à l'université de Lyon II, Robert Faurisson a été condamné à plusieurs reprises pour contestation de crime contre l'humanité. Il affirmait notamment que les chambres à gaz n'avaient jamais existé. Les thèses négationnistes "continuent à avoir un écho", a déclaré sur franceinfo Valérie Igounet, historienne française, spécialiste du négationnisme et de l’extrême droite en France.

franceinfo : Qui était Robert Faurisson ?

Valérie IgounetC'est vraiment un homme qui a fait carrière dans le négationnisme, qui l'a porté et qui l'a exporté dans le monde arabe notamment. Beaucoup parle de l'historien, c'était un universitaire, agrégé de lettres mais en aucun cas un historien.

Que niait-il et comment le justifiait-il ?

Il s'appuyait sur une pseudo méthode scientifique aux antipodes de la méthode historique. Il avançait, après s'être déplacé à Auschwitz, qu'il y avait une disparité entre ce qu'il avait vu sur les plans et ce qu'il voyait sur le site. Lui, incarne au début, un courant technique. Il réfutait que les chambres à gaz aient pu fonctionner en l'état. C'était l'idée claire de Robert Faurisson et de ses héritiers. Au fur et à mesure, cette idéologie a évolué vers le conspirationnisme, le mythe du complot juif, Israël qui a été inventé grâce au génocide, ce sont les discours de Robert Faurisson.

A quel moment son discours trouve-t-il de l'écho et pourquoi ?

En France, il y a une spécificité qui est liée à Robert Faurisson. La France est porteuse de ce discours par l'initiateur qui s'appelle Maurice Bardèche, qui écrit un premier livre négationniste en 1948, année de la création d'Israël. D'autres ont essayé de porter, mais surtout de se faire entendre. Cette idéologie explose en 1978, après une interview accordée à Louis Darquier de Pellepoix, un ancien collaborateur, à L'Express. L'Express titre : "À Auschwitz on a gazé que des poux". Robert Faurisson va s'engager dans la brèche, va être médiatisé et va publier une partie de ses textes dans le monde. L'une de ses spécificités, c'est qu'une partie de l'ultra gauche, va soutenir cet homme au nom d'une autre idéologie. C'est ça qui va troubler l'opinion publique française. Des hommes qui s'avancent de gauche soutiennent un homme antisémite.

Ces thèses-là ont-elles encore un impact en France ?

Elles continuent à avoir un écho. Elles ne se sont jamais éteintes. En décembre 2006, il y a une grande conférence négationniste. Robert Faurisson a des héritiers, je pense à Dieudonné, à Alain Soral, à Paul-Eric Blanrue. Beaucoup lui rendent déjà un premier hommage. Les thèmes négationnistes ne vont pas mourir avec la mort de Robert Faurisson.