Chars antisémites : le carnaval belge d'Alost sera-t-il exclu de la liste du patrimoine de l'Unesco ?

Un "possible retrait" de la liste du patrimoine de l'humanité de l'Unesco du carnaval d'Alost, en Belgique, sera examiné en décembre 2019, a-t-on appris le 22 mars auprès de l'institution des Nations unies. Elle fait suite à une polémique suscitée par le défilé de chars dénoncés comme antisémites.

Char ayant défilé au carnaval d\'Alost, en 2019
Char ayant défilé au carnaval d'Alost, en 2019 (JONAS ROOSSENS / BELGA MAG / Belga)
Le bureau du Comité du patrimoine immatériel a inscrit ce sujet à l'ordre du jour de la prochaine session du Comité, du 9 au 14 décembre prochains en Colombie. Le bureau condamne "toutes les formes de racisme, d'antisémitisme, d'islamophobie et de xénophobie" et prévoit que le Comité examinera le "possible retrait" du carnaval des listes de la Convention du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, selon l'Unesco.

Des chars racistes et antisémites 

Cette décision, prise à l'unanimité par le bureau, fait suite à une demande du secrétariat de l'Unesco, qui avait déjà condamné en mars le carnaval d'Alost, dans le nord néerlandophone de la Belgique.

"L'Unesco se devait d'être vigilante et ferme quant aux dérives d'un festival classé au Patrimoine de l'humanité et qui en bafoue les valeurs élémentaires. Ce n'est de plus pas la première fois que ces chars racistes et antisémites défilaient dans ce festival", a déclaré la directrice générale de l'Unesco, Audrey Azoulay.

Une première condamnation de l'Unesco en 2013

Le carnaval, inscrit sur la liste du patrimoine en 2010, avait déjà fait l'objet d'une condamnation par l'Unesco en 2013 mais le retrait de la liste n'avait alors pas été étudié par le Comité de sauvegarde du patrimoine, organe intergouvernemental qui prend ses décisions de manière indépendante.

L'Unesco rappelle qu'elle avait déjà "fortement condamné le 6 mars les dérives racistes et antisémites" à l'occasion de ce carnaval, après une polémique notamment suscitée par un char caricaturant des Juifs orthodoxes assis sur des sacs d'or. "L'esprit de satire du carnaval d'Alost et la liberté d'expression ne sauraient servir de paravent à de telles manifestations de haine", avait alors déclaré Ernesto Ottone Ramirez, sous-directeur général pour la Culture à l'Unesco. Le char incriminé, qui a participé au défilé de carnaval début mars dans les rues d'Alost, devant des milliers de personnes, avait déjà suscité les protestations de plusieurs associations juives et de l'exécutif européen.

Une demande de retrait inédite 

S'il était décidé par le Comité, le retrait du carnaval serait inédit dans l'histoire de la liste, forte de plus de 500 éléments. La demande du secrétariat de l'Unesco d'inscrire ce thème à l'ordre du jour est "inédite", précise une source à l'Unesco.