Chirac et les arts, le jardin secret d'un président

Sans Jacques Chirac, il n'y aurait pas de musée du Quai Branly. Ce n'est que dans les dernières années de ses mandats que le président Chirac avait révélé au grand jour une passion pour l'art et les cultures du monde tenue secrète durant des décennies. 

Jacques Chirac lors de son discours d\'inauguration du musée du Quai Branly le 20 juin 2006
Jacques Chirac lors de son discours d'inauguration du musée du Quai Branly le 20 juin 2006 (PATRICK KOVARIK / POOL / AFP)

L'héritage de Jacques Chirac, président de la République entre 1995 et 2007, en matière d'art, c'est d'abord le prodigieux musée des Arts premiers qu'il a appelé de ses vœux et pour lequel il a bataillé. Le chantier a été lancé dès son arrivée à l'Élysée en 1995. Jacques Chirac a suivi de près chacune des étapes d'un projet qui lui tenait "particulièrement à cœur", selon ses mots. L'établissement a été inauguré le 20 juin 2006. Dix ans plus tard, le 21 juin 2016, le musée parisien, qui connaît un énorme succès, a pris officiellement le nom de Musée du quai Branly-Jacques Chirac.

Le récit de Valérie Gaget

Profond attrait pour les cultures du monde  

"Il s'agit de rendre l'hommage qui leur est dû à des peuples auxquels au fil des âges, l'histoire a trop souvent fait violence", expliquait Jacques Chirac lors de son discours inaugural. Lancé dès son installation à l'Elysée en 1995, le projet architectural et muséographique du Quai Branly a été suivi de près à toutes ses étapes par Jacques Chirac qui s'est rendu à plusieurs reprises sur un chantier lui tenant "particulièrement à coeur".

Le chef de l'État révélait alors au grand jour une passion pour l'art et les cultures du monde qu'il avait gardé secrète durant des décennies. Jean-Jacques Aillagon qui fut son ministre de la Culture, le confirmait récemment : "Jacques Chirac pendant très longtemps a refoulé le fonds de sa personnalité culturelle, extrêmement originale, extrêmement attentive, extrêmement engagée".

Beaubourg contre vents et marées

Pourtant, dès la disparition de Georges Pompidou en avril 1974, Jacques Chirac, maire de Paris entre 1977 et 1995, avait veillé à ce que le projet de centre des arts à Paris, à Beaubourg, du président défunt puisse voir le jour : "J'ai fait partie de ceux qui, contre vents et marées, ont imposé la réalisation de ce projet que le président Pompidou avait voulu", dira Jacques Chirac quelques années plus tard.

Jacques Chirac, qui a, à l\'époque, occupé brièvement le poste de ministre de l\'Intérieur du président Valéry Giscard d\'estaing, visite le chantier du centre Pompidou le 9 décembre 1974. Derrière lui, à demi-caché, Robert Bordaz, président de l\'établissement public du futur centre des arts.
Jacques Chirac, qui a, à l'époque, occupé brièvement le poste de ministre de l'Intérieur du président Valéry Giscard d'estaing, visite le chantier du centre Pompidou le 9 décembre 1974. Derrière lui, à demi-caché, Robert Bordaz, président de l'établissement public du futur centre des arts. (AFP)
Par la suite, c'est sous sa présidence que le Centre Pompidou et le Louvre ont vu naître les chantiers de leurs futures extensions en région, respectivement à Metz (musée inauguré en 2010) puis à Lens (inauguré en 2012). L'intérêt de cette double proposition, aujourd'hui considérée comme une réussite, résidait également au niveau de l'aménagement du territoire et de l'égalité des chances des Français dans l'accession à la culture. Jacques Chirac a légué un dernier musée, le Louvre d'Abu Dhabi inauguré en novembre 2017, œuvre de Jean Nouvel, l'architecte auquel Jacques Chirac avait déjà confié le musée du Quai Branly.

Passion Japon

Parmi les passions artistiques les plus ardentes de Jacques Chirac, on se souvient de celle pour la culture nippone. Un coup de foudre qui remonte aux années 50 et à une visite au musée Guimet spécialisé dans les arts d'Asie. Jacques Chirac a effectué son premier voyage au Japon à 21 ans. Une quarantaine ont suivi. Cette image de jeune homme passionné par les civilisations lointaines tranche nettement avec celle du politicien rigolard, blagueur, dragueur, serreurs de mains à la chaîne, dévorant tout sur son passage aux innombrables salons de l'agriculture auxquels il a assisté...

Au cours de ses deux mandats présidentiels successifs, d'autres images, celles d'un Jacques Chirac assistant à des tournois de sumo, cette spectaculaire lutte japonaise, ont autrement marqué les esprits. Et si Jacques Chirac a aimé le Japon, le Japon le lui a bien rendu. Il y est devenu le plus illustre des chefs d'États occidentaux. En 1998, lors d'un discours à l'université de Tokyo, il a déclaré, peut-on lire dans un ancien article du Parisien : "J'ai étudié vos mythes avec passion. J'ai été séduit par la virtuosité de vos potiers, par l'élégance de votre architecture, par l'harmonie de vos jardins, par le raffinement de votre théâtre, par la finesse de votre cuisine, par le rituel de vos lutteurs de sumo..."