Génocide arménien : Emmanuel Macron va faire du 24 avril la journée nationale de commémoration

Le chef de l'État Emmanuel Macron a annoncé mardi soir le 5 février devant la communauté arménienne que la France allait faire du 24 avril, dans les prochaines semaines, une "journée nationale de commémoration du génocide arménien". Une décision qui a n'a pas manqué de susciter l'ire d'Ankara.

Le Mémorial du Génocide arménien, sur les hauteurs d\'Erevan (31 mars 2018)
Le Mémorial du Génocide arménien, sur les hauteurs d'Erevan (31 mars 2018) (Alexander Melnikov / Sputnik / AFP)
Emmanuel Macron, qui s'exprimait lors du dîner annuel du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) à Paris, a ainsi honoré sa promesse de campagne d'inscrire au calendrier français une journée commémorant cet événement, geste que les Arméniens de France attendaient avec impatience.

La date du 24 avril, déjà choisie par l'Arménie pour commémorer le génocide, commémore le 24 avril 1915, date d'une rafle d'intellectuels arméniens assassinés à Constantinople par le gouvernement, événement considéré comme le premier acte du génocide.

La France, un pays "qui sait regarder l'histoire en face"

"La France, c'est d'abord et avant tout ce pays qui sait regarder l'histoire en face, qui dénonça parmi les premiers la traque assassine du peuple arménien, qui dès 1915 nomma le génocide pour ce qu'il était, un crime contre l'humanité qui en 2001, à l'issue d'un long combat, l'a reconnu dans la loi et qui, comme je m'étais engagé, fera dans les prochaines semaines du 24 avril une journée nationale de commémoration du génocide arménien", a déclaré Emmanuel Macron.

Il a plaidé pour que "les citoyens de demain soient pleinement conscients des vérités du passé" et s'est élevé contre toutes les formes de négationnisme. Le président français a précisé avoir au préalable informé le président turc Recep Tayyip Erdogan de sa décision.

Environ 1,5 million d'Arméniens ont été tués de manière systématique par les troupes de l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale. Ils ont été victimes de massacres de masse, de déportations, de famines durant leur exode forcé. D'autres peuples de l'ancien empire ottoman, d'origine araméenne (Assyriens, Chaldéens, Syriaques) et grecque pontique, ont été victimes des massacres.

Un "dialogue exigeant" avec la Turquie... qui fustige la décision de Macron

La France a "un dialogue exigeant avec le président turc", a-t-il dit. "Nous avons des désaccords assumés sur la lutte contre Daesh, les libertés fondamentales en Turquie, le génocide et le passé et les droits de l'homme en Turquie. Nous avons des points de convergence qui justifient le dialogue, comme la nécessité d'une transition politique en Syrie. À ce titre le dialogue avec la Turquie est indispensable. Je me refuse à rompre le fil du dialogue".

La Turquie a condamné mercredi la décision de Paris d'instaurer la journée de commémoration, invoquant un argument de politique intérieure française pour tenter de discréditer cette annonce. "Nous condamnons et refusons les tentatives de M. Macron, qui connaît des problèmes politiques dans son pays, de transformer en affaire politique des faits historiques pour sauver la mise", a déclaré dans un communiqué le porte-parole de la présidence turque, Ibrahim Kalin.

La France, premier grand pays européen à reconnaître le génocide en 2001

En janvier 2001, la France a été le premier grand pays européen à reconnaître le génocide arménien, qu'une vingtaine d'autres États reconnaissent également. Depuis un siècle, la Turquie récuse le terme de génocide et évoque pour sa part une guerre civile en Anatolie.

Le président Macron a aussi rendu hommage à Charles Aznavour, décédé le 1er octobre. Le fils du chanteur, Nicolas Aznavour, lui a offert un doudouk, une flûte traditionnelle arménienne en bois d'abricotier. Le chef de l'État a également salué la mémoire du compositeur Michel Legrand, dont la mère était d'origine arménienne.
Nicolas Aznavour, son épouse et Emmanuel Macron au dîner du CCAF (5 février 2019)
Nicolas Aznavour, son épouse et Emmanuel Macron au dîner du CCAF (5 février 2019) (Ludovic Marin / AP / Sipa)
Parmi les 350 invités, réunis dans un hôtel parisien, figuraient comme chaque année des personnalités politiques et des célébrités comme la maire de Paris Anne Hidalgo, la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse ou encore le président des Hauts-de-Seine Patrick Devedjian et l'ancienne star du foot Youri Djorkaeff.

Interpellé sur la question des ventes d'armes françaises à l'Azerbaïdjan, qui pourraient être utilisées dans le conflit de la région séparatiste du Haut-Karabagh, à majorité arménienne, Emmanuel Macron a assuré que "la France respecte scrupuleusement des obligations liées à l'embargo". "Nous ne fournissons pas et nous ne fournirons pas d'armes susceptibles d'être utilisées dans des opérations armées au Haut-Karabagh", a-t-il affirmé.

"Un pas de plus vers une reconnaissance", pour les Arméniens de France

La communauté arménienne a applaudi l'annonce la journée nationale de commémoration. "Nous avons apprécié que le président ait tenu son engagement, c'est un pas de plus vers une reconnaissance de plus d'un fait incontestable", a commenté le co-président du CCAF Mourad Papazian, pour qui "la France est un exemple dans le monde concernant le génocide arménien".

Le musicien André Manoukian a dit éprouver "une grande joie". "Ça marque un moment très important pour les Français d'origine arménienne, de voir leurs problématiques représentées dans la république", a-t-il dit.

Emmanuel Macron s'est rendu en octobre en Arménie pour le sommet de la francophonie à Erevan, où il a annoncé qu'il retournerait prochainement pour une visite d'État.